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Full text of "Memoires, historiques & geographiques du royaume de la Moree, Negrepont, & des places maritimes, jusques à Thessalonique"

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MEMOIRES, 

Hiftoriqucs & Géographiques 
DU ROYAUME 

M OREE, 

NEGREPONT. 

6c des Places Maritimes, 
Jtifques k 

THESSALONIQ.UE. 

Recueillis é" enrichis des Cartes des Vdis^ 
é* des Plans des PUces, 

Par RM. CORONELLI^ 

Géographe de la République 
de Vcnife. 

Tradmt de titdiefi. . 

à AMSTERDAM, 

Chez \C^oLFGANG, Waesbekge, 

Boom, & van Someren. 

M. DC, LXXXVI. 

a 



/^OAMSl^fa 



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LECTEUR. 

OlSl a cru quil etoit cTun inte-- 
ret public que ces Mémoires 
fujjent connus & traduits en Fran* 
^ois. Ils trait'tent du ^yaume de 
la Morée que les premiers peuples 
qui Pont habité ont rendu célèbre 
par mille merveilles & qui fait au- 
jourd'huy le fujet des guerres de U 
ferenifftme ^publique de Venife 
contre les Ottomans. Depuis quelque 
tems les nouvelles confiderables des 
araires de l^Europe roulent une 
bonne partie fur les progrés des Véni- 
tiens dans ce pats là & nous avons 
appris dans l'^efpace de peudetems ^ 
que par l'heureux jucce^ de leurs 



armes ils ont conquis plufteurs pla^ 
ces confîderables. Jinfi on ne procu- 
re pas une médiocre jatisfaSlion au 
public de lui communiquer ces M>- 
moires Hijloriques & Greographi- 
ques qui ont été recueillis aVec beau- 
coup de foin & d' exaltitude & qu'ion 
dôme enrichis de Carttfe des flans 
des Places. 



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Pag. € 
DELA 

MORE E. 

Première Partik. 

Ohr on fait voir qu^dk el^une Teninfule 9H 
Prefquljie : on raf porte les dtjferans noms 
^t'ti lui ont été donne\: On marque com* 
bien elle aà?étendité Cr quelleeftftfigu^ 
re: On ap forte les divifions que les An-' 
ciens C^ les Modernes ont fait des Frovln-' 
ces qu'elle comprend : On parle m même 
tems de [es confins Cr païs frontières ^ ^■ 
on ajoute k la fin des relations çurieufes 
f^tlemémefujet» 

I Ton donne le nomdeCher- 
ibnefc ou de Peninfule a une 
' partie de Terre , qui confinant 
à la Mer eft unie au continanc 
par un feul Ifthme; on doit, 
ce me femble, à juftc titre, appellcr la 
Morée une Peninfule ou Prefqu'Ifle, puis 
qu'environnée de Mer elle edau Nordu- 
pie à TAchaïe par le feuUfthme de Corin- 

tbc. 

A Cet- 




t DELA MOR.E'E. 

Cette delicieufe parue de la Grèce n^a 
- pas toujours porté le nom de Morée , qu'on 
lui donne aujourd'hui communément : El- 
le a été encore nommée u^rgos ^ Ayia 6c 
Felcpomiefe, Sa figure qui reflemble allez 
bien à. la feuille du Mûrier ou du Platane 
futunaflèzgrand fondement aux derniers 
Empereurs de Conftantinople , pour la 
leur faire appeller JUÎorée ; quoique 
d'autres ne font pas de ce fentiment. Ils 
prétendent que ce nom eil dérivé du mot 
Romea , qui par une tranfpofition des Let- 
tres, fut changé en celui de Morée, ap- 
puyant fur ce que les Grecs dans le tems 
qu'ils étoient fournis à l'Empire de Con-» 
(lantinopleÔCque cette Ville s'appelîoic h 
* Elle g?.r- j^Qy^.gljo Rome =^ eux auffi étoient ap- 
jufquesà peliez Romeens com.me qui diroit Ro- 
kGrS" ii^^î'"^. Doglioni croit qu'elle prit ce nom 
îorfqu'elle fut envahie par le? Mores. 
Strabon infinue , qu'elle fut appellée nn- 
ciennement -^r^i> ou Argos ^ du nom d'u- 
ne ville fameufe qui étoit dans Ton étendue ; 
6c£gî^/£'V^''£^/<î/e qui fut un Roi fameux 
*^^«"^- des Sicioniens. Selon ^ Apollodore 6c 
u "iv! àx ' Pline elle fut appellée u^ppia du nom 
Nicudogi. d'Apis troifiéme Roi des Argiens, qui ré- 
gna en l'an de la création du monde 1507. 
ju(quesenl'an2342, ceitàdire 1647. ans 

avant 



PREMIEPvE PARTIE. ? 

avant la naiflance de Jeftis-Chrin:. Cet 
Apis étoit un petit fils d'Egialee. Qiiatrc 
cens vingt ans après elle prit le nomdcPe- 
îoponnefedePelops fils de Tantale Roi de 
Frigie 6c de Tagete afîez connu par îbii 
cpaule d'yvoire ôcparfès inceftes avec Tes 
propres filles. Son étendue, qui félon que 
nous Pavons dit a de la refîemblance d'une 
feuille de Plane eft affife entre le degré 
35 vers la fin 5c au commencement du 38 
de latitude à fon Nord, 5c à la fia des de- 
grez ^7 6c fi de longitude en prenant le 
premier Méridien dans la partie la plus Oc- 
cidentale de l'ille de Fer. 

Pour ce qui regarde fa circonférence, 
les Auteurs font partagez efl différantes 
opinions, les uns la faifant plus grande 6c 
les autres plus petite. Ifidore lui' donne en 
fon circuit 36:5 milles ; Bourdon veut 
qu'elle en eft jufques a 503 , Porchacchi 
augmente encore ce nombre d'autres dix, 
aliurant qu'elle a de tour 5 73 miiies. Bleau, 
Sagredo ôc Vianoli lui en afilgnent 600. 
Baudrand enfin quieil un Géographe de 
nôtre tems ne fait monter fon circuit qu'à 
^^o milles. 

Scrabonluiaflîgne 1400. Stades pour fa 
longueur 6c Sagredo efl de fon opinion , ce- 
lui ci prenant la mefure de 1 70 milles pour 
A 2 Pe- 



j( DE LA MORE'Ë. 

refpacc contenu entre Plfthmc 6c Mo- 
ion. Baudrand lafait plus longue de cinq 
milles en commençant du Cap de Schili 
jufques à Caftel-Tornefe ; ÔC il prend fa 
largeur, qui ne va, pas félon lui à plus de 
î^o milles, entre Corinthe ÔC le Cap de 
Matapan. 

Les Géographes les mieux verfez en 
confiderant cette belle Pcninfule ont em- 
ployé toute leur exa£litude pour diftin- 
guer entre fes parties celles qui étant les 
plus embellies des beautés de la nature pou- 
voient en rehauflcr davantage PéclatSc ia 
réputation. Au rapport de Paufani^is elle 
lut un tems divifée en cinq parties , dont la 
première comprenoit le païs des Arcadiens, 
îa féconde celui des Acbaïens, h troifiéme 
desDoricns- Ptolomée 6c d'autres la divi- 
sèrent en huit provinces â favoirTAchaïe 
proprement ainli dit te, TArcadie, Argic , 
Corinthie, Elide, Laconie, Meflenie 6c 
Sicionieou Sicionide. 

L'Achaïe confînoit au Nord au Golfe 
de Lepanthe; à TOccident à îaMerd'Jo- 
nie; au Midy àrElide6càrArcadie; 6c à 
l'Orient à la Sicionic. Patras étoit alors fa 
ville capitale^ 

' L'Arcadie étant bien avant dans la terre 
ferme étoit par confequent éloignée de la 

Mer-. 



PREMIERE PARTIE. $ 

Mer: Elle avoir pour bornes à l'Orient 
FArgie àc la Laconie avec le Mont Oro- 
nio j i' Elide 5c le raont Flore à rOccident, 
au Septentrion PAchaïe propre 6c la mon- 
tagne Stinfali, au midi la Meiienie & le 
Mont Tagete. Elle avoic pour fa Ville 
principale Megalopolis qui veut dire la 
grande Atta Êcuée au pié du Mont Co- 
ronio qu'on appelle aujourd'huy El C^fal 
Lo?îdari. 

L'Argie aboutiUbit à TOrient au Gol- 
fe de Napoli de Romanie , 6c à la Mei: 
Egée; elleavoit TArcadie à TOccident ; 
la Laconie au midy & le Golfe d'Engie 
au Septentrion. Argos étoit fa ville capi* 
talc. 

LaCorinthiequi étoit la partie du Pc- 
loponefe la plus reculée vers le Septen- 
trion avoit Ton étendue entre la Sicionie à 
rOccident 5c TArgie au Midy &: à l'Orient; 
^eîlcétoit ieparce de TAchaïs parl'lHh- 
lïie 8c le Golfe de Lepanthc. Elle avoic 
pris Ton nom de Corinthe filsde Jupiter ou 
d'Êpipée qui donna auflifon nom à la ville 
capitale. 

L'Elide étoit bornée au Septentrion 

par l'Achaïc proprement dittc, à FOrient 

par TArcadie; par la Meffanie au Midy, 

Se à l'Occident par la Merd'Jonie. Polibc 

A3 ^ §C 



6 DE LA MORE'E. 

gc Strabon nomment aufÏÏ cette province 
Elea ÔC Cauconia. Sa Ville principale 
s'appelloit aufii de ce nom £lide. 

La Laconie avoit pour limites au mi- 
di en partie le Golfe de Colochine , 6cen 
partie celui de Coron ; à TOricnt le Gol- 
te de Napoli de Romanie; PArgie au 
Septentrion 6c TArcadie 6c la Meficnie 
à rOccident. Sparte pailbit pour ia Ville 
capitale. 

. La Meflenie étoit Gtuce du côré du mi- 
di entre la Laconie à POrient ôc PEli- 
de,à l'Occident j elle avoit TArcadie au 
Si-ptentrion & comprenoit cet efpace qui 
ell entre le Golfe de Coron 5c celui de Zon- 
chio. Mclkne étoit fâ ville principale. 
I La Sicionic ou Sicionide qui étoit la 
province dt: la moindre étendue prenoic 
Ion nom de fa vilîe capitale appellée de mê- 
me Sicionie. Elle confinoit à rOrientà la 
Connchie, à rOcciJent à ]*Achaïe ; au 
Septentrion au Golfe de Corinthe ÔC au 
Midi â TArcadie. . . 

PomponiusMela diftribuetoutelaMô- 
réeenfix Provinces, à (avoir Argie, La- 
conie, Meflenie, Achaïe,Elide 6c Arcadie. 
Elleièdivife aujourd'huy félon Moreri 
6c Baudrand en quatre provinces leule- 
njent : 5c cette divilion eil approuvée par le 

dode 



PREMIERE PARTIE. 7 

do£te Cantelli dans fa Géographie que 
le public a receile avec un applaudiilc- 
ment général. 

La première de ces quatre provinces 
occupe toute cette étendue oiiéioient l'A- 
cha'ie propre, Sicion 6c Corinthe & cil 
connue fous ie titre de Duché de Cbiarerî- 
z.a. Elle a pour bornes au Septentrion ie 
Goîfe dcLepanche 6c au Midi ia Province 
de Belvédère. Cette Province a pluGcurs 
villes &C quelques Bourgades. Fatras e(l 
la principale àc ces villes, après laquelle 
fuit Chiarenza , Caminitza , Callel-Tor- 
nefo, 8c d'autres dont on (e referve àpar- 
1er dans la féconde partie où l'on donnera 
des connoiliànces particulières de tout le 
pais. 

Ses promontoires les, plus fameux font le 
Cap de Rio dont nous parlerons en même 
tems que du GolFo de Patras. 

L'Autre elt le Cap que Bourdon appel- 
le le Cap de Chiaren^fi 5c Ptolomée 6c 
Strabon Araxm Promontorium qui s'avance 
dans la Mer d'J onie non loin de l'embou- 
cheure de la Rivière Lariîlus entre le Gol- 
fe de Patrc'S 6c celui de Chiarenxa. 

Lederniet' vers le midi ellle Cap Tor^ 

nefo que Stribon appelle Chelonates Pro^ 

montonum y Thevec ie C^p Thorice , 6c So- 

A 4 phia- 



s DE LA MORE'E. 

phianusjleCap Chlumut':(i, Celui-ci avanee^ 
SLiilidanslaMer d'Jonie entre le Golfe de: 
Chiarenza 8c celui d'Arcadie. 

Léi (econde Province appellée Belve- 
dere a fbn étendue du coté où étoic r£iide- 
& la Mcfienie. Elle confine au Septentrion^ 
à la rivière Carbon qui la fepare aufTi de la^ 
province de Chiarenza 6c elle eft bornée an 
midy par le Golfe de Coron : à l'orient elle- 
conBne au bras de Maine, 6c à l'OccidenD 
elle fuit le Golfe d'Arcadie (kdeZonchio. 
Elle comprend plufieurs païs Se plufîeurs 
villes entre lefquelles Modon tient le pre- 
mier rang 6c après' Modon, (ùivent Co-^ 
ron 5 Calamata 6c Navarin. 

Les Promontoires les plus célèbres (ont 
le Cap fardanqm efl: rich^us Promont o- 
rium de Ptolomée» ôcle premier le plus 
Septentrional. 

Le Cap de Zonchh que Paufanias ap^ 
pelle Coryphafium Promont or inm. 

Le Cap de Saptenl^ , ou le C^p G allô , 
que Ptolomée appelle Acritas Promomo^ 
num. 

La troifiéme Province a nom Saccanie, 
ou Romanie mineure 6c comprend tout; 
juile retendue deFancienne Argie. Elle a 
ies bornes du côté du Septentrion au Gol- 
fe de Lepanthe , au Golfe d'Engia 6c à 



PREMIERE PARTIE. ^ 
l'Ifthme; au midi au Bras de Maina &au 
Golfe de Napoli de Romanie , 6c du côte 
derOccidentenpartieau Duché de Chia- 
renza & en partie à la Tzaconie. Napoli 
de Romanie eft la capitale : les autres lieus 
principaux font Argos 6c Corînthe. 

La Palus ou le Marais de Lertia ou 
Hercule tua l'Hydre à fept têtes ell un en- 
droit aflez remarquable dans cette Pro- 
vince. 

Cemonftre n'a étcqu'unefi£tion;mab 
c^'cll bien une vérité qu'il y avoit fept frères 
qui fe tenoient en cet endroit pour piller 
le paflant 6c defoler le pais , contre lefqucis 
Hercule voulut bien combattre ; 8c ayant 
mis à mort le premier qu'il rencontra, il 
donna le même ibrt aux autresdeux â deux 
comme ils tombèrent entre fes mains. Delà 
les Poètes ont pris occaGon de feindre l'Hy- 
dre à fept téccs 6c fa mort pour celle de cts 
fept frères qu'Hercule immola à fa colè- 
re 6c à la jufte vengeance du pais. 

Cette Province n'a qu'un PromontOî-' 
rc , mais il eft très mémorable 6c a plu- 
ficurs noms comius. Il s'appelle le Cap 
Schili^ dans Pline ScjUum , 6c dans Paufa- 
nias Plethon Promontorium , Ptolomée dîC 
^^•////«w jFavolius Synllo ^ Sophanus 5^'/- 
U , Viliâiaova pamala* Ce Promontoi^ 
A s ïc 



lo DE LA MORE'E. 

reavec Tautre qui iui e(l oppofé qui s'ap- 
pelle le promontoire Colonne dans TAtri- 
que forme l'entrée du Golfe d'Engia. 
' La quatrième Province qui a changé Ton 
nom Laconie en Zaconie eil un bras du 
Maine Se ell aujourd'huy indifféremment 
nommée de ces deux noms. Elle furpalTe 
en grandeur chacune des trois autres , com- 
me elle edauffi la plus étendue du côté du 
midi le long de la Mer, Son premier nom 
fut VElegia de Lelex premier quiycom- 
îïiandoit en qualité de Roi. Virgile & les 
autres Poètes l'appellent Oehalia^d'Oeba-^ 
lus qui en étoit Seigneur , 8c félon Strabon 
elle fut encore nommée Argos. Elle eft 
mouillée à ibn midi du Golfe de Calamata, 
6c en partie de celui de Colochina : Au 
Levant du Golfe de Napoli de Romanie: 
6c au couchant elle confine à la Province 
de Belvédère , êcen partie au Duché de 
Chiarenza. 

Cette Province a grand nombre de hauts 
•êc affreux rochers ôc précipices , d'où vient 
qu'elle effc fujette à de frequens tremble- 
mens de Terre. Le plus grand nombre de 
fcs profondes cavernes fe trouve aux envi- 
rons du mont Taigere , appelle aujourd'hui 
du côté de Mifitra , Founi tis Mtftras , 2C 
du côté de la Maine FQMri tis F or tés. 

, II 



PREMIERE PARTIE, n 

Il n'aifc là aufli des chiens de quelque 
cftime : le Zaiman Bachi ou le Grand 
Veneur du Sultan enchoifit chaque année 
un bon nombre pour les plaifirs du Grand 
beigneur: &il n'efl point de Turc qui fe 
pique de fai-re quelque depenfe qui n'en ait 
toujours quelqu'un chez, loi. 

Les principaux lieux de cette Province 
font Mal vafia, Mi&ra, Zarnata, Chiele- 
fa, Vitulo, Pallavaôc autres dont on par- 
lera en fon lieu. 

Ses Prornontoires font le Cap de Mata- 
pa}7 dont on donnera une particulière de- 
icription lorfqu'on parlera de celui de Mîîi- 
na. Le Cap Onugnato ou Mâchoire d'Af. 
ne éloigné du Cap Rampani d'environ 
2oo. ftades : on voyoit là autresfois le 
Temple de Pallas qu'Agammennon avoic 
fait bâtir. Le Cap de Malca qui du côté 
que foufle le vent du midi s^'âvance 
dans la Mer de Candie. Il eil; fameux non 
feulement pour fes vins exquis mais enco- 
re par la terreur que donnent fes Sèches 
6c fes bans à ceux qui navigent par là. Pto - 
loméele nomme Malea^ Pïme Maieum ^ 
Hefchius PromaleHm^Sophhnus Capo Ma- 
lio. Les Gens de Marine au rapport de 
Bredcbachius l'appellent les ail es de St. Mi- 
chel , Ak di San Michiel, Bn6tio Capo 
A 6 Ma- 



tt DE LA M OREE 

Jl^aiiodifant u4n^eloy\cquc\ feion Baudrand 

eft éloigné de dix milles de Cerigo, 90. de 

Napoli,7o.deSparte,6o.deCandie.lleneft 

.^ ^ fait mention dans Virgile, dans Ovide dans 

j^^r^o'ii. la Géographie univerlellede Baudrand & 

^'u'' ^^'dansla.Grec.ede Laurembcrg. 

'^^' DES.MO.NTAGNES 
D E LA MORE E, 

^ Ntreles Montagnes de cette Peninfu le 
on conte celle de Foloe auprès de îi- 
quelle étoit autrefois fituée la ville d'O- 
lympia dont les Poètes ont tant parlé, la fai- 
iànt paflér pour lepaïs des Centaures. Ce 
qui donna lieu à ce nom, futqu Hercule 
après avoir terrafle \, le Lion Nemeen , 
êc demeuré vidoricux de PHydre de 
Lerna ôc du Senglier d'Evinant arri^ 
va par rencontre à cette montagne, où 'A 
iilla prendre retraite dans l'antre du Cen- 
tzuYc Foloe qui le récent avec beaucoup 
de courtoifiie, le convia 6c lui donna à gou- 
tter d'un excellent vin qu'il tenoit caché de 
peur que quelqu^undes autres de Ton efpe- 
€c ne le découvrit. ïl arriva pendant qu'ils 
étoietitainfi enièmbleà faire collation que 
djau très Centaures pafîant parla furent*aE- 
tnxi par Teneur du vin ; auffiiôt ,ils cou- 

renE: 



PREMIERE PARTIE. ï^ 
rentàPantreSc font violence pour entrer» 
Foloe n'eut pas de plus grande hâte que de 
courir fe cacher; de forte qu'Hercule k 
trouva aux pvifts avec tous ces Centauresjll 
fefcnraa de fon mieux 6c leur fît fentir défi 
terribles efxèts de (à colère qu'après en avoir 
tué plufîeurs , il reduifît les autres à prendre 
îa fuitte de peur d'en gaigner autant. Le 
combat fini , Foloe fortit de fon trou 6c ad- 
mira la vaillance de fon hôte ; mais par mal- 
heur en voulant manier les Flèches avec 
lerqu'ellcs Herc ule avoit tiié THydre , il en 
laiflaiomber une fur fon piéjôcle coup fut tel 
qu'il en demeura étendu mort fur le champ. 
Hercule eut du deplaiiir de ce accident , 6c 
en reconnoiflhnce du bon accueil que lui 
avoit fait le Centaure , il rénfêvelit dans fon 
antre même & appella cette montagne de 
fon nom Foloe. Les autres montagnes les 
plus célèbres font le mont Cyllene , Licéff , 
Parthenien , Menale Ôc Sepia. De tous ces 
monts Cyllene eft le plus élevé , il eft aflcz 
prés de celui de Cahdoria à la cime duquel 
on voit encore des traces du Temple de 
Mercure apellé^à caufe de cela Cyllenius, 
Toutefois il y en a qui veulent que ce nom 
foit venu de Cyllene fils d'Eleates, Le 
montHeeequiafes commancemens dans 
kTzâconie à cela de mémorable j qu'il eft 
A 2 le 



14 DE LA MORE'Ë. 

le lieu où le Tyran Anftarque fut immolé 
à la fureur publique de.s L.acedemoniens qui 
le lapidèrent, lleft contigu au mont Me- 
nalusquieft couvertde verds 6ccouftusbo- 
cagesd'une très grande commodité pour le 
pâturage des bciliaux: aufii en confidera- 
tion de ia fraicheur de Tes ombrages 6c de la 
douceur de l'air qu'on y refpii e il futconfa- 
créaupieu Pan, comme le mont Cylle- 
nc dont le nom fignifie Virginal fut confa- 
créauffi au même Dieu. Le Mont Sepia 
eft celui là, ou ielon Paulanias Epites fils 
d'Eleares demeura mort de la piqueure 
d'un Serpent. La plage du Duché de Chia- 
renza eft couverte au Septentrion par le 
m.ont aujourd'huy nomméPoglizià caufe 
du Temple de Diane quiyétoit autrefois: 
on Pappella premièrement Geronte, en- 
fuite Stinfale du nom d'une Nimphe fille 
d'Arcade, ou à caufe de certains grands oi- 
feauxdeproye appeliez Stinfaliches quivi- 
voient en ces quartiers là en troupes fort 
nombreufes : Us devoroicnt les hommes, 
c eft pourquoy il furent je ne 6i Ci c'eft ou 
chaffez feulement ou Pefpece entièrement 
éteinte par une tuerie qu'en fit ^Her- 
cule. 

Du côté de L'orient entre laSàccRnic & 
la Tzaconie fe voit la montagne Cro^^ie, 

qu'on 



PREMIERE PARTIE. 15 

qu'on appelle communément Grevenos^^ 
lur laquelle vers réxtremité de fa partie 
Septentrionale étoit le Temple de Lucine , 
ôcFefipoli, ainfinomméàcaufe deTIdole 
à laquelle les Eleens y venoient Sacrifier. 
C'clt là qu^on trouve la Pierre Cylindrcj 
que Ton pût arracher du roc lorfque le ton- 
nerre grondant dans les nues cauiè de l'agi^ 
tation dans Pair» 

Dans la Province de Belvédère s'eleve la 
montagne Mtntia on Mente ^ aujourd'huy 
Olonos: Elle regarde au Midi le Golfe de 
Corion 6clc Fleuve Alfée au Septentrion, 
Elle prit Ton nom d'une Concubine de Plu- 
ton parceque Proferpine jaloufe la cher- 
chant & l'ayant [rencontrée en ce lieu, là 
changea en l'herbe appellée Mente aont 
cette montagne eil: couverte en uneprodi- 
gieufe quantité : êc en mémoire de cet acte 
de )a Deefiedes Enfers il y a voit là autrefois 
lesiuperbes Temples de PluconSc de Pro- 
ferpine. 

Le petit Mont Neris étend Tes hauteurs 
danslaSaccanie 6c celui de Nonacnsàziis 
laTzacomc au pic duquel coulent les eaux 
' du Fleuve Stix fi fatales à ceux qui enboi- 
rent , quoiqu'elles foienc claires 6c bel- 
les à voir. Les Poètes ont affigné ce 
fleuve à Tenfer, Le fleuve Inacus prend 

fa 



i6 DE LA MORE'E. 

fa fource dans cette même Province. H fz 
encore le mont Artemifius qu'on croit être 
le même que le mont Farthenien. On lui si 
donné le nom d'ArtemiOus à caufe de l'a- 
bondance de l'herbe Artemife dont il eft 
couvert. 

La plus conliderable 6cla plus fàmeule 
montagne entre toutes celles delà Grèce 
6c que Polibe met en comparaifon avec 1^ 
Alpes efl: la montagne Taigete^ aujour- 
d'huy appellée d'iin autre nom orta. 
Elle s'étend dans la Province de Tzaconie 
non loin de la rivière Tenare 8c afîss pro- 
che de PEurota qui pafle par Mifitra. Elle 
eft remplie de Cerfs ôcde Biches , d'Ours , 
de Sangliers 6c d'autres bêtes fauves. Elle 
tire fon nom de Taigete fille ifiuc de Lace- 
demone laquelle ayant été violée par Ju- 
piter eut tant de honte 8c de douleur d'a- 
voir perdu ia virginité qu'elle fe donna la 
înort elle même. Cette montagne a été 
confacrée en divers tems à Bacchus, à 
Cerés , à Apollon , ÔC à Diane : 6c Ion 
tire de ces entrailles de très bonnes pierrss 
àeguifer. 



Dci 



FREMÎERE PARTIE. 27 

DES FLEUVES 

ET Kl VIE'RES 

LA M O R E a 

A Prés avoir parlé des Montagnes remar- 
quables de la Moréeâl me femble à pro- 
pos de parcourir de fuitte les Fleu v es &: Ri- 
vières qui arrofent les terres de ce Royaa- 
me.Entre ces Fleuves^n conte celui duOu- 
ché de Chiarenza qu'on appelle communé- 
ment Carbonique Sophianus nomme Or^ 
fea, Strabon, ^Iphée y Ptolomée, ^Z- 
p^ehius^ 6C d'autres Strimphalus bQ NySîyr* 
mus Fluvius dans lequel fe jettent 1 40. tor^ 
rens ou ruiffeaus dont les vertus iont tant 
vantées pour être très propres a emporter 
les d'artes & autres taches du Corps. Les 
Poètes ont chanté mille merveilles de ce 
Fleuve : Ils veulent p.erfuaderque Tes eaux 
ont de canaux fouterrains tout particuliers 
audeflbusde la Mer, &que paiîant fansfe 
méicrparle Golfe d'i\rcadie au devant des 
Iles Strofades , elles courent s*unir â la Fon- 
taine Aretufe qui e(l dans le territoire de 
Siracufe ville de la Sicile. Ce Fleuve en re- 
çoit, d'autres moindres dans ibnfein, entre 

ici» 



i8 DE LA MORE'E 

lefquels (ont ceux qu'on nomme Céladon y 
V Erimante 6^ ï* Ama,nnihe, Il a pris Ion 
nom d'Alphée licTcendantde Tebba , après 
la more de (on frère Cercafe , lequel ta-" 
chant de fe dérober à la fureur du peuple 
dePArcadieôc de(erperant de fe pouvoir 
fauver parce qu^il avoit (ts, ennemis à fes 
troufles le: noya dans ce Fleuve. On l^ap- 
pelloit auparavant Strimphel da nom dun 
fils du Dieu Mars: & on peut bien le nom- 
mer l'Antée des Fleuves , puis qu'après 
s'^étre engoufré diverfes fois par des ouver- 
tures étroites (eus des rochers,i[ reflbrt enfin 
êc coule dans (bn lit av^ec plus de Majedé. 

La Rivière Emotas eil auffi de grande 
réputation : on rappelle aujourd^huy f^afili 
Potamos. Niger la nomme. Iris , Plu- 
tarque Hemerus &: Marîathon. Elle pafiè 
par le milieu de Mificra 6c a fon embou- 
cheuredansleGolFede Colchine. Elle a la 
fburce là même où prend iafienne la Riviè- 
re Carbon. Le nom d'Eurotas fi célèbre 
chez les Anciens lui eu: venu d'Eu rota troi- 
fiéme Roy des Lacedemoniens, foit comme 
rapporte Paufanias que ce Prince fit faire un 
nouveau lit à certe Rivière pour y raraafler 
toutes les eaux qui inondoient quelque- 
fois le pais avec beaucoup d'incommodité 5 
ibitaufii pour ce que rapporte Plucarque 

que 



PREMIERE. PARTIE 19 

que ce Roi ayant perdu une batailic qu'il a- 
voic entrepnlé avant la pleine Lune au mé- 
pris de la coutume des Lacedemoniens,por- 
té de defefpoir fejetta dans laRiviere,lâqueI- 
le à caufe de ce funelle événement changea 
fon nom d'Himere en ceiui d'^Eurotas, Pour 
ce qui ell du nom Fafdi Potamos , ceux du 
pais attellent qu'ail (îgnifie Fleuve Impérial 
6c qu'il lui a été impolé tel par les Deipotes 
de la Morée qui etoient du làng impérial 8c 
qui pour l'ordinaire faiioient leur refidence 
à Militra où ils prenoient le plaifir de la 
chaiiele long desnvagcs de cette Rivière. 
Lea L'acedemoniens l'appelloient \t Fleuve 
ImpcrialpouY flatter 5c rehaufîer d'autant 
la gloire de leurs Defpotes 6c Defpoenes 
titre qu'on donnoit aux PrinceUesfcmmeS' 
des Defpotes. Cette Rivière retient 
encore cela de fès anciennes qualités 
qu'il vient fréquemment des troupes de 
Cignes folâtrer dan. les eaux ôc ils font 
d^autant plus rares 6c admirables qu'outre 
leur extrême blancheur ils font d'une grof- 
feurÔC d'une beauté extraordinaires. Peut 
être que les Poètes pnt pris aufli fonde- 
ment d'appeller cette Rivière Olsfer fur 
quoi Stace chante. 

Tajgeti(jHefalanx <Cr OlloriferîEurotœ. 
Parceque fes rivages abondent également 

en Lau- 



2:6^ DE LA M OREE 

Lauriers. C'cft pourquoi aulïi' le^ Poëtccp 
h confacrerent à Apollon. Durant Pété elle 
ne mérite pas le nom de Rivière ; car 
elle a fi peu d'eau, qu'elle reOemble plu- 
tôt à un ruidcau clair de abondant: en hiver) 
groffiepar iespluyes elle lort quelquefois de 
fon lit & oatrepaiïe un peu Tes bords. Autre- 
fois elle avoit à Ton r.'vage gauche la terreOr- 
ntoas queStrabonôC Pline appel lent ^cria. 
Il y a pareillement dans la Tzaconie la 
Rivière Inactts qui prend fa fource dans la 
montagne Crovie : elle eft appelle aujour- 
d^huy PUmz>za y autrefois Cramavor^ cn=* 
fuitte Haliacmon 5c finalement Inacits da 
nom du fils de l'Océan 6c deThetis. La 
caufe en fut qu' Inacus ne pouvant fbufFrir 
quejupiter lui eut violé fa fille fans s'empor- 
ter à murmurer beaucoup contre ce Dieu 
raviffeur; en punition de fes murmures il 
fiit fi tourmenté parune bête fauve qu'il en 
devint fou 6c tout delèfperé il fe précipita 
dans la Rivière Se lui donna fon nom par Çx 
mort. 

Entre la Rivière înaciis 6c k Saccanie on 
trouve les Rivières Lincée , ^fîorie ou 
Stella 6c Erafm qui portent leurs eaux avec 
rapidité le long du mont Stifale. 

il ne faut pas oublier la Rivière Spirnaz- 
2L4îqui n'eil pas des moindres. Niger lap- 

peL 



PREMIERE PARTIE, m 
.pelle Stomius , Strabon 8c Pline Pamj- 
lus 8c Ptolomée Panyfus qui fe va déchar- 
ger dans le Golfe de Coron proche de Ca- 

lamata. 

DES CONFIUS 

ET PALS FRONTIERES 

DE L A M O R É E. 

LA Moréc a pour Confins la Mer d'Jonie, 
cclie de Sapienza& d'Egée, lefquelles 
reçoivent divers noms, que nous rapporte* 
rons tous dans l'ordre dans nôtre ièconde 
Partie. Fiin.ï.^ 

On doit regarder comme une Partie de la*^* - ^* 
Méditerranée cette Mer que Strabon 8c 
Pline appellent d'Jonie, qui s'appelle aufli 
la Mer de Grèce , laquelle confine aui 
Septentrion à l'ouverture du GolFede Vc- 
niie, à l'Occident aux cotes de la Càîabre Se 
de la Sicile en commançantdela pointe de 
Santa Maria Se pourfuivant jurquesauCap 
de Pafiaro. Elle a pour bornes à l'Orient les 
Cotes de l'Epire 6c de la Morce en prenant 
dépuis leCap Lenguettajufques au Cap de 
Matapan , 6c au midi la Mer d'Afrique. 

Cette Mer dans Ton étendue du coté de 
rOccident,9ui eft celui duquel elle mouille 



tz DE LA MORE'E. 

la Moréc, comprend les Golfes qui fuivenc. 

f Le Golfe de Lepanthe. 

La Mer I Le Golfe de Patras. 
d'Jonie jcon>-^ Le Goife de Chiarcnza. 
prend ' j Le Golfe d'Arcadie. 
\^Le Golfe de ZonchiOe 

La Mer de Sapienza qui eft auffi une 
partie de la Méditerranée prend Ton nom 
des lies adjacentes à Modon 6c confine à 
rOccidentàlaMerd'Jonie, & à l'Orient 
à la Mer Egée , & parcourant la partie 
Méridionale delà Morée enferme les Gol- 
fes marqués cideObus. 

La Mer /-Le Golfe de Coron. ^ 
de Sapienza -^LeGolfedeColochina. 
enferme ^Le Golfe Beatico. 

La Mer Egée qui fait pareillement par- 
tie de la Méditerranée enferme dans {on 
étendaë propre un grand nombre de Gol- 
fes j mais nous ne parlerons ici, que de ceux 
qui font ducôté qu'elle baigne la Morée, 
qui (ont 

' LaMer ^ fLeGolfedeNapolideRQ- 
Egceducotei ^,^^^^ 

^^^^^'^^^^^ J Le Golfe d^Engia. 
con\ prend l^ ^ 

V n'y a point de partie de TEurope qu'on 
puifig mettre en parité avec cette belle Vc- 

nin- 



PREMIERE PARTIE. 23 

îiinfule que la Nature a embellie de tant de 
qualités li rares. Elle allemble dans Tes fer- 
tiles campagnes avec l'abondance de tou- 
tes chofes les plaifirs de la diverfité. On 
trouve dans fes N^jontagnes les plus âpres 
6c qu'on croiroit être d'un terroir ingrat 6c 
inculte , des plantes très rares êc des fruits 
exquis* Les peuples qui Thabitentontun 
génie capable d une grande élévation 6c 
l'ame toute martiale. Ses Villes ont toutes 
eu des fondations illuftres. Son climat eft 
d'une très douce Se très épurée tempéra- 
ture. 

C'eil à elle à qui l'on attribue par une 
iînguliere prérogative d'être le Chef ôc 
tout enfemble le Boulevard de toute la 
Grèce. Mille monumens illudres expo- 
fenc à nos yeux fa beauté , fa grandeur, 
fa magnificence, fa iplendeur 6c fa gloire. 
D'un coté on voit des fomptueux 6c fuper- 
bes édifices élevez; deTaurre, on remar- 
que les fieges Impériaux des Miceniens, 
des CorinthieifSjdesLacedemonienSjdes Si- 
cioniens^des iiUefiens-sdes Arcadiens,des Pi- 
iiens 6c Mttfic.Aienb. De tout tems les armes 
6c les belles lettres ont été les deux glorieu- 
fes colonnes qui marquoient X^nonplus ultra 
de la célébrité de ces peuplcs.L.à prit fès fon* 
démens l'Ecole d'Alhe^ies fur le Frontifpi- 

ce 



i4 DE LA MORE'Ë 

ce de laquelle étoicnc gravez ces mots dî 
:a main de l'éternité meaic , Mater Ser- 
monum c'cft ici la Mère de TEloquencc 

Là aulTi o m me dans le véritable champ 
de Mars ont verfé leur fang les plus Vail- 
lans Capitaines de la Grèce. Les guerres 
y commençoient pour ne finir jamais ou 
qu'aprez avoir iong-tems duré. Les Athé- 
niens fe montrèrent les plus forts à fe ioutc- 
nir car depuis Tan 22 3 dans la LXXXVII. 
Olimpiadc jufques en Tan 3 50 ils refifte- 
rent toujours quoiqu'ils euilent déjà perdu 
de leur domination. Changée feulement 
dans la forme du Gouvernement cette pe- 
tite Republique devint après quelques 
iîecles écoulez un vafte 6c pui (Tant Royau- 
me qui après- avoir paiî'é par différentes 
mains, rencontra enfin dans celles de l'Em- 
pereur Grec Emanuel les principes 6c les 
caufes de fa ruine. Car cet Empereur com- 
me ignorant cette maxime que la puidance 
d'un Monarq,uene peut fe maintenir que 
par l'union des princes, 6c que le manque de 
cette union attire la perte des Rois & la 
ruine des Royaumes, en mauvais politique 
divifa fes Etats entre fesfept fils en autant 
déportions égales; & par là iîjettalafe- 
mence de desunion 6c des guerres intefli- 
îiesqui ont produit enfin la ruine entière 
de cet Empire. " Les 



PREMIERE PARTIE. 25- 

•Les Princes â qui on donnoit le gouver- 
nemenc de cctce Province s'appelloient 
Dcfpoies, Ôcquoiquepour le changement 
qui fuiTenoit fouvent de ces Gouver-» 
neurs 6c -de leur difFerante extraélion, le 
Deipocat fe maintenoic toujours dans fa 
proiperité ; parce que i'eleétion dépendant 
toujours de la volonté de TEmpereur, il 
n'appelloit ordinairement à cet eminent 
emploi que de fes Frères, defesfils, ou de 
fo parens , ou de fes bons amis qui avoient 
mérité par leurs Services qu'il les honorât 
d'une grande recompenfe. 

Conftantin furnommé Dragares frère 
de Théodore fécond étoit Defpote lorf- 
qu** A murât premier vint faire irruption 
dans la Morée ôc y exerça des aélesd'ho- 
(lilité. On arrêta ks inouvemens de ce ter- 
rible ennemi ; mais ce fut fous la condition 
que le prudent Empereurluipropofa de lui 
payer un tribut annuel, 6c il acheta la paix 
ace prix. A quelquetemsdelàayantrecea 
la Couronne Impériale dans la ville de 
Conilantinopîe , il partagea la Moréeàfès 
deux Frères, Demetrius& Thomas. Tho- 
mas eut pour fon département 6c appanagc 
le Defpotat de Corinthe , 6c Demetrius ce- 
lui de Sparte. Il nacquit entre ces deux 
frères un fujct de divifion ôc d'^inimitie irre» 



i6 DE LA MORE'E 

conciliable. Peut être qu'ils étoient portes 
tous deux également de la iccrette 6c mau- 
vaife intention 5 qu'en fufcitant des affaires 
à P£mpire ils lui oteroient autant de fa 
gloire pour en augmentera leur 6c obtien- 
droient par fa ruine l'independence dans 
-leur Gouvernement. Thomas avoit attiré 
à Ton parti les Albanois 6c les Latins qui 
croient également affectionnez à ion Ter- 
vice. Demetrius étoic appuyé des Tares 
6c Turchan Beglerbey de la Romanie 
n avoit d'autres vciies que de procurer 6c 
avancer la ruine de cet empire. 

Ces malheureux Princes alloient porter 
leurs plaintes tour à tour devant Mahomet 
11, ils imploroient fbn fecours 6c lui tai- 
foient des hommages, fans conlidererque 
par là ils perdoienc autant de leur puifiance 
êc que c'étoit la remettre entre les mains de 
celui qui afpiroit à la leur ravir. L'expé- 
rience leur fit bien connoitre leurs fautes 
mais trop tard ; cai' Thomas voyant que 
les Turcs venoient fairedes courfes jufques 
dans fbn voifinnge 6c foupçonnant avec 
fondement qu'ils n'euffent deffein de le 
fjrprendre , te trouva réduit à chei cher fon 
falutdanslafuirte. Dem^rius devint aulîi 
un exemple de la crilelje perfidie des 
Turcs ôc il auroit regardécomme un grand 

bon- 



PREMIERE PARTIE, 17 

bonheur, s'il avoit pu prévenir une honteu- 
Te détention par une glorieufe mort. Le 
premier s'en alla réfugier à Rome & en 
confideration de fa naiflance Royale £c du 
prefent qu'il y apporta de la tête du glo- 
rieux ApotnSt. André il y receut des hon- 
neurs Se des biens. L'autre tranfporté à An- 
drinoplepar une lurprife pleine de malice 
des Ottomans fut contraint à ne pas regar- 
der comme fon extrême malheur d^'epou- 
fer fa propre fille jpour la fortir du péril oii 
elle étoic de perdre fon honneur avec fa li- 
berté. 

Les vertus qui ont rendu la Grèce fi 
célèbre ont bien pris naiflance chez elle; 
mais elles n'auroient pu venir à leur accroif- 
fement , fi la Republique de Venile n'avoic 
aidé à lès entretenir ÔC foutenir : car elle 
leur a toujours été une bonne Mère 6c a 
fignalc fa tendreflè par Tunion étroi- 
te qu'elle a de tout tems confervée 
avec la Grèce. C'eil une vérité que les 
Hiftoires de Venife rendent incontefta- 
ble Se dont chacun peut être facilement in- 
ftruir , qu'il n'eft point d'Empire , de Ro- 
yaume ni de Province dans la Grèce ouïes 
Vénitiens n'ayent fait rcconnoître leur do-- 
mination. Dans la décadence de l'Empire 
lorfqu'il foufFrit divers demembremens , la 
B z plus 



^ DE LA MORE'E. 

plus grande de ces parties étoit celle qui étoit 
foumifcaux Vénitiens; car ils avoierit dans 
leur dependence Arcadiopohs, Rodelto, 
Andrinople , Gallipoli dans la Thrace 8c 
avec cela les pais des environs de Prevcla 5c 
de l'Arta , une partie de la Macédoine,, 
la Province deLacedemone 8c une grande 
partiedela Morée: De plus.ls etoient re- 
connus Souverains danspluGeurs Ifles de 
l'Archipel. Enfin tels étoient alors les li- 
tresjuftement attribués à l^Empire aes Ve- 
nitiensreprefenté par un feul dans la per- 
fonne de fon Doge , Vux F»,ei>arum , 
DalmatU, Croam, Dommusjuarufar. 
tis O- dimidU toms ImfemRmara^_^t 
fi ces témoignages n'étoient pas futnfans 
pour faire voir clairement la vafte éten- 
due de la Domination de la République de 
Venife dans la Grèce , on n-anroa qu a 
rapporter en abrégé, ce que les Hiitonens 
cntdemona-é enplafieurs gros volumes 

Lartificieux Turc, étant entre en pof- 
feflion des Provinces des deusPnncesfrc- 
resapresqu'il lesenavoit chafiez, ne fou- 
piraquV" l'.nvafion du refte du pais, 
afind'étrelefeulàycommander.LesVeni- 
tiens étoient les feuls qui dévoient répri- 
mer cette extrême ambition ; elie e o c 
touiàfaitinjufte,fur toutapresqu'eile alloïc 
' a VIO- 



PREMIERE PARTIE, i-^ 
^ violer la foi des traites 6c à rompre la paix. 
Maisc'eft une maxime des nations Barba*- 
res de n'en avoir aucune d^inviolable que 
celle d'avancer leurs intérêts par toute forte 
de moiens 6c de prendre même occaiîon 
de faire la guerre, lors qu'on fe croiroit d^a- 
vantage affermi dans lu paix avec eux. Ain^ 
(î les Turcs ccflant de fe contraindre aux ap- 
parences d'une paix furprirent Argos , 6c le 
portèrent enfuitte comme ennemis décla- 
rez. La République comprit bien à ces 
premières infractions dercnnemi , la necef- 
fité prcilànteoùelleétoit defonger à fadef- 
fence:&'Comme l'Êntreprife étoit de la plus 
grande importance & que ce n'efl: que du 
Ciel qu'on doit attendre les puilfans iecours 
£c les heureux fuccez , on refolut avanc 
toutes chofes qu'on porteroit fur les étcn- 
dars le (îgne de nôtre rédemption. Enfuitte 
on fit les levées des troupes ôc on donna le 
commande m éntGeneral a Bercoido d'Elle^ 
Ce grand Capitaine s'arma de tout fon cou- 
nige pour reufîir à une fi grande entreprife , 
ôc ayant fait voile pour la Morée il fit pren- 
dre terre à toute fon armée entre le Golfe 
d'Engia & cel u i de L'epanthe. Il s'apliqua 
d'abord tout entier â reconnoitre les lieux 
6c à trouver les moyens d'empêcher les ir- 
ruptions fréquentes de l'ennemi. Pour cela- 
B 3 U 



jo DE LA MOREE. 

il mit la main à un ouvrage très mémorable 
remettant fur pié dans l'eipace de peu de 
jours h, fameute inuraiîle Eximilo : en- 
fuite dequoi il employa lès forces àladef- 
fendre , ôc dans mille de Tes atlions il donna 
des preuves illuilres de ion grand courage 
& de Ton expérience confomoi ée en lart mi ' 
litaire. Il agiUbit des la main 6c de la tête , Il 
couroitle premier aux rencontres les plus 
perilleureSj&tenoitfavieàvil prix pourvu 
qu'en la iàcrifiant au fervice de fa patrie il 
avançât en même tems la perte de fon enne- 
mi naturel 6c juré. îl étoit au plus beau de Tes 
eiperences 61 fes croupes que fon exemple 
animoit d'autant plus au combat avoient dé- 
jà gaigné des avantages qui lui promcttoient 
k victoire 6c l'entière défaite des ennemis 5 
îorlque Dieu dont les penfées ne font pas 
nospenféesScqui peut quand il veut faire 
trouver aux plus grands conquerans leur 
défaite &leur mort dans le lieu même ou 
ils fe font préparez un Triomphe, permit, 
par des ordres fecrets de là providence, ou 
par des effets de fa juftice fur nous, qu'il 
luccombât 6c tombât mort de plufieurs. 
glorieufes bieflures. Le chef étant mort 
les membres tombèrent en langueur, ôc 
î ennemi devenu plus fier par le peu de re- 
iiilcnce qu'on lui oppofc g combat avec plus 

de 



PREMIERE PARTIE. 51 
de force 8c geigne la vi6toire5apres laquelle 
ne donnant point de bornes à fon injuftc 
ambition il s'empara de tout îe pais que 
nôtre Augulle Republique pofledoit ie- 
gitimement depuis tant d'années. 

Dépuis, on établit là un Gouverneur 
deConiî aération à qui l'on donna le titre de 
Sangiac , ou autrement Morabegi comme 
quidiroitvSeigneurdela Morée, ôcon lui 
dcdina cent mille après par an fous l'obli- 
gation d'entretenir mille chevaux avec 
l'Equipage neceliaire, quiferoient à ladi- 
fpolition du Beglcrbey de Grèce. 

Pour tous les avantages qu'apporte ce 
Sangiâcatàceuxquilepoiledent il nelaiflè 
pas d'être le plus epineux;earil furvient fou- 
vent des difficultés avec le Dins , le Begler- 
bey ou le Bâcha de la Mer à caule des droits 
qu'il prétend avoir dans toutes les plages 
maritimes fur les Marchandi fes qui fe char- 
gent ou ie déchargeât dans les ports. 

Modon eO: le lieu de la refidence ordi- 
naire du Sangiac. La Republique de Ve- 
nifequi fjule pour maintenir fes droits fur 
ce Royaume y foutient toujours valeu- 
reufement la guerre contre les efFortsdes 
Turcs, aétéauiîî la première qui a entre- 
pris de le reconquérir : 6c fes armes eurent 
un tel fuccez dans la Campagne de 1685. 
B 4 qu'elle 



'31 DE LA MOREE. 

qu'elle triompha de prefque toutesles pla- 
ces Méridionales, en contant parmi ces 
conquêtes la Ville ôc la Eortereile de Co- 
ron, les places de CalamatâjZarnatà, Pafla- 
và 6c Chielefa : Outre les routes que fe font 
faittes plufieurs fois bien avant dans la ter- 
re ferme les troupes en fe hâtant d'^ap- 
porter du fecours à une ForterefTe qui étoit 
attaquée avec danger. L'Armée Véni- 
tienne fera dans la Campagne de cette an-r 
née des progrez enSore plus avantageux i 
6c elle peut s'afleurer d'autant plus dans 
cette efperance , qu^^elle n'employé fes 
Armes que pour la plus grande gloire de la 
Religion Catholique 6v pour l^'âvancemenE 
de. la mine des Infidèles» 



DE 



DELA 

MORE E 

Seconde Partie. 

où l'on parle en particulier des villes Ma-* 
ritimes , àcs Golfes , des Ecueils €r des 
Iles non feulement de celles qm regardeift 
cette cote Cr qui font fur cette Mer\ mais 
encore des autres qui font de U Mer d'^fq* 
nie* 

Prés avoir rraitté dans la pre- 
mière partie de cet ouvrage» 
de ce qui regarde la M orée 
en General , j'cntreprcns d« 
traitter en particulier 6c avec 
toute Texaétitude qui convient à ma briè- 
veté, de toutes les Places maritimes, des 
Golfes, des Ecueils &. des Iles non feule- 
ment de celles qui font le long de cette 
côte , mais encore de celles delà Mer d'Jo^ 
nie. j'avertis mon Leéleur qu^ipres 
que j^iy rapporte les difFcrentcs divi - 
fions qu'on a faites de la Morée je me riens 
au featimcnt de ceux qui ne ia divifen^ 
B jT qu'ea 




54 Ï^E LA MOREE. 

qu^en quatre Provinces, 6c que je rappor- 
terai toujours à quelqu'une de ces Provin- 
ces chacune des Places dont je parlerai. 

L' I s T H M E 

D E 

CORINT HR 

RefSm. T *^^^^^ ^^ Ccrkthe autrement le 
ïucioiii, I. ^ Détroit de la Morée. OU le Détroit Ar- 
vn luftre goUquc cil: une langue de terre âpre &: fort 
c!t de cinq pierreufe afîiiè entre le Goife de L.epanthe 
«irii!" ^' ^- celui d'Engia 6c fait l'union de PAchaïc 
aveclaMorée. 

Cetlilhmeeft fameux àcaufede? jeux 
Ifthmiens que Thefée a voit inliituez 5c 
qu'ion celebroit à chaque luilre: comme 
aulTi célèbre par Ton Théâtre, le Stade de 
pierre blanche, le Temple de Neptune & 
\% Foret de Pins dont les feuilles fcrvoienc 
à couronner les combattans. 

On pourroit donner un conlîderable 
ftvanccrnent à la navigation, & la rendre 
Kicile &; fure en tirant un canal de commu- 

niça- 



SECONDE PARTIE, jj 

nication d'une Mer à l'autre. Et ce qui 
pourroit porter à ce deflèin Se animer 
d'autant plus à (on entière exécution , c'elt 
qu'on fait que" ça été l'entreprile de piu-p^^^^^^. 
fieurs grands Princes, du Grand Alexan- Rannuf. 
dre, de Pitia , du Roy Demetrius , de JJ^^';°^^ J^"^ 
Cefar, de l'Empereur Caligula, de Ne- lut bien 
ron , d'Herode l'Athénien. Il ell vray ces ^'^^^^'J^ 
Princes ou troublez dans ce deiîein par coup 
d'autres foins plus importans ou dégoûtez ^te^^ér ^ 
par la lonmjeur du travail en ont été de- ce fameux 

* o ^ nii ^ ^ 1 ^ Canal. ZO" 

tournez Sc'ont dehite de le porter a une nora.p. 
fin qui auroit pu Pxatter beaucoup leur ^°°* 
gloire ; mais (i en place de quelqu'un d'eux 
la fortune avoir mis Louis le Grand Roi de 
France il auroit donné à cette entreprife un 
Tuccez aufTi parfait où i on voit quoique 
dans Teipace de peu de tems le Fameux 
Canal qui joint la Méditerranée de com- 
munication avec rOcean. 

Pour fuppleer en quelque forte à ce qui étéh%l 
raanquoit audelTeindc ceCanal.PEmpe- "^'^re viiie 
reur Emanuel en Tan 1413. fit élever un des^grards 
Mur que Volateran &c Niger appellent "".f^^'^^'- 
Hexameli , Hermolaiis JrJsromilion , cC S:^bei. h'?- 
Nifchius Dioclos ^ qui commençant au ^'^'■- ^^ ^'"-' 
port Lechce 16 Stades loin ac Corinthe, 5.1. s. 
50. du Golfe de Saronique (qui eft félon 
rQpimondeBaudranJ.cDiiiraire à celle de 
B !5 Lau» 



5^ DE LA MORE'E. 

Lîiurembcrg , celui qu'on appelle aujoiu^- 
d'hui Lejlefocori) fitué à l'extrémité Oc- 
cidentale du Golfe deCorinthe, il finilîbit 
à fix milles de long au port de Cenchrée qui 
efl; fur la côte du levant vers le Golfe d'En», 
gia : la commodité de ces deux ports rap- 
portoic beaucoup davantage 6c de facilité 
au commerce de rOrienc. 

Amurat IL après le fiege de Condan- 
tinople en Tan 1424. nonobilant la paix 
avec TEmpereur de Grèce fit démolir 
l'Eximile. La Republique de Veniie (e 
?e(îentit beaucoup de ce trait des infra* 
étions Se violences d' A murât par ce qu'^eile 
voyoit que par là cet ennemi s'étoit i^it 
une entrée libre pour envahir les lieux voi- 
fîns, Ced: pourquoy Luigi Loredano Ge- 
neral de la Mer eut ordre de 'îàiïc prendre 
î^rre en cet eniroit à toute Ion armée 6c 
ie joignant à Bertoldo d'Etle ils employer 
Il J^^ rent trente milie travailleurs qui apporte- 
SeVeion^'^"^ tant d'^ardeurà relever cet ouvrage 
s*£r»69. qu'ails le mirent à fa fin en l'an 146g. dans 
lefpacede quinze jours & ils ajoutèrent à 
ce qu'on y avoit vcu auparavant de dou- 
bles ôc fort larges fo{]és& cent trente fix 
Tours cequ! rendoit ce Mur de beaucoup 
plus fort & mieux foutenu qu'il n'étoic 
auparavant. Pour implorer du Ciel un p.ai"- 



SECONDE PARTIE, g'/ 

tîculier foutien à cet édifice 6c un heureux 
luccez aux armes de la Republique , Bcr- 
toldoficdrefierau milieudu Mur un autel 
où toute l'Armée affilia à la Meile qu'on 
y chanta folennellemenr. Le General de 
la Mer6cEertoldo avec fes troupes après 
en avoir lai fié un nombre TufRlant pour la 
garde du Mur vinrent Camper audellbus 
de Corinthe 6c ils s'y occupoient à planter 
l'Artillerie 5c à la mettre en étatdebon 
fervice lorfqu-il arriva des efpions qui leur 
annoncèrent que Amarbei Fiambular de 
la Morée rodoit aux environs avec une 
efcorcc de douze mille hommes. Au mo- 
ment qu'ils receurent cet avis ils firent un 
détachement d^unc bonne partie de Tar- 
mccqui croit campée pour aller à la deiTen- 
ie de l'iLximilo,3c on y fit un H graiii feu du 
canon 6c de toute Tartillerie fur Tarméc 
du commandant Turc qu'il fut contraint 
de la mettre en retraite plus loin que la 
portée; quoiqu'il ne laiOa pas de fe fair« 
voir vers le midi aux Vénitiens 6c pritfon 
logement non guère loin delà. Bertoldo 
obiervoit tous les mouvemens d^Amarbet, 
pendant que Tautre General alla continuer 
k Siège. Mais voyant que le Commandant 
Turc fcmbloit defiller de fon defîcin ôc 
n'en avoir aucun par la difHculté qu^il 
B 7 trou- 



38 DELAMORE'E. 

trouvoit à rexecutcr fans trop de penl,Ber- 
toldo lui même le négligea 6c alla fe re- 
joindre à Tautre General pour avancer le 
Siège. Il arriva par un malheur qui en at- 
tira en même temsplufieurs autres que le 
General ne fun pas piiicôt arrivé au Camp 
qu'ail receut un coup de pierre dont il de- 
meura mort fur la place, Telle fut la fin de 
ce grand Capitaine : 6c celui qui lui fucceda 
«^ Bettino au ^ commandcîïient trouva les troupes (i 
àa Calcina- jçcouragccs par cet accident funefte, 6c 
'°' lui même T:? laid a u fort allarmer par l'ap- 

proche du BeglierbeiScde fon armée qui 
étoit de quatre vingt mille hommes, que 
non feulement il abandonna le camp de- 
vant Corinthe, il négligea aufii la deffen- 
fe de l'Eleximile après que ce Mur avoit 
été d'aune fi grande & fi extraordinaire de- 
penfe à la Republique. 



C O R î N T H £. 



LA ville de Corinthe que Strabon 8c 
?ol ibe nomment Corimas Laurem- 
herg Ephyro, le peuple Cor^mo & les 
Turcs Gerame rapporte (on origine ôc fa 
fondation à jûktss qui vivoit du cems de 

Ce-^ 



SECONDE PARTIE. 59 

Gecrops Roi des Athéniens en Tan 7,066, 
Elle eft (îcuée comme au milieu deTIfthme 
dans rendroitoù les Merrjonie 8c Egéefe 
mêlent. Elle a le titre d'i-.rchevcichéôc ell 
éloignée de Parras de 80. milles 50. d'Atbc- 
nes^B^.deJVliîirra, i^.d'Argos, Elleeft 
commandée par la for trèfle Acrccorinthe 
qui efi auprès. Sa btuation eli; (i avantageu- 
(ë qu'elle a donné occafion de niirc &ppel- 
1er Corinthe Pœuii dc le lien dt; la G rece par 
quelques uns, et par d'autres le Boulevard 
duPeloponneie.Plutarquela jugcoit la plus 
excellente 6c Ciccron la plus belle ville ôc 
la Splendeur de la Grèce: ôc elle arriva à ce 
haut point de gloire 6c degrandeurqueSi- 
racuté 6c Corîù eilimoient à gloire d'être 
de Tes Colonies. 

Les Romains fur le prétexte de tirer 
vengence de cette vilUe pour quelque vio- 
lence faitte à (es citoyens envoyèrent le 
Conful L. Mamius en l'an du Monde 
3818. pour rabaiilèr difoient lis jfa fierté 5 
& avec ordre exprez de la rafer jufqu'aux 
fondemens j 6c aprez qu'il auroit fait le dé- 
gât 6c donné le pillage à fes troupes il de- 
voir prendre pour efclaves les femmes 6c les 
enfans des citoyens. 

Par la munificence Scies foins d' Augu- 
fle elle fut rebâtie^ repeuplée Se elle avoir 

re - 



40 DE LA MORE'E: 
repris de fa beauté 6c de Tes ri cîiefTcs pre- 
mières. Mais elle ne conferve après les ri- 
rigueursdutems ôc des guerres qui dévo- 
rent tou/es chofes que des miferables refies 
de Tes ruines quilerventd'afile à unpetic 
nombre d'habicans que la ncceffité y re* 
tient plutôt quVucune autre chofe. Elle a 
fervi d'eux fois de Théâtre à la Barbarie 
d'Amurat IL 6c de Mahomet Ton fils : 6c les 
fureurs des Turcs l'ont fi peu épargnée 
quellen^à aujourd'huy qu'une vintaine de 
maifonsou plutôt de Hameaux, trifte ima- 
ge defonanciennefpîendeur y fi on ajoute 
qu'on y voit encore d'entier de icn an- 
cienne magnificence i2 Colomnes de f. 
pies de Diamètre, qui n ont qu'un fimple 
cordon pour chapiteau, à quinze pas loin 
l'une de l'autre fur une petite coline de fi- 
gure amphitrcale à la diftence d'environ 
un mille de la Mer. De cette coline on va 
par un chemin doux •6c aifé au port Léchée 
où on voit encore une Tour qui fervoit au- 
trefois de Fanal. 

Les Corinthiens embraîTerentla foi Ca- 
tholique par les prédications des Sts. Apô- 
tres Pierre 6c Paul , ils y furent confirmez, 
en l'an 169. parles foins 6c la vigilance de 
St. Denis lecond Evêque de cette ville 6c ils 
y perfcvererent jufqu'au ccms que les Eux- 



SECONDE PARTIE. 41 

pereurs Grecs voulurent fc fouftraire de 
ï'obeiflance du Siège de Rome. 

Roger le Normand Roy de Naples s'en 
empara 6c il auroit pu porter fa gloire à un 
haut point en ajourant ce beau fleuron à fa 
couronne & gaigner l'efpric des Corin- 
thiens qu'ils lui rendidenc de bon cœur les 
hommages 6c lobeiflance quilsrendoient 
à l'Empereur Emanuel, fi dans le tems 
qu'il croy-oit fonder le mieux cette efperen- 
ceTarmée des V^'eniticns avec le refîe des 
troupes Grecques vaincues ne fut venue 
s'oppofcr ifes conquêtes. Apres une de- 
faite de la plus grande partie. 6c prefqu'en- 
tire de fes troupes il fut contraint defonger 
a (on propre, falut par la fuitte. La déroute 
de l'Armée de ce Prince 6c les desavanta^ 
ges qu'il eut en cette occasion furent d'une 
très grande confequence pour fes ennemis 
comme aufli très confiderables les riches 
dépouilles qu'il lailla dans le camp: on les 
partagea aux troupes auxiliaires , parce- 
qu'on avoit peu beibin de les mettre à d'au- 
tres ufages plus utiles , après qu on avck: 
repris Corinthe. il ne s'écoula pas deux 
iiecles, que cette ville -devenue foumife 
à la domination desDefpotesdelaGrece, 
ils voulurent bien la céder aux Vénitiens , 
comme dans la confideration qii'ils ne pou- 

voient 



4^ DELAMORE'E. 

voient la pofieder que par ufurpation 6c 
quelle n'appartenoit de légitime droit qua 
h feule Republique de Venifc, puifque 
pour la forcir d^entre les mains d'un Etran- 
ger , elle avoir employé fe. forces 6c le fang 
de fes Sujets. 

Mahomet II. ne tomba pas dans de ré- 
flexions Cl juftes, 6c t^'ûjûurs incapable 
d'avoir d'autres veiles que celles de fon 
ambition fans bornes, il furpritCorinthe. 
Depuis , quelques grands efforts qu'ay.cnt 
faits les Vénitiens pour recouvrer cette 
conquête ils n'ont pas été fuffifâns pour 
vaincre la fureur des Barbares dont la Ion- 
gueôc forte reGdence leur fit enfin recon- 
noûre la necefïicé oià ils étoientdedclider 
de ce defîèin. 

LES ROIS 

D E 

C O R I N T H E. 

u^»s du m onde 

Compend. . . 

univerf.di 2862* Atlctcs premier Roi. 

,''.'^u!'°^'- 2897. Trion. 

2^34. Agi- 



SECONDE PARTIE. 43 

2934. Agilas. 

25)71. Primina, 

3006. Baci. 

5041. Agelas. 

3071. Eudeme. 

5096. Ariftomede. 

313 1. Egcnnome. 

3147. Alexandre. 

3172. Fekflée. 

3 184. Anfomene fut le dernier 
& la finde Ton Règne fe rap- 
porte à Pan 31 8j, 



ACROCORINTHE. 

A CroCorinthe^ cette fameufeforterefiè 
*^ mérite bien qu'ion ne lapafîè pas fans 
avoir fait reiîbuvenir quelle a demeu- 
ré long tems victorieufe des forces des en- Nicetas 
nemis qui Pont attaquée , quoiquelleefb aE^fp.*^^^ 
la fin cedë à la fureur 6c à la longueur des 
guerres & des années. Sa fituation étoit 
tort avantageufe, car elle couvroit la ville 
ôclacommandoit étant bâtie fur la poin- 
te ^ d'un roc élevé oi^i elle avoit un 
aflez grand efpace uni 6c bien propor- 
tionné , fermé d^une forte muraille 

5c 



44 DE LA MORE'E. 

& elle avoir au dedans plufieurs puiV 
d'une claire 6c très excellente eau qui avoic 
là fource dans la fontaine Pirene dont le 
Poète Grec fait une honorable mention* 
in La Nature & l'art rendoient le château 
très fort 6c feur ; il n'a voit d'entrée accefli- 
ble que du côté du port de Cenchrée; 
néanmoins, parce qu'il et oit mal gardé il 
a été pris plulieurs fois & en particulier par 
les Siciliens fous le commandement de 
NicephoreCalufodu tems de [''Empereur 
Emanuel Gomnene. 



P A T R A S. 

13 Roche le Cap de Rio orrvoit une moîî- 
^ tagne 6c fur le haut uae Forterefie au 
Nord de laquelle eft B.Œifc Fatras ville très 
ancienne Se le (îege d'un Archevcfque. L,es 
Turcs- la nomment Badra 6c BaUbutra-^ 
elle a été connue encore fous d'autres 
noms , car dans le premier agc de fà fonda- 
tion elle avoit nom Roas ôcreltauréeenfui- 
te par les foins de Pâtre fils de Preugene clic 
s'apella long tems du nom de Ton bienfai- 
teur. Enfuite 6c environ le commancement 
de l'Empire Romain elle augmenta, ds 

beau- 



P ATR AS 










^ 









-#-^.&^^_ 



^^«iè^pii^-^ ^^ 









r 




SECONDE PARTIE. 45 

beaucoup dans le nombre de fes habitans , 
âufîiavoitellela lîtuariontres avantageufe 
foit pour la qualité de Ton terroir foie pour 
le négoce 6c pour la navigation. Les Ro- 
mains l'appellerent Augnlla Aroe Patren- 
fis. Elle porta encore en d'autres temsie 
nom de Neupatria, Sa fituation eft éloi- 
gnée d*environ 700. pas du Golfe deinéme 
nom ou du Port Panorme. l'Empereur Au - 
gufte Tavoic choifie pour le lieu propre à la 
retraitte de Tes vaiflèaux:6c pour une mar- 
que plus particulière de fa bonne volonté 
envers ceux de Fatras, il leur donna le pri- 
vilège de vivre comme des peuples libres 
6c avec toute forte d'immunités & d'exem- 
ptions , comme s^ils avoient été des cito- 
yens de Rome. 

On adoroic dans cette ville la Deeffe 
Diane fous le nom de DianaLatna, on y 
reveroit la Foret Scie Temple confacré à 
Diane Triclaria à laquelle on faifoit chaque 
année un Sacrifice d'un jeune garçon &: 
d'un.ejeune fille choifis entre les plus beaux 
qu'on pouvoit trouver: £c cela en expiation 
du crime commis par Melampe & Ceme- 
ton , qui furent auffi facrifiez les premiers , 
pour s'être mariez enfemble dans le même 
,iems de Diane contre la volonté de leurs 
parcns. Ce cruel lacrifice prit fin lorf- 

qu'Eu- 



4^ DELA M OREE. 

ciu'i:uripile vint à Patras Se qu'il s'y con- 
vercit à la Religion Chrétienne pari œu- 
vre Ôc les prédications de P Apôtre Saint 
André. Patras étoit en ce tems la fort peu- 
plée ^ aujourd'huy elle ne l'efl: pas peuj fur • 
tout il V a un grandnombredeJuiFs qui y 
fomEeurir le Négoce: ^ c'eft prefque la 
feule ville matitime de cette cote ou es 
Grecs des lues voifmes , les Anglois .C les 
François viennent trafiquer. L'air n y elt 
pasfamàcaute du voifinage des montagnes 
qui font couvertes de Nege 6c a caufe aufli 
de la quantité d'eaux dont elle eft toute en- 
vironnée. Le pais quelle comprend dans 
fon territoire avoit fous la domination 
des Princes Grecs le titie de Duché 
qu'elle ^arda jufqu'à ce que le Princequi 
lapoffed^itenran 1408. n'aya^upasaflez 
de forces pour la foutenirôcla garder , 1 a 
céda pour une groffe fomme à la Républi- 
que de Venite fur laquelle les Turcs 1 ont 

^^ En Tan 15^3. le General Doria entre- 
prit de s'en rendre Maiftre, £c il y trouva 
de la facilité par le mauvais état de fesram- 
pars- il en remporta enfin une entière vi- 
àoire&enmême tems le Château qui do- 
mine la Ville fe rendit quoiqu'autrefois il 
eut refifté durant une année entière aux 

for- 



SECONDE PARTIE. 47 
forces de Conftantin Paleoiogue. 

Le Vainqueur ufa d'une grande mode- 
ration envers laGarnifon, il ia Ht eicorter 
julqu'àLepanihe-où elle voulut ie 'retirer 
•avecles femmes, fans que nul d'cntreux 
receut le moindre mauvais traitement de 
la part des troupes viftorieufes , qui ne pu- 
rent qu'éclater en murmures contre le 
General, comme s'il îeurrauifîoit la proyc 
de ces infidèles qui ctoit légitimement due 
à leur valeur 6c à leur averfion. 



C H I A R E N Z A. 



D 



U coté droit du fleuve Inacus que Pto- 
iomée appelle Petioeus Flavius 6c fur 
unecoline voifine de la plage du Golfe de 
Patras fe trouve Clomrenz.<z qu'on croit 
être l'ancienne Cjlleneh. patrie de Mercu- 
re, que le poëtQ appelle pour cela Cjllemus 
Héros. C'étoitla ville capitale du Duché 
de ce nom ôc fous le gouvernement de fes 
Princes elle étoit auflîilluftrequefonnona 
lemarquoit. t.es Vénitiens la poflèderent 
àjufte titre 6c bien que dans ce tems là elle 
fut en allez bon état , elle eîl: aujourd'hui 
dans un (1 extrême changement qu'on 

n'y 



48 DE LA MORE'E. 

n'y voit de refte que Tes fofl es 6c quelques 
autres légères traces. Son port quis'appel- 
loitaalTideCk"^v^":(4, 6c qui étoitlàprez 
avec aflez de commodités ôc capable de 
contenir plufieurs grands vaifleaux ne re- 
çoit maintenant que du Sable dont il cft 
tout rempli- 

C A M I N I T Z A. 

A Moitié chemin du Cap deChiarenza 
àPatrasdcdu coté droit de la Rivière 
que les anciens appelioient Pirus on trouve 
CaminitTd , que Strabon 6c Ptolomée 
nomment 0/^?7«j, ^VXmtOlemm. Elk 
eft â trois mille du Golfe de Fatras. Ole- 
nus fils de Vulcain i'avoit fondée j mais 
quoique çait été autrefois une grande ville 
avec le titre d'Eveché fuffragant de l'Ar- 
chevêché de Patras , on la voit aujourd'huy 
•réduite à un petit bourg. 



O A' 



SECONDE PARTIE 4J 
C A S T E L 

T O R N E Z E. 



f^ y^ftelTornefe eft une Fortereffe bâtie 
^ fur, le dernier Promontoire du Duché 
de Chiarenza dans l'endroit d'où Pon regar- 
de vers la Province de Belvédère entre le 
Golfe de Chiarenza 6c celui d'Arcadie 
qu'on appelioit au rapport de Baudrand 
Chelonates du même nom queStrabon don- 
ne au Promontoire fur lequel elle eft. Les 
Turcs rappellent autrement Clemoutzj. El- 
le eft fituée en un lieu fort élevé à trois mil- 
les environ loin de la côte de la Mer. C'eiî: 
ce qu'on pourra voir fort diftinftemcnt 
dans le dellein que nous avons infcré , 6c qui 
a été tiré fur le lieu par i'illuftre Monfieur 
Neovin qui eft auprez de fon Altefte Mon- 
fieur le Prince Maximilien Guillaume 
Duc de Brunfvic. 



Z U N- 



ÎP DELAMORE'E 

Z U N C H I O 

OU 

NAVARIN. 

ZVnchio que Ptolomée appelle Pylus, 
Etienne de Biiance Corjphafwm Se 
Navarwc{ï'i la didance de dix mille de 
teîT. Coron bâti fur une hauteur au pie dela- 
il"nnée quelle e(t Ton port où peuvent faire encra - 
3M5' Seii- ae d'eux mille vaifleaux. A côté droit ûc 
fu'pns au cette même plage ed aujourd'hui le nou- 
portde veau Navarin. l'Ancien efi: une fortereQe 
a^cc'ua laquelle étant expofée aux yeux des cnne- 
lombre de ^^s a auffi fait l'objet de leur envie , c'eit 
voîks'qu'îî pourquoi auflî elle a changé plus d'une fois 
;rr;ri-d'enreigneScdeMaitre 
ïedecan- En l'an 1 498. qu'elle etoitfoumile a la 
^B;udrand Republique de Venife elle foutintun fu- 
appeiieNa-j^eux aHaut dcs Turcs Ôc ils y trouvèrent 
rannùst^antdereGaance 5c fcvirent par là fieloi- 
Neiea , Al- j^^^, d'cn triompher comme ils s etoienc 
j"r on flattés, qu'ils remirent ce dellèin à une oc 
croic.que ^^^i^^^ ^^^ jls pourroicur agir de lurpnle. 
^atrkde Eh cffct Us j rcuffirent à quelque tems de 

({eitor. la I 



PREMIERE PARTIE, ft 

là; parce que s'ccanc emparez de iModon,' 
ceux de Zanchio fe rendirent auiîi-rôt verdizzotti 
qu'ils les virent aiîcoir leur camp. Nean- f ".'p'^gs; 
moins les Vénitiens la reprirent bientôt 
fur les Turcs par le moien d'un "^»^in^é^^"°vea 
Demetrius de Modon qui avec un de Tes parc'. 2. ' 
amis Albanois entreprit de pailèraufil de ^•^- p- 5* 
l'epcela Garnifon Turque en ouvrant les oiovio 
portes de la Forterefle. Les Turcs nean- Hift. dei 
moins s'opiniatrerent à deffendre cette pîa- pa°c. i. { 
ce quiétoit à eux depuis peu de tems.Ils vin- 8. 
rent la reconnoître du côté de terre par un 
gros détachement de Cavalerie ôc avec 
quatorzeGaleres 8ccinqFuftes fous le com- 
mandement d'un Turc nommé Gamali. 
La Republique avoit déjà d'eilinc trois 
galères pour la garde de ce port. Mais ceux 
'qui dévoient veiller a cette garde ne pen- 
fant pas que l'ennemi voilin ne manqucroit 
pas de prendre la première occafion qui fe 
prefenteroit pour fe remettre dansîapol- 
feffion, 6c tous dans l'incertitude de ce 
qu'ils dévoient faire,lorfqu'ils fe virent prcz 
d'ôcre attaquez , ils lailîerent l'entrée 
libre au Commandant Turc , qui fe dé- 
clara avec beaucoup de franchi le patron 
8c defFenieur de ceux qui fe rendroient à 
lui de bonne grâce. Mais ceux qui firent 
femblant de prendre fon parti tous con- 
C z (ter- 



5i DE LA MORE'E 

fternez du changement de leur fort s'ex- 
poferent à courir le péril de leur vieenfe 
jettant dans de petites barques 6c ils furent 
heureux qu'ils vinrent à bord de cinq gran- 
des Galères qui revenant de Baruti char- 
gées de Marchandifesavoient jette l'ancre 
en cet endroit à la veiie du port. La nouvelle 
d'un cas (î étrange les mit en allarme & leur 
fit prendre la fuite en diligence pour fonger 
àleurpioprefalut. Les'habitans de Zun- 
chio étoient fpeclateurs a un teldefattre 
6c fe voyans attaquez par terre ne trouvè- 
rent point d'autre expédient quedeferen- 
dre à l'ennemi. 

M O D O N. 

DA.ns la Frontière d e la Province de Bel- 
vederefi belle &C fi fertile ,£<: qui a Ion 
étendue dans la partie du Peloponnefc, 
cil étoit rancienne MeHenie, on conte en- 
tre les villes qui font fous TArchevcche de 
Patras la ville Epifcopale 6c Marchande 
que Sophianus appelle Modon, les Turcs 
Mutum, êcPline ^.r.;;., en mémoire de 
MethenafiUed^Eoner. Elleell eloigneede 
Coron de dix mille, de cent viiudeNapoU 

de 



SECONDE PARTIE, si 

deRomanie & foixante douze du Cap de 
M.itapan. Son affictte que la nature 6c i'art 
ont fivohfée de pluficurs circonftances 
qui la rendent forte, e(b fur un Promon- 
toire avancé dans la Mer de Srpicnza fai- 
iànt ù'om aux côtes d'Afrique : aux pies 
eftunfeur 6c commode port où reGds or- 
dinairement le Sangiacdela Morée quieft 
en grande diftinétion à la porte pour foii 
beau gouvernement. 

Dans le cours des (îecles, cette ville a 
été expofée aux infulces de ceux qui dans 
Tintcntion dé fe rendre Mailires de tout 
le Roiaumecntfongé à s'emparer de cette 
Province. De là il eft arrivé quecettefa- 
rneufe muraille qui étoit à fon entrée 6^ 
qui par fa largeur 6c fa folidité faifoitune 
oppolltion coniiderable , ayant été plufieurs 
fois attaquée ôc iurmontée, la Province a 
étéfubjuguée auHi plufieurs fois 6c réduite 
à payer le tribut pour fe maintenir dans 
quelque marque de commandement. 
Les peuples de Naples par le moien de 
ceux de Sparte fe rendirent les Maîtres 
de Modon,ôc pour la foumettre d'autant 
plus volontiers à leur domination ils éta- 
blirent dans la place une Colonie des leurs. 

A quelque tems de là les peuples de i'IÎ- 

lii'ie ayant conceu le dcfièinaaibitieuxd'é- 

C } ten- 



54 DE LA MORE'E 

tendre leur domination par des conquêtes 
fc choifirent un ^oi d entr^eux ôc ayant 
mis fur pie une nombreufe armée ils firent 
irruption"* dans les campagnes voifines. 
Lorfqu'ils arrivèrent auprez de Modon ils 
firent favo-i'r aux habitans avec des feints té- 
moignages d'amitié qu'ils voudroient bien 
leur acheter des vivres dont ils commen- 
çoient de manquer. Ceux de Modon 
croyans la chofe fans aucun foupçon de 
rufe lie mirent dabord en foin de leur 
procurer ce qui leur étoit necelTaire les uns 
leur portoient du pain les autres du vinôc 
des autres provifions. Comme les lUiriens 
les virent en fore grand nombre dehors la 
Fortereffe , s'maginans bien que dans la 
confiance oi^i ils croient il en refboit peu de- 
dans pour la garder, ils coururent tout d'ua 
coup (e iailir de tous les polies & avenues 
6c fe jettcrent fur eux à main armce 5c avec 
tant de fureur qu'ils en firent mourir un. 
fort grand nombre 5c prirent ies autres pour 
leurs efclaves, laifiant dans la ville un tri- 
lle exemple de leur perfidie & d'une extrê- 
me defolation. L'Empereur Trajan touché 
du malheur de ces pauvres gens qui y re- 
tournèrent habiter après avoirechapcâla, 
fureur des traîtres, leur fit reflentir des 
effets de fa eenerolîté en leur accordan. 
^ de 



SECOND PARTIIE. fS 

des privilèges ôc franchifes : de cette forte ils 
yivoient dans une efpece de gouvernement 
Ariftocratique dans lequel ils furent main- 
tenus jufqu'au tems de TEmpercur Con- 
ftantin qui quitta Rome pour Conflan- 
îinople. Quoique en devenans fujets de 
PEmpereur, ilsconferverent toujours cela 
de leurs premières immunités, qu'ils gar- 
dèrent encore la même forme de vivre 6c 
de gouvernement : 6c aux hommages 
qu'ils rendoient à l'Empereur prez , ils 
étaient plutôt couverts de fa protection , 
qu'ils ne lui étoient entièrement aiîlijct- 
tis. 

En Tan 1 1 24 cette ville fut attaquée 6c 
prifepar le Doge DomenicoMichieiclort 
qu'ils revenoit pour la troifiéme fois de la 
Terre lainte triomphant des conquêtes qu'il 
avoit faittcs de Tyr 6c d'Afcalone dans la 
Sorie, de Rhodes, de Scio , de Samos; 
deLebbos6c d*Andro dans T Archipel: 6c 
à ces expéditions mémorables il faut enco- 
re ajouter la d'effaite entière de l'armée 
des infidèles quM chalPa aufli du Gege de 
Zaffo. Et quoique l'année fuivante elle 
rentra fous la domination de l'Empire 
Grec, néanmoins lors de la- divifion du 
mênie Empire qui fut faitte en 1204 ^^^^ 
retourna à la Republique d'entre les mains 
G 4 de 



5^ DE LA MORE'E. 

de laquelle elle fut ravie par Léon Vetranc 
Génois de Nadon fameux Corfairc. 11 ne 
la garda pas long tems, car bientôt a- 
pres ayant été fait efclave dans rHelle- 
Ipont il fut tranfporte u Corfu , 6c là il re- 
ceut pour recompenfe de toutes fes ra- 
pines la mort violente ôc infâme de la main 
du bourreau. La mort du chef donna Pe- 
pou vante à tous ceux de fon parti ôc de cet- 
te forte les Capitaines Dandolo 6c Proma- 
rinofe rendirent Maitres delà ville de Mo - 
don fans employer beaucoup d'efforts. 

Mais BijazetlI. qui dans la paiîion d'é- 
tendre les bornes de fon empire Ibngeoic 
à la conquête d'un nouveau païs^ en l'an- 
14^8. fe mettant àlatete d'un corps Qu'ar- 
mée de cent cinquante mille combatcans 
vint former le fiege deModon ôclaierroit 
de prez. Son Canon faifoic un fi grand dé- 
bris à la muraille du Fausbourg que les 
Cbefs de la place fe trouverenc contraints 
après avoir délibéré far cela de fe reti- 
rer dans la ville en y emportant tout ce, 
qu'ils pourroienr. l>x?ûs dans !a ville 
ils fe trouvèrent preflcz par Tenne- 
mi avec plus de violence que jamais , 6c 
ils étoient prêts à demander une Capitala- 
tion, lorfqu'ils virent enfin paroître Tarmce 
delà Republique qui venoit dcZante pour 

leuî: 



SECONDE PARTIE. 57 

^eur apporter du fecours. AufTitôt que les 
deux armées le furent approchées à la por- 
téeilycutun combat fort âpre ôc fort dou- 
teux mais enfin après diversfuccez^ily eut 
ce la d'avantageux pour les Vénitiens qu'u- 
ne de leurFelouques fe fit paflage pour aller 
animer les afliegez à foutenir courageu- 
fement comme ils avoient commencé dans 
l'adeurancc que l'armée les tireroit bien- 
tôt hors de tout péril. Et il arriva en même 
tems que quatre Galères chargées de tou- 
te forte de munitions foutenues de Tar- 
méc Vénitienne paflerent au travers des 
Efcadrcs des Turcs 6w à la honte de ces 
infidèles gaignerent le port fort heureufe- 
ment. C'étoit là le fujet d'un fucccz fort 
heureux, fi le commencement avoit été 
moins déplorable ; carlesaffiegez fedon- 
nans entièrement à la joye de recevoir du 
fecours après Tavoir ii longtemps attendu 5 
abandonnèrent dcspoiles qu'il falloit tou- 
jours garder» Les Turcs de leur côté', tou- 
jours appliques à ce qui pouvoir leur faire 
remporter la viéloire, appercevant qu'ils 
n'avoient plus d'obftacics difficiles pour en- 
trer dans la ville , y entrèrent cffeélive- 
ment 6c y donnèrent des preuves terribles 
de leur cruauté. Dans le furieux car- 
mge qui fe fit alors reccut la mort Til- 
C 5 luftre 



5S DE LA MORE'E. 

luftre Prélat André Falconi , qui revêtu 
des habits pontificaux avoit animé lepeu- 
pie à refifter aux efforts des infidèles. 

Il arrive,par un bonheur commun à toute 
la chrétienté, que dans le temps qu*on tra- 
vaille à imprimer CCS Mémoires en Fran- 
çois, nous recevons Tagreable nouvelle 
que TArmée Vénitienne fous le Com- 
mandement du fàge 6>C vaillant Capitaine 
General Morofini vient de prendre Modoa 
fur les Turcs. Cette prife avance confide- 
rablement la conquête entière du Roiau- 
îToe de la Morée qui appartient à jufle titre à 
cette Triomphante Republique, 



G O R O N. 

£^ Oron a Ton aiîiette forte & avantageu- 
^^ fe dans la Province de Belvédère la 
plus fertile 6c la plus riche de ce vafte 
Royaume 6c qui fait partie ide Tancienne 
Mciîenie àJa dillance de dix raille par ter- 
re 6c d'environ vingt par mer de Modon.au 
côté gauche du Cap GalloquePtolomce 
appelé Acmas Promontoriiim. Sirabon^ 
Pline Pont connue fous ce même nom , qui 
lui. fut donné à Toccafion de ce qui arriva 

iQrf-. 




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SECONDE PARTIE. J9 

lorfqu'on en j'cttoic les fondemens ; car en 
creufanc on trouva une hirondelle de Mer 
que les Grecs appellent Coronis 6c comme 
fi çeut êtéun heureux prefage de la future 
profpcrité de cette ville on la nomma du 
nom de cet oileau Corone. 

Elle a été un tems le fiege d'un Eve- 
que, iufTragant' de T Archevêque de Fa- 
tras &: un autre tcms auflî elle :i été regar- 
dée comme une Colonie des Thebains ' 
que les Poètes appellent Pedafus , Lau- Strab. i. 9. 
remberg Nifi 6c Paufanias -ê/?^^ 6c tous les q:J;^^*^'7' 
hiftoricns Anciens & Modernes en font Bemb. 
une honorable mention. Fe'rwd'fub 

Elle forme dans fa figure celle d'unL.c.Bau- 
triangle fcalene (Se d'un de fes angles elle re7i"H!îfm^ 
regarde une groHe tour bâtie fur un roc Y^'^'^'^z. 
que les Vénitiens firent élever en Tan ^^"^^ °' 
1465. pour fervir de magazin. Les au- 
tres deux côtés, qui ne font point mouil- 
lés des eaux du Golfe de fon même nom, 
îaiflent un aflez grand efpace pour faire 
commodément le tour de la Fortereile 
qui eft ceinte d'une veille muraille d'inéga- 
le epaiiTeur flanquée degrofiesToursiécà 
quelques pas loin du côté de la Tramon- 
tane il y a unFausbourg de^oo.maifons. 

Comme elle étoit expofée auxinfultes 

des Ennemis, elle a été auflî plufieurs foi^ 

C 6 dans 



eo DE LA MORE'E 

dansle cours des (îecles réduire à payer tri- 
but à différentes nations. Baudrand a cru- 
qu'elle fut cédée à la République de Ve- 
nifepar les Deipotes Princes de la Morce^ 
te Verdizzoti fe perfuade que lors de la di- 
vilîon de PEmpire Grec h dans Tannée 
quece-tteglorieufe Republique ayant fait 
alliance avec d'autres Princes Ibngcoit à ac- 
quérir ce Royaume , Coron lui fiit afîignce 
pour fa portion. 

Elle fur furprifè eii Tan 1204. par 

Léon Vétéran Génois de Nation 6c Cor- 

faire de profeffion qui ne joiiit pas long 

tems de Ton injuftc triomphe , car peu après 

ayant été fait prifonnier dans PHellefpont 

6c de là tranfporté à Corfii ilreceutde la 

main du bourreau la rccompenfequeme- 

Le^îGon ritoient fes pirateries. Les nouvelles de fa 

Baud'^fub î^ort étant parvenues aux oreilles des com- 

htuc.ver- pagnons de les brigandages les remplirent 

vèn jf7." dépouvente 6c deffroi , ils n'eurent pas d'au- 

SJ.ïp- ' tre penfée que de chercher leur falut dans 

la fuite : 6c dans leur difperfion les habitans 

de Coron après des légères tentatives fe 

fournirent à îobeiffance des Vénitiens. 

v^vàht. Bajazet fécond Empereur d'Orient 

î- ?i' p. tout occupé du defir de porter plus loin 

/^^^* lesbornesdefon empire, en Tan 1498. fe 

mit en marche avec une puiffante armée 

& 



SECONDE PARTIE. 6ti 

& marcha droit à Mc)don,donc s^'etant ren- 
du Maiilre, il tourna Tes armes viètorieufes 
contre Coron 6c il ne peut la réduire que 
par les voyes d'une bonne guerre. 

En Tan 15^:5. Le General Doria qui 
qui avoit fous fon commandement l'Ar- 
mée d'Eipngne compofce de trente cinq 
gros Navires ôc de quarante- huit Galères , 
dans le delleind^invedir cette ville fit un 
débarquement d'un b>n nombre de trou- 
pes tant d'Elpagnols que dltaliens , les Paoïo Pa* 
Italiens fous la conduite des deux Capitai- vcn ^'^'. 
nés Girolamo Tuttavilla Se le Conte Sar- 1.7. Sagrê- 
no6c les Efpagnols commandez parGiro- fl^l"^' 
îamo Mendozza. Ces trois Commandans 
fuivant l'ordre que leuravoit donné le Ge- 
neral , par le moiende quatorze canons 
commencèrent à faire feu fur la ville 6c de 
travailler fortement à fe faire une entrée fa- 
cile par une large brèche. Mais cette en- 
treprife n'eut pas un fuccezauffi heureux 
qu'ils refperoient. Les Turcs opiniatrez à 
foutenirTattaque, tuèrent à cette attaque 
300. Soldats chrétiens. Néanmoins les 
troupes de Mer exécutèrent ce que les 
troupes de terre n'avoient pas pûjcar pour- 
fuivant vivement l'attaque ils vinrent oc- 
cuper la muraille dePifleôCreduifirent-les 
affiegez qui faifoient d'eflenfe de ce côté 
C 7 là 



6z. DE LA MORE'E. 

là de mettre pavillon blanc. Et en même 
tems les Turcs fortirent vies 6c bagues 
fauves félon les termes de la Capitulation: 
alors les troupes que commandoit Men- 
dozza entrèrent auiîi dans la place. A 
qucique-tems de là , les Ottomans firent la 
tentative d'un blocus pour reprendre la vil- 
le; 6c il arriva alors que la Garnifon Efpa- 
gnole fouffrant malvolontiers de combat- 
tre ainfi à 1 étroit témoigna la refolutionde 
vouloir aller audevant de Tennemi: ôc 
quelque oppofidon que leur fut faire Mac- 
cianNovarefe qui avoit ordre de leur com- 
mander en place de Mendozza 6c quoi- 
qu'il tâchât de les détourner de leur deflèin 
en les aflujettisfant à de plus grands tra? 
vaux, il fe vit néanmoins contraint à la 
fin de céder à leur impatience. Il (brtic 
donc dans la courageufe entreprifè d'aller 
verAndrufa attaquer l'ennemi qui y avoic 
aflis le campement de fon armée compo^ 
fée de trois mille fantaflins entre lefquels 
étoient compris cinq cens JaniÛaires com^ 
mandez par Cafan Agà. 

Les Efpagnols étant arrivez proche le 
camp des ennemis , pour leur donner de l'e 
pouvante s'avifcrent de mettre le feu aux 
écuries des chevaux, qui devenus furieux 
pour fe dérober aux fl-^immes firent un 

bruit 



SECONDE PARTIE, % 
bruit étrange qui mit les Turcs en mouve- 
ment. Auiiitot ils fe mirent en étiU de def- 
fenfe, 6c voyans que l'armée des Chrétiens 
étoit foibleCcpeu nombreufe ils tâchèrent 
de rinveftirOn commençaun combat qui 
fut fort fanglant 6c dans le plus fort delà 
mêlée le valeureux Capitaine Maccian 
tomba mort de plulieurs blefllires. Après ca 
coup les Efpagnols ne pouvoient manquer 
de fuccomber ôc de périr tous fi une de leurs 
moufquetades navoit donné au Comman- 
dant Turc un pareil fort à celui qu'avoic 
eu le leur. Par cette mort la chaleur des 
Turcs fe refroidit 6c les Efpagnols trouvè- 
rent moyen de faire une honorable retrai- 
te dans Coron, où ils prirent la refclution 
de s'embarquer 6c d'abandonner la place, 
Audi bien étoit ce la volonté de l'Empe- 
reur qu'ion ne lui fit pas naître des difficul- 
tés qui le puflénc empecherde faire la paix 
en Hongrie. De cette forte cette malheu- 
rcufe ville retourna (bus le joug des bar* 
bares. 

Au milieu de ce calme Se dans le tems que 
les forces de la Republique n'étoient pas 
occupées à de hautes intreprifes le Procura- 
teur Francifco Morofini Capitaine General 
de la République animé d'un fentiment de 
fa valeur &C de fon grand courage conceut 

le 



64 DE LA M OREE. 

le défTcin de profiter de Tocçafion preiente 
pour reconquérir ces places du Royaume 
de laMorée,que lesOttomans avoient ravies 
de la domination des Vénitiens. Dans cet- 
te p.enfée, voyant bien que fi une fois on 
s'écoit rendu Maiftre de Coron, conimc il 
leroitfacilejonauroitdc là moyen dépor- 
ter plus loin Tes conquêtes , l'année der- 
nière 1685. il fit voiîe vers cette ville 6c 
y forma le fiege. Mais à peine les Véni- 
tiens s'^etoient approchez de la place, que 
voici venir du côté de terre un gros de 
Turcs qui fe vinrent loger à la portée du 
piftolet prez des nôtres. Par cet ade d'intré- 
pidité ils animèrent d'autant pluslesafiie- 
gez à une vigoureufe refiftence 6c firent 
de très forts obflacles à la valeur 6c aux 
defleins des afiiegeans. Néanmoins ceux- 
ci ne defiilerent point d'exécuter ce qu'ils 
avoient jugé propre à avancer le fiege ôc à 
favorifer la prife de la place. Ils mirent le 
feu à une mme de cent barriîs de poudre 
Se ils s'étoient préparez de courir à Paf- 
fatit s'ilfc faifoit quelque brèche comme 
ils Pefperoient. Néanmoins malgré lepeu 
defuccez de leur mine, iJs'nelaiiîerent pas 
d'avancer leur logement 6c de repouOèr 
les Turcs avec une impetuofité extraor- 
dinaire. Ils furent ibutenus dans ce poile 

avan- 



SECONDE PARTIE. 6<^ 

avancé par les dragons 6c renforcez des 
troupes makoifes ; mais enfin après un 
combat de plus de trois heures ils furent 
repouflez 6c mis en déroute & ils ne pou- 
voient manquer de périr tous, s'ils n'a- 
voient trouvé moyen de fe dérober à la 
pourfuitte 6c aux coups des ennemis. 
Quoique pourtant ils ne l'aidèrent pas de 
remporter (ur les Turcs dizlept drapeaux 
6c de faire trophée de quelques autres 
riches dépouilles. Lorfqu'ils furent retour- 
nez dans leurs rctranchémenspour donner 
de l'horreur êc de TefFroi aux affiegez, ils 
€xpo(èrent auhout des piques cent tren- 
te têtes des Turcs. Pour cela l'ardeur 
des Turcs ne fut pas rallentie 6c quoi qu'ils 
fufîèm: dans de continuels mouvemens 
qui à peine leur laiObient la liberté de refpi^ 
rcr, ils nepouvoient penferà ie rendre ni à. 
capituler, tant lis étoient remplis de Tefpe- 
rance qu'ils recevroient bientôt un nou- 
veau (ecours. il vint en effet un nombre 
de fugitifs difperfez fc joindre à eux avec 
tVautres gens accourus de divers endroits 
du Royaume ou qui étoient envoyez de 
l'armée , de forte qu'ils (è trou voient grot 
fis confiderablement. Alors aufli ils me- 
dicercntde plus forts moyens pour procu- 
rer une prompte délivrance, à la place- 
Mais 



66 DE LA MORE'E. , 

Mais leurs efforts tournèrent contre euîC^ \ 
car ayant entrepris de forcer les affiegeans 
dans leurs retranchemcns ils furent vive- 
ment repouflez par une terrible déchar- 
ge de mousquets écde Grenades: &pour- 
(uivis enfuite par un régiment 5c par deux 
cens dragons, avec la perte de quatre cens 
des leurs ils firent encore celle du Viîlr 
Calii Bafla qui fut trouvé parmi les 
morts. 

Apres ce coup qui ne nous avoit pas été 
peu avantageux , nôtre General faiiant re- 
flexion que les troupes des ennemis ayant 
receu des fecours avoient été rafraîchies 
diverfes fois, & que les fiennes en avoient 
d'autant plus fouffert6c qu'il en avoit per- 
du un grand nombre fans efpcrence de 
pouvoir refaire fon armée ; il comprit , [que 
tout le fuccez qu'il pouvoit avoir depen- 
doit uniquement de ce qu'il pourroit faire 
pour chafî'er les Turcs de leur Camp. Il 
s'apliqua donc à tout ce qui pouvoit contrit 
buer à faire reuffir cette attaque à foo 
avantage, il anima fcs troupes, prit feSi. 
mefurcs, donna fes ordres & les fit exec uteï^ 
ù à propos que non feulement les Otto^^ 
mans furent chaflez de leur campement, 
mais encore ils furent mis dans une fi etran- 
gederoutcque prenans la fuitte avecpre^ 

cipi' 



SECONDE PARTIE. dy 

cipitation 6c talonnez par les nôtres il en 
demeura un grand nombre de tués. Ils 
laifîerent aux Chrétiens un butin aflèzcon- 
fiderable qui confiftoit en fix canons de 
bronze 6c de quantité d'autres armes, de 
toute forte de munitions 6c de machines de 
guerre , trois cens chevaux , des tentes, 
des drapeaux entre lefquels efl: compris Is 
grand Etendart General qui paries queues 
dont il cft chargé & orné faifoit connoître 
lafuperiorité du commandement quiétoit 
entre les mains de Machumut Bafla avec 
la conduite entière de l'armée, avant qu'il 
ne fut mort comme nous Pavons rapporté. 
' Apres une expédition fi heureufe les 
Vénitiens fe trouvoienc délivrez des grands 
obftacles que leur faifoient les Turcs cam- 
pezdehors la place, Scs^etant rendus m.ai- 
llres de la Campagne ils fondoient des el- 
perences de mettre bientôt les afficgez 
hors d'état de defenfe. Ils fe préparèrent à 
un aflaut gênerai en faifant joiier une mine 
dont TefFet les détermina à l'attaque qui 
dura re(pace de trois heures. Les aûiegans 
leur oppoferent une refiftance 6c une va- 
leur incroyables dont les effets tombèrent 
fur un grand nombre dcNoblesSc Valeu- 
reux guerriers qui y périrent. Cette perte 
cpnGderable fit relâcher de Tattaquepour 

pou- 



68 DE LA M OREE. 

pouvoir refpirer durant quelques momenSj" 
mais la valeur avec laquelle lis reprenoient 
leur entreprife fit fonger aux affiegez à fai- 
re capitulation comme ils le témoignèrent, 
enexpofancun Etcndart blanc fur l'es rem- 
parts. On mit auffitôc les armes bas pour 
régler les articles de la capitulation, mais 
ce ne fut qu'un trait de la perfidie des Ot- 
tomans, qui voulurent fe prévaloir de ces 
feintes apparences de fe rendre , pour caufer 
Une plus grande perte aux afiiegeans par 
uneatta]ue brufqucôc irapreveiie. Aufll 
les Vénitiens en prirent une plus forte re(b-- 
lution de mettre fin à ce Siège qui avoit 
déjà duré quarante neuf jours , & ayant 
franchi les rempars 6c pénétré dans la 
pince, échaufés comme ils étoient au com- 
bat, ils firent un carnage epouventable de- 
tous les habitans, fans avoir égard ni au Icxe 
ni à Tage. 1 Is trouvèrent là cent vingt huit 
pièces de Canon dont il yenavoitioixxn- 
tefixde bronze outre une grande quanti- 
té de munitions de guerre 6c de proviGons 
de vivres. 

Il arriva durant le cours d^un fi long (le- 
ge plufieurs chofes très mémorables qui^ 
feroient la matière d'un jude volume: je 
me contente d'en rapporter quelques unes 
des plus contiderables 5 encore pour celles 

là^ 



SECONDE PARTIE. 6^ 

là, je ferai bien aifc qu'on croyc que mon 
intention a été moins de renouveller la dou- 
leur avec le fou venir de ces trilles evene- 
mens , que pour donner de l'admiration 
deplufieurs aétions d'une valeur extraor- 
dinaire par lefquellcs des guerriers fort àx- 
ftinguezoupar leur naiiîance ou parleurs 
emplois s'y fignalerent & acquirent une 
mort gloiieule. Entr'autres de ces morts 
fut celle du Commandeur la Tour Gene- 
ral de Terre de la Religion de Malthe 
celle du Prince de Brunfvic , celle du Prin- 
ce de Sa voye. Ces Illuftres guerriers don- 
nèrent devant l'ennemi des marques célè- 
bres de la grandeur de leur courage 6c qui 
rcpondoient très dignement aux hautes 
elperences qu on avoit conceues de leur 
mérite. 

A ces grands hommes nous pouvons 
joindre 6c nous le devons d'une manière 
toute extraordinaire l'tLxcellent Capitaine 
Francefco Ravagnin âgé feulement de 
trente quatre ans frère de Girolamo. Nous 
favons cette circonilance très particulière 
de fa mort, qui mente feule de conferver 
fonnom à l'éternité dans la mémoire des 
hommes: fur les derniers périodes de fa 
vie après avoir laiflc dans un Teftament 
fes volontés pour^ la diftribution de fes 

biens 



-70 DE LAMORE'E. 
biens il demanda avec de très inftantes 
prières qu'après fa mort fon corps ne fut 
point enfeveli ailleurs que dans Coron, 
témoignant par là la confiance qu'il avoit 
qu'on prendroit cette place, 6c rien auffi ne 
peut mieux faire voir avec quelle vraye 
ardeur il devoir aller à l'attaque que cette 
parfaite perfuafion oii il étoit qu'elle feroin 
fuivie d'un heureux fuccez. 

Apres s'être un peu remis des grandes 
fctigues de ce fiege , le General fit un tro- 
phée du Grand Etendard enlevé fur les 
ennemis 6c on donna une explication des 
paroles qui y étoient marquées. Avec un 
applaudiircment gênerai, l'ornement de 
TEtole d'or dont la Republique honora le 
très excellent Seigneur Lorenzo fon frcrc 
fut encore une recompenfe qu'on lui don- 
na pour fes importans fervices. Laprife 
de Coron mit les peuples dans une joye par- 
faitte 6c ils la firent éclater par des marques 
publiques fur tout par les avions de grâ- 
ces qu'ils rendirent au Dieu des Armées 
8c le Souverain triomphateur qui leur avoit 
fait remporter une fi belle viâoire fur les 
ennemis de fa foi. LeDogefuiyi detoutle 
Sénat 6c d'un concours infini de peuple 
s*en alla dans l'Eglifede Sr.Marc6caprez 
une mefle folennelle on Chanta le Te 

Veum 




£(jLele de Ta^ ^eo/mêri^ue^ 



E CORON 




^ar la>mLee des yenetLens 




SECONDE PARTIE. 71 

Deum: on fit enfuitte de même par toutes 
les Eglifes avec autant de pompe ÔC d'ap- 
pareil qu'il fut poffible. 

RELATION 

De la Bataille qui fe donna de- 
vant Coron. 

PAR LA R M E E 

VENITIENNE 

Contre celle des 

OTTOMANS. 

Le 7, Aouft 1685. 

i^vec la defcriptîon & le âef[em de 

r Etendard dr des queues de cheval 

mon enleva aux Turcs, 



c 



Omme l'Armée des Vénitiens avec 
les troupes auxiliaires, commen- 
çoient à former le Siège de la Ville 
^ de 



72 DE LA MORE'E. 

de Coron , il vint du côte de terre un puif- 
fanr fecours de Turcs qui te mettant en 
prefence des nôtres rehauflcrent d'autant 
plus le courage des affiegez déjà fort ani- 
mer à leur deffenfe par les avantages 
qu'ils avoient de la haute 6c difficile fitua- 
tiondelaplace, de l'abondance des vivres 
& de toute forte de munitions de guerre 
êc a*une forte 6c nombreufeGarnilon. Ils 
efperoient qu'avee l'aide de ce nouveau 
campement des Ottomans qui s'étoient 
avancez à la portée du Piftolec des tran- 
chées des Vénitiens, ils feroient bientôt 
lever le fiege 5c en romproient le deflcin. 
La vérité eft,quc ces Turcs campez hors 
de la place , firent pour la deffendrctout ce 
qu'on pouvoir attendre de gens vaillans 
6c intrépides. Ils tentèrent pluficurs fois 
de fe faifir d'un Bonnet qui commandoic 
leur camp ; mais ils en furent toujours r# 
pouOez, C'étoit ce qui retardoit d'avan- 
tage les mefures des affiegeans 6c les tra- 
vaux qu'ils pouvoient faire pour avancer 
la redudion de la place ; Mais le Gene- 
ral prit la relolution de faire joiier une ga- 
lerie de cent barils de poudre pour donner 
commencement à une brèche. Cette exé- 
cution fe fit au matin du vingt quatrième 
de Juillet qiioiqu'avec peu d'efFet contre 



SECONDE Px4.R.TIE. 7^ 

Péfperance qu'on avoir du fuccez de ce 
travail. Alors les Turcs firent une courte 
fur les lignes des Vénitiens pour tâcher 
d'occuper ce Bonnet qui étoit Tobjet de 
leurs defirs; mais au moment qu'ils s'en 
croy oient afllirez, il fondit fur eux un corps 
des troupes d'outre Mer 6c de Dragons 
foutenus peu après de ceux de Malte qui 
les attaquèrent à l'entrée de ce Bonnet 
avec tant de force 6c de valeur durant trois 
heures que dura cette aâion, qu'enfin 
les nôtres y plantèrent encore Tctcndard 
blanc. Les Turcs qu'on en avoit chaf- 
icz tâchoient pour fe mettre à couvert des 
coups de fe cacher fous quelques arbres , 
mais ils en furent chaiîez : il en de- 
meura fur le champ quatre cens de morts 
&: autant de blefies. Les nôtres remportè- 
rent de cette adion plufieurs belles dé- 
pouilles entre lefquelles étoiçnt dix ièpt 
Etendars; êc à leur retour dansleurs rctran- 
chemensiîsexpoferent à la vcuë de ceux 
de la forcerelîe cent trente têtes de Turcs 
comme un fpeâacle qui pquvoit leur don- 
ner de la frayeur. 

lln'y eut pas plus de cent trente Chré- 
tiens morts Se bleflèz , entrelerqucls trouva 
la fin de fa deflinée le Gcnerad de Terre 
de la Religion de Malte le Commandeur 
D La 



74 DE LA MOREE. 

La Tour Capitaine digne des regrets d,e^ 

toute l'armée. Nonobitant les pertes qu'a-i^ 

voientfaittesles Turcsjils ne fe montrèrent/ 

pas moins opiniatrcz à leur deffcnfeôc: les 

nôtres pour leur faire fentir d'autant plus- 

les terribles effets de leurs forces, firent furr-: 

eux une décharge de leur Canon , de Eomrfr 

besôc d'une grêle de calioux. En mêm© 

tems lés Turcs ralliez de leur fuite, & 

groflis d'un grand nombre de Milice ra-.. 

maflee de tous les endroits de la MoUp. 

6c des gens du Capitan Bafia , vinrent 

fejetter de nouveau & avec plus d'im- 

petuofité que la première fois dans les 

tranchées des Vénitiens'; mais on fit iur eux^ 

un fi grand feu delà Moufqueterie ÔC de 

Grenades qu'ils furent contraints de re^ 

culer&ils furent pourfuivis par le Regi-_ 

ment du Colonel Bianchi 6c par deux cens 

dragon^^jufques dans leurs retranchemem. 

De cette action il en relia quatre cens de^, 

morts ; mais ce qui rendoit leur pertes plus 

crrandes, une volée de Canon emporta Ka- 

m Balîa Vifir Commandant General de 

l'armée Turque , 6c nous ne perdimes que 

quarante des nôtres. Toutes ces pertes 

q ue faifoient les Ttircs , quoiqu'aflez conh^ 

derables,n'ctoient pas encore capables de 

les réduire ni de les rallentir : ilsfavoient: 

le 



SECONDE PARTIE, ^f 

fe refaire auiîitôt par de nouvelles troupes, 
^necedoienc d'incommoder toujours les 
Vénitiens dans leurs retranchemens. Ces 
fréquentes attaques avoient diminué de 
beaucoup le nombre des nôtres outre qu'ils 
étoient extrêmement fatiguez d'être conti- 
nuellement fur les armes 6c en adion. Il 
croit fans doute bien necefiairc que le Gene- 
ral les encourageât,auffi il leur étoit toujours 
un exemple de valeur & d'iiatrepidité, fe 
trouvant le premier aux occafions ou il y 
avoit le plus de fatigue & de péril. 

Enfin ce prudent General, ayant recon-^ 
nu que le fculmoien de réduire la forteref^ 
fe , conOfioit à challer Pennemi de fon 
campement, ilconccut le defleinde cette 
cntreprife qui fut approuvé de tout le con- 
feil de guerre. Il tira des Galères ôc Ga- 
liotres de courfe quinze cens volontaires , 
Icfquels fous le commandement du Lieu- 
tenant Colonel Magnaini débarquèrent 
far le minuit 6c le jour venu qui étoit le 
fepticme du mois d'Aouft , douze cens des 
leurs défilèrent par Pentréed'un valon qui 
étoit à gauche des retranchemens de Pen- 
nemi ôc les autres paderent à la droite : en 
même tems les troupes de Mer avoient 
ordre de fuivre leurs mouvemens pour fe 
trouver prêtes à 4onner un prompt fecours 
D 2 dans 



70 DE LA MORE'E. 
dans les endroits qu'il feroit neceflaîrc 
pour favorifer & pouflèr d'autant mieux 
cedeflein. 

Voici donc qu'au Crepulcule du matin on 
mit le feu à deux barrils de poudre qu'on 
avoit deftinez pour fervir de (îgnal qui fut 
fliividans le même inilant d'une déchar- 
ge de tout le Canon 6c d'une falve furieuiê 
delà .Moufqueterie de. toute la ligne avec 
on feu continuel fur le front ^ fur les 
flancs du campem.erit des Turcs. Cet 
afîaut furieux à imprévu mit les ennemis 
dans un extrême defordre, les plus avan- 
cez commencèrent à plier £c à fuir fans 
qu'ils puûent être retenus par l'exemple 
des plus intrépides ni par les ordres de 
leurs Officiers. Tout cède , les Vénitiens 
netrouventplusdercfidence à une tuerie 
continuelle qu'ils font des Turcs 6cà peine 
y en avoit il quelqu'un qui ecbapât à leur 
coups. l'Evénement de cette a6lion fut 
telqueîa Viêboire que les Vénitiens rem- 
portèrent dans refpace de pcudetem.sfut 
accompagnée de la deffaite entière de leurs 
ennemis, la terre étoit toute couvertede 
cadavres 6c ruiilclloit du fang de ces infidè- 
les : il y eut peu de Chrétiens de tués ÔC de 
bleflês. 

^ On trouva dans le camp des Turcs un 

riche 



SECONDE PARTIE. 77 

riche buttin d'Artillerie , d'Armes , de 
Munitions, de Vivres 6c d'apprêts miîitai- 
resScplusde trois cens chevaux, des Pa- 
villons , des Etendars , fix Canons de 
bronze dont trois etoient marquez du St. 
Marc de Venife 6c outre cela TStendart 
Impérial orné de queues qui eft la marque 
du commandement General 6c d'une Ar- 
méc nombreufe. 

g»! Par ordre du Sénat on deftina ce beau 
monument de cette célèbre viéloire à TE- 
glifedes Tolentins de Venife, pour être là 
éternellement expofë aux^^eux dum.onde 
furPautel de St. Gaétan £c lervirdememo- 
ria],qa'â pareil jourdela feile àQce Saint, 
'Î2S Armes de II Republique avoient eu uni! 
fi glorieux iùcrçz iiir les ïnndeles. On ûz 
en même tems un décret par lequel on 
5Sfsûbligeoit cu^a chaque année à pareil 
jaurcncelebreroit cette fête avectoutela 
iblemnitequiie pourroit confonnem.ent à 
ce qui fe fît alors. Le Serenifîime Doge 
avec tout le Sénat fuivis d'un concours ge- 
•^neral de tout le peuple de la ville, s'en alla 
un mecredi douzième jour de Septembre 
.portant i'Etendait avec les queues dans 
).^etteEglifeoù Ton chanta le Te Deum ôc 
on célébra une melîè folemnelle en aftion 
de grâces, à Tinfinie confolation 6c edifi- 
D j^ cation 



7S DE LA MORE'E. 
cation de tout le peuple. La figure que 
nous donnons réprefcnî:? la grandeur de 
l'Etendard 6c la forme des Bâtons, 6c des 
queues. Tout cela a été delliné 6c gravé 
avec tant de foin 6c d'exacbitude, qu'il n'cd 
perfonne qui avec une connoiflance mé- 
diocre de l'arc du blafon, ne comprenne fa- 
cilement non feulement la grandeur mais 
aulTi les couleurs de cet Etendart. C'eil 
pourquoy il ed inutile que j'en parle dans 
un plus grand détail. On a cru devoir 
accorder a la curiollté du public, d'expri- 
raer ici en termes connus les caractères 
Turcsquifontde Lune 6c de l'autre face 
de la Lance qui fert de pommeau à l'E- 
tendard. 

n^,,^A^*» Ay-r^ir <^.p ]'?7i-'^ndard on lit les 

paroles fuivantes. 

AU NOM DU TRES HAUT 
ET DIEU TOUT PUISSANT, 
DIEU MAISTRE DE TOUT. 
DU SAINT PROPHliTfi. PAR 
DESSUS LES AUTRt.S SAINTS 
MAHOMET ABUBECHiR , HO- 
MER, OSMAN, ALI. an revers^- 
IL N'Y A POINT D'AUTRE 
DIEU QU'UN SEUL DIEU 
ET MAHOMET EST SON. 

PRO;^ 



SECONDE PARTIE. 79 
PROPHE.TE. NOTRE DIEU TU 
ES LE DIEU DES NATIONS. 
TU ES LE SOUVEPvAlN BIEN 
ET LE DISPENSATEUR DU 
BIEN. KALIL BASSÂ, on voit fur U 
face de l."^ Etendard ces varokt répétées. 
IL N'Y A POINT D'AUTRE 
DIEU QU'UN SEUL DIEU ET 
MAHOMET EST SON PKOPHE- 
TE, 

I..e3 Turcs expoîent Tes queues poui' 
marque, qu'ils ont reiblu de taire des le- 
vées de Troupes & de faire marcher une 
grande armée: 5c ils les donnent enfuittcà 
ceux qui ont le fupreme confimandement 
comme un figne de bon augure. Cette 
coutume a pris ion origine parmi eux , d^u- 
ne avanture qui leur arriva au comman- 
cement qu'ils établirent hors de leur pais 
natal leur Tirannique domination. A un 
combat ,< leur ennemi en fit (ix mille pri- 
fonniers des leurs, qui trouvèrent moien 
de fecoiier le joug du Vainqueur ôc de 
fe remettre en liberté , 6c parce qu'ils 
manquoient d'Etendars fous lesquels ils 
puOènt fe ranger , ils s'aviferent de lever 6c 
porter pour enfeignes quelques queues 
decheval 56c depuis ils ont toujours con- 
D 4 tlnué 



§o DE LA MOREE. 

tinué de même jufqu'au tems prefenc, 
Tout remplis du fouvenir de ce premier 
fuccez, ils arborent toujours les mêmes 
drapeaux, 6c fe croyenc avec cela afle25 
forts pour abbatre le courage de leurs plus 
fiers ennemis où pour lefiUer à leur plus 
furieufe impetuofîté. Mais comme autre- 
fois les Sabins peuple fier Ôc orgueiilieux, 
.nyantexpofé aux yeux des Romains pour 
leur faire infulte un Etendart avec 
ces paroles SABINiS POPULIS QLIiS 
IltSISTET ? /^ui ofera reffîer aux vctu 
pks Sdnns ^ les Romains leur répondirent 
avec une égale fierté &par les mêmes let- 
m^\ S E N A T U S POPULUS Ql/E 

ROMAN US , k fenat <Cr le peuple Rc- 
main. De même aufii les perfides Otto- 
mans verront oppolê à leur figne vain èc 
ridicule LE SIGNE QUI EST RE. 
VERE* DANS LE PARADIS, qui 
nous procurera un jour leur ruine entière^ 
comme nous devons tâcher de nous ren- 
dignes de cette faveur du cielpai' decoa? 
tjuuçlics prières. 



Q A^. 



SECONDE PARTIE. 8i 



GALAMATA. 



A U rivage gauche de la Rivière Spirna'^ 
'^^Xf^ que Scrabon appelle Pamifas ,?tO' 
lomée Pamjfusy Niger Stronio éc Giovio 
Tifoo s'étend en grand efpace fur les pen- 
chants d'une coline la Fortereffe de CA* 
LAMATA appellée par Baudrand THE- 
LAME, THERAMME, THURIA, 
& ABIA d'une femme nourrice 
d'Helles Hîs d'Hercule. Sa fituation efi: 
dans un lieu découvert de la Province de 
Belvédère, elleeil aflez peuplée: ôclîelle 
n'a point de murailles qui puiflènt ladef- 
fcndre des attaques de l'ennemi , il y a là 
auprcz fur une hauteur un Château fort 
6c de régulière Ibufture qui peut la ga- 
rentir de toute incurfion dangereufe. Qiioi- 
queCalamata ne ibit quà une légère âx- 
fiance de Coron , elle n^efl: pas , dans la 
plage du Golfe qui s'appelle indifférera" 
ment 6c de . Coron & de Calama* 
ta. 

En Tan mil Gx- cens cinquante neuf, 

îlyavoiclàune nombreufe Garniibn, qui 

empechoit à fix mille Magnotes qui fui- 

D 5 voiènl 



82 DE LA MORE'E: 

voientle ritGrec, de fecouer le joug des 
Barbares comme ils en avoient le dellem. 
Ils s'offrirent au General Morcfini , 6^ lui 
temois^nerent le grand zèle qu'ils ont tou- 
iours confervé envers la République. L.e 
General ayant égard à leur genereufe 
inclination Ôc pour ôter tout empê- 
chement à leur délivrance , ordonna le 
débarquement* d'un pareil nombre de 
troupes fous la conduite du Chevalier de 
Grémouille qui les ^t avr.ncerà l'atraque 
du Château. Il arriva en même temps que 
nos troupes approchoient, qu'elles firent 
rencontre fur leur chemin d'un gros parti 
de Turcs qui accouroient en diligence 
au recours : Le Capitaine Georgio Cor- 
naroeutradrefle de les invelbr; 6c pour 
faire fervir ce fuccez à un autre plus grand , 
il fit entrer quelques uns de {esTurcsme- 
îez parmi des Vénitiens comme s'ils 
ctoicnt tous de même. Ceux de la Gar- 
îîifon ne s'apperceurent de larufequclors 
qu'ils n'étoient plus en état d'en empê- 
cher les effets, ils ne rongèrent plus qu'à la 
fuitte 6c par ce moien les Vénitiens furent 
viêtorieux fans avoir combattu. Us trou- 
vèrent dans la place, grande abondance de 
vivres & après en avoir pris bonne provi- 
fionScbrulélercfte avec une bonne partie 

du 



SECONDE PARTIE. î^ 

du païs ils abandonnèrent le Château 8c 
s'en retournèrent, laûTant aux Turcs k li- 
berté d'y habiter. 

Cette place fut de nouveau reprifê- le 
jour de l'Exaltation de la fainte Croix de 
Tannée paflée mil fix cens quatre vingt 
cinq par Parmée des Vénitiens fous la con- 
duite du même Capitaine General 
Morofini. Il mit pour Gouverneur le 
Baron General Degenfeîd qui eut ordre 
enfuitte de la rafer jufqu'aux fondemens. 
Le plan que nous en donnons la repre- 
fantc dans Tétat oii elle écoit lorfqu'elle fut 
prife. 



Z ARN AT A. 

^7 Arnata efl: une Forterefiè que la na- 
^ ture a beaucoup favorifée , mais que 
Tart a rendue encore plus confiderable : 
elle efl prefque ronde de fa figure 6c a fa 
Situation fur une hauteur très delicieufc. 
L'année paflee mil fix cens quatre vingt: 
cinq , le Capitain Paflâ étoit venu cam- 
per à cinq mille proche de cette place; 6c 
quoique fon armée futnombreufeôcpuifl 
fantc, il fe contenta d'admirer la Valeur 6c 
D 6 ks 



H DELAMORE'E. 

les forces de l'armée des Vénitiens fans 
o.fer faire aucun ade d'hoftilité : il aima 
mieux abandonner la place fans fecours. 
que de s'expofer en ladeffendant à une 
perte qu'il croyoit inévitable. De cette 
forte la Garnifon fe rendit au General 
JMorofini fous les conditions qui furent 
en cette rencontre fort exactement ob^ 
fervées , qu'ils fortiroienc vies & bagues 
fauves. Car îbixante d'*entreux qui fortin 
rent de la place le onzième du mois de 
Septembre paderent 6c furent efcortez juf- 
ques a un certain efpace prefix famî rece- 
voir de la part des nôtres aucune violence 
ni infultc. L'Aga qui leur commandoit ne - 
fut pas d'humeur de les iuivre dans la 
crainte de perdre fâ tête : il aima niieux . 
s'abandonner à la gencrofitc des" Cbré-- 
tiens Scs'etanc retiré dans leur camp, il ob- . 
tint du Grand Comité Angelo Michieli 
de demeurer dans fa Galère. 

Le General delHna au Gouvernement 
decette place en qualité de Reprefentans 
deux Volontaires didingués nom.mezBar- 
tolomco Gontarini 6c Angelo Emo, 6c 
lailla une garnifon de cent cinquante Sol- 
dats fb.isla direftion du Lieutcnent Colo- 
nel Prardni. 

GHIE^. 



SECONDE PARTIE. S| 



C H I E L E F A. 



C 



Hielefa eft une Forterefle d'une ailez 
grande importance , fbit qu'on la conQ- 
dere par les avantages de la nature,foit qu on 
y obier vêles embellillemens de Part. Elle 
à fa (kuation (ur la pointe d'un Roc efcarpé 
à un mille ôc.demi loin de la Mer, d'un 
mille de circuit , en figure quarrée 6c flan- 
quée de cinq groflès tours autour de Tes 



murailles. 



Elle n'ell pas loin de l'endroit où étoit au- 
trefois Vitulo ville marchande ôcfameufe, 
de laquelle a pris fonîiom qu'il retient en- 
core le porr qui efi: In anpre?, appelle lé 
port Vitulo , quoiqu'il n'eft guère fré- 
quenté parce qu'il a eit point commode 
ni feur. 

Dans le tems que le General Morofîni 
étoit en courfe pour faire quelque expé- 
dition militaire 6c pour a'igmcnter les 
conquêtes de la Republique , il vint Te pre- 
fanter avec fon armée devant cette Forte- 
refle 6c commença de l'attaquer avec 
beaucoup de vigueur. Mais la Garnifon 
ne ï^ croyant pas en état de refifter à un 
" -0 7 fi 



86 DE LA MORS'E. 

fi grand Capitaine tâcha de faire une capi- 
tulation favorable. 

Les timides Turcs firent de très hum- 
bles inftances au General qu'il leur laifîat 
la vie fauve , 6c il voulut bien les épargner 
& les laiflèr fortir fans qu'ils fouffriftent au- 
cune violence de la part desChrétiens. Afîar 
Pafla, qui faifoit là fa refidence en qualité 
de Commandant de toute la Province, for- 
tic le premier portant les clefs de la place 
à la Galère Générale fuivi de mille perfon- 
nes , dont trois cens cinquante s'embarquè- 
rent fur les navires du Pifani autre- 
fois directeur de cette Forterefîe , qui les 
tranfporta avec ce qu'ils avoient fauve de 
hardes 6c de bien dans l'Ifle des Cerfs. 

Après qu'on eut rendu des avions de 
grâces au Ciel 8c élevé l'Etendard de la 
Croix ôc du glorieux St. Marc, le General 
établit là pour Provediteur ordinaire Ber- 
nardo Balbi 6c extraordinaire Lorenzo 
Venier, . 



RE- 



SECONDE PARTIE. 87 

Pv E L A T I O N 

De la Vi£toire obtenue par l'Ar- 
mée des 

VENITIENS 

Sur celle des 

TURCS 

Devant h Tortere(fe de Chielefr le />r<f« 
mi er jour £^vrildetam7€c 
f refente i6S6. 

LEs Ottomans ont fait cette annce 
devant Chielefa une expérience 
de ce qui arrive , lors qu'en s*cm- 
preflant de reprendre ce qu'on a perdu 
on s'attire de nouvelles & quelquefois de 
plus grandes pertes. Us croy oient repren- 
dre au commencement de la compagne 

For- 



88 DE LA MORE'E 

Foiterefle de Chielefa que les Véni- 
tiens, avoient juftemenc conquife fur 
eux Tannée dernière. Se confians en 
leur armée compofée de dix mille hom- 
mes de pie 8c de quinze cens, chevaux &C 
d'un bon nombre de pionniers, ils com- 
mencèrent d'attaquer la place ôc de la 
battre de Cix gros canons dans h penfée 
qu'on ne pourroit 6c qu'on n'oferoit pas 
même leur refifter long tems. Cepen- 
dant ils furent dix jours à ce fiege fans 
avancer de beaucoup leurstravaux ni voir 
ceux de la place en aucune difpofition de 
de fe rendre. 11 arriva que l'Armée 
des Vénitiens accourant au fecours ôc fc 
jettant fur celle des Turcs, l'attaque fut fi 
vive 6c fi forte, que ces infidèles ne crurent 
plus bientôt de trouver leur falut que 
dansla fuitte: ôc leur déroute fucâ préci- 
pitée, qu'outre qu'il y en eut un fort 
grand nombre de tués, ils laifîereni dans 
leur Camp un riche butin aux Cbré. 
tiens. 



PASi 




é^cAeie tte -Rt/^ GeûhiemgtLes, 



3e 



^ù 




^ y^i".^r- /rr. 



SECONDE PARTIE. Î9 

P A S S A V A. 



'nAjfavat^ une Fortereflè fituée dans 
•■" la Province de Maina au voifînage de 
h plage du Golfe de Colochine , fur 
le Cap de Matapan , àl'oppofitede Chie- 
lefa 6c du Port de Vitulo. Sa figure eifc 
telle que nous la donnons dans le àd- 
feia Elle ell bâtie fur une hauteur , 
mais elle ed irreguliere en toute manières, 
8c elle fe trou ve hors d'ctat d'empêcher les 
irruptions que les ennemis peuvent faire 
dans la Province.. 

^ Le Capitaine General Morofini fit te- ^^ ^^^'/^' 
nir un gros parti de Magnotes au de- jôs^j/^ 
vant de cctre Fortereflè , dans le même 
tems que les Turcs fortoienc de Chielefa 
pour arborer dans cette place l'Eten- 
dard de Saint Marc. Mais ayant ap- 
pris que la Garnifon étoit prête à for- 
tir 6c qu'elle n'attendoin que pour tran^ 
(porter les canons de la place , il déta- 
cha en diligence le Sergent Major de 
la Nation d'Outremer Grcgorevich a- 
vec cinq cens fantaffins pour renfor- 
cer Içs Magnotes 6c pour empêcher c« 

tran* 



90 DE LA MORE'E. . 

ti'anfporL Les Turcs ayant découvert 
de loin les drapeaux des Vénitiens, tous 
remplis de conrufion& d'eiFroy prirent la 
fuite 6c abandonnèrent leur pofte. De 
cette forte, nous fumes Muiftresdc la place J 
fans coup fcrir. On ne jugea pas qu^elle 
valut la peine d'y laider une Garnifun , on 
prit au contraire la lefolution delarafcr:- 
6c on s'y détermina d'autant plus volon- .: 
tiers, qu elle cil allez inutile, & qu'il y avoit 
là auprez un [>a(lâge étroit, où l'on peur 
avec peu de monde arrêter £<: combattre 
une nombrcufe Milice^ 



M ï S I T R A. 



ip Ommc cette ville a eu divers noms, 
^ces noms lui ont ac donnez les uns 
plutôt qae les autre?. Premièrement elle 
futappellée Sparte, enfuite Lacedemone^. 
6c en dernier lieu Mifnra, Elle eft une des 
plus faraeufes entre toutes celles de la Grè- 
ce 6c elle a été (i grande & de (i vafte éten- 
due que du temsde Poîibe elle avoit qua- 
rante huit ^ Stades de Circuit , de figure: 
prefque ronde, fa Situation étoit en partie 
fur une hauteur 6c en partie fur un pen- 
chant. 



SECONDE PARTIE. 91 

chant. La Montagne Taigete la comman- 
de à l'Occident. 

De grande Sc vade qu'elle étoit autre- 
fois) elle e(l aujoura'huy réduite à une pe- 
tite étendue, ôc ne confervc a peine que des 
légères traces de fon ancienne fplendeur. 
Quoique elle neutpas de rem pars pendant 
Pefpace de huit cens ans ,on ne laifla pas 
de s'y bien deffcndre, 6c ceux quelle eue 
enfuite quoiqu'ils ont cté rebâtis, pluneurs 
fois,neparoiîîent que comme le Château 
Scia Terre où l'en remarque qu'ils étoient 
fitues. Il n'y a que deux grandes por- 
tes , une au Septentrion en allant vers 
Napoli de Romanie , l'autre 'à TOrient 
vers TExokorion, aufquelles repondent 
dSuA grands chemins l'un appelle ji-phctais 
ou grand Baz,ar ; l'autre H e lier ion. 

Les habitans Ibnt cxpofez à d exceffi- 
ves chaleurs durant l'été , car outre 
que la ville efl oppolée au grand midi, étant 
fituéc au pié d'une Montagne > les ra- 
yons du foleil trouvant cette oppofition 
rcfîechilîènt 6c redoublent la chaleur. 

Le Doétc Monfieur la Guilletiere,(c 
trouvant fur les lieux il y a quelques an- 
nées, prit l'élévation du pôle les trois jours 
confecutifs dix neuf, vingt 6c vingt un du 
mois de Juin 6c fc réglant fur la hauteur 

meri- 



Pî DE LA MORE'E. 

rneridionale du foleil par l'ombre d'un 
corps Cilindrique divifé en mille parties 
égales , la diffcrence des ombres de ces 
trois obfervations lui fut imperceptible 
6c la longueur de Tombre fe trouva toà-^ 
jours de deux cens onze parties du Celin- 
dred'oùil conclut que le Soleil étoit éloi- 
gne de Ton Zenithde douze degrez cin- 
quante fix minutes & que la latitude de 
Mifitra étoit à trente cinq degrez vingt fix 
minutes. sii 

La ville eft divifée en quatre quartiers 
dont chacun fcparé de chacun des au- 
tres 5 forment entre eux un corps' fans 
union. Le Château en fait un , la Terre un 
autre , ëc deux faux bourgs dont le pre- 
mier s^ppeîîe Melok^rion cxfl à dire faux- 
bourg du milieu , le fécond Exokorion 
c'eÛ: a dire faux bourg de dehors que les 
Turcs appellent encore Maratche. 

JL*£A;o^om« eft feparé des autres trois 
par la Rivière Vafoli potamos 6c n'a coni'- 
munication avec eux* que par un Pont de 
Pierre. 

Le Château nommé to Caflron eftfitué 
fur une hauteur de figure conique , fes mu* 
railles font allez bonnes. On tenoit là de- 
dans il y a quelques années dix pièces de 
Ganon avec une garnifon de dix huit ou 

vingt 



V 

I 



SECONDE PARTIE. 95 

vingt JanifTaires commandez par un Dif- 
dar qui y fait rarement fa refidence. 

Il y a des Magafins toujours bien tour- 
nis de grains pour fervirà T Armée, car 
on Fait en forte que chaque famille Tur- 
que ed le fien 6c ils font dans l'obligation 
de renouveller le grain chaque année. 
On y voit'auffi quelques Ciflernes,6c au 
milieu du Château il y aj^une Molquée 

^quiétoit autrefois une Eglife de Chré- 
tiens. 

M- Cette Citadelle ed: dans uns fituation 
Gavantageufe, que les Hiftoires aHiireni: 
qu^elie n\i jamais été prife de vive for- 
jce, quoique Mahomet lecond 6v les Vcni- 

-siens rayent attaquée avec beaucoup de 

3fV;igueur. 

w^. C'efl un ouvrage que les Defpotes fi- 

pyentilir la décadence de l'Empire Grec^Sc 
cela , parceque Fautre Chrucau qui étoit 

^fitué fur la colline oppofée dont il ne refte 
aujourd'huy que les ruines , ne commandoit 
'pas allez la ville. 

On n'eft pas bien afluré quel fut le fon- 
dateur de Sparte les hifloriens n'étant pas 
d'accord la dcfîus. Les uns difent Sparte 
iîls du RoyAmicîa, d'autres laPrinceiîè 
epoufedu Roy Lacedemone qui avoit nom 
Sparta, plufieurs le Roi Cecropsquifon-'J 

da/ 



94 DE LA MORE'E 

da aufli Athènes» Enfin il y en a d'autres 
qui afîurent qu'elle doit (a fondation à Spar- 
te fils de Phoroneus Roi d' Argos qui vivoit 
du tems du Patriarche Jacob 1763. ans 
avant la naiflance de J.C. puifque félon le 
calcul du Père Petau le Patriarche Jacob 
naquit 1876» ans avant l'année de nôtre re- 
demption,de forte quejufques à Tannée pre- 
fente i<586 il y a trois mille quatre cens 
6c vingt un an que cette ville a été bâtie : 
elle elt donc plus ancienne que Rome de 
985. ans que Carthagc de Sôy , Siracufe 
de 995; Alexandrie] de 1405; Lion de 
1639. ècqueMarfeiîledei i3<î. 

Il ne fut jamais de Nation dans Puni- 
vers, qu'on pu ifle mettre enparellele avec 
les Lacedemoniens pourla belle politique; 
au (H ne prirent ils jamais des Roix que 
d'entreux & eux feuîs ont vu fur leur 
Throne Royal deux têtes remplies de ver- 
6c de mérite ceintes d'un même Diadème* 
On voyoit ainfi fouvent parmi eux des pro- 
diges de prudence 6c d'habilité en l'art de 
Gouverner: aufli n'ofoit on point aillieurs , 
reconnoîtrc de bons politiques que les 
feuls Lacedemonicns. C'efl: fur de (i bons 
fondemens qu'elle a pu durer 6c fleurir du- 
rant huit cens ans. Elle déchut de fa pro* 
fperitéêcdefa fplendeur en perdant le Roi 



SECONDE PARTIE. 95- 

Colemanes troifiemc de ce nom. 

Finalement l'Empire de l'Orient ayant 
été divifc en Temara ou Gouvcrnemens 
Généraux, Lacedemone fut deftinée en 
appanagc aux Fils premiers nés de TEm- 
pereur. Depuis ce temslà, elle quitta fou 
nom Lacedemone 6c s'appella Sparte : !< fes 
Princes qui avoient avec fon gouverne- 
ment toute la Morée fous leur dépendance 
portèrent le titre de Defpotes. 

Le Defpote Théodore qui avoitcpoufé 
lafîile deRenier Prince d'Athènes èc qui 
étoit frère d'Andronic 6c d'Emanuel les 
quels fe fuccederent l'un à l'autre dans le 
Throne Impérial, ne fe trouvant pasaflèz 
fort pour entreprendre de rcfifter à Baja- 
zettraitta avec Philibert de Naillac Prieur 
d'Aquitaine 6c Grand Maitre de Rhodes 
pour la vente de Sparte Se de Corinthe. 
Ce traité étoit prefque conclu , lorfque 
Tari^erian ayant triomphé de BajazetjCeux 
de Sparte reprirent fi fort courage 5c fe 
flattèrent (1 fort d'être en fureté , qu'ils ne 
voulurent jamais confentir que Théodore 
aliénât la Tzaconie. Même la Populace 
s'etant ém.euë, on fit entendre à deux Che- 
valiers qui ctoientpà Députés de la part du 
grand Maillre pour fe mettre en pollefiion 
du gouvernement j qu'on les alloittraitter 

com* 



96 DE LA MORE'E, 

comme ennemis s'iis ne fe" retiroient. En- 
même cemsTOrclre fe dellitua de Corin- 
the dont il étoit déjà en pofîeffion, 8c 
Théodore fut fort grevé de fe voir obli- 
gé de debourfer l'argent qu'il avoit tou- 
ché. 

Il laiiTa enfin le Defpotat à un de Ces ne 
veux nommé comme lui Théodore fils 
de l'Empereur Emanuel. Ce nouveau 
Delpote epoufa une Italienne de la mai- 
fon de Malatefta, 6c cette maifon fonda 
dépuis un droit d'appanage fur le Duché 
de Sparte. Théodore fécond prit la relb- 
lutioii d'aller à Conltantinople dans la 
penfce de fucceder à l'Empire en la pla- 
ce de Jean (on frère, laiiTant le Defpotat 
à un autre de fes frères nommé Condan- 
tin. Cctoit dans le tems qu'Amurat pre- 
mier fit faire une irruption dans laTzaco- 
nie. Conftantin ayant été elevéàPEmpi- 
pire 5 Sparte echeut en appanage à Deme- 
trius, d'entre les mains de qui elle fut ravie 
par Mahomet fécond , qui eut la barba- 
rie de faire fcier en deux le Gouverneur du 
Château. 

Enran 1475. Benedetto Colîeone qui 
avoit le commandement de l'Armée Vé- 
nitienne fubjugea Sparte 8c auroit pu ré- 
duire la Citadelle, s'il neuft trouvé dans la 

ma- 



SECONDE PARTIE. 91 

matière de Ton triomphe. Sanfovino fait 
voir dans fon hiftoire que cette ville ;6c la 
Province entière a été fous la domination 
delà Republique dans le temsque Henri 
Dandolo étoit Prince dn Sénat. 

La LISTE des PxOIS 
D E 

LAGEDEMONR 

Vms l'ordre quils ont régné &les 
années de leur règne. 

Ans de la création du monde. 

2862. Euriflé s Premier Roi Compen*, 

2904. u^gtdeS. Univ^erf. 

29or. Acheflrates, de Nie 

-^ 7- , Doelioni 

2940. Labotes. patt.ulri- 

2977. Dofifies. ™3, 

3006. zy^gejilaus, 

3050. Archelaus, 

31 10. TelecHS, 
\ 3^5^- Alcaryienes dont le règne fnk 

I <?^; r^;?. 

3187. 

E M A I^ 



jS DE LA MORE'E 

M AI N A 

AU CAP 

DE MATAPAN. 

jQ E tous les Promontoires du Pelopon- 
ncfe qui poufîent leur poinie dans la 

* Pline. ' ^^P^"^ avancé detousefl le Cap de 

senequc. ^<^<^t^pan qui s'appelloit autrefois * /'r^. 

rcoiomée. montorium r^mrium, dans les entrailles 
duquel eft PAntrede Tenaro, dont l'ou- 
verture ^fFreufe a donne lieu aux poètes de 
dire que c'étoit la gueule d'enfer. Ils ajou- 
toient,quec'étoitde laque fortit rinvinci-" 
ble Hercule après qu'il eut triomphe du 
Cerbère; d'où vient qu'on lui donnoit par- 
îiji fes titres celui d.e Tenare, quoique 
d'autres veulent qu'il ait pris ce nom de 
Tenare qui nacquit d'EIafe iils dlca- 
nus qui epoufa Erimadc fîlîe de Damalî- 
cles. 

ciovîT."' La Mçr,€fl extrêmement "^ profonde 
autour de ce Promontoire- ôc il y a là deux 
ports très commodes félon que l'afllirenc 

ceux 



lATATPAN 




SECONDE PARTIE. ^<? 

ceuxqui y navigcnt. L'^un de ces ports 
a nom le porc des Cailles, à caufe d'un nom- 
bre prodigieux de Cailles qu'on y trou- 
ve, r Autre k porc de Maina. Entre ces 
deux ports 6c dans l'endroit oùetoicntles 
ruines de Tancien ^ Ceriapolis les Otto- cam^^n* 
mans bâtirent autrefois une Forterefle voi 1. 1. r: 
qu'ils appelleront ^ Turcotogll Olimicnas %q^X^^\;^^ 
que les Gr^cs interprètent Ci^firo de Afai- dzmh&iT- 
m & les Turcs Mcm^c. ^ L.cur defîein 'l^'.Zl^'"' 
ctoit en cela de tenir en bride lesbabitans ForterefTe 
de la Tzâconie. Cette Province occupe »Baiidr2îîc5 
^lUjourd'huy * un bras du Maina 8c s^e- ^«s. Gmg, 
tend bien bien loin le Ion» de la côte la 
plus méridionale de la Morée* Les hom- 
mes y naidènt belliqueux 6c ils ne foupi- 
rentqu'aprez quelque entrcprifc de quel- 
que puillance Chrétienne fur leur païs. Ils 
s^y iiideroicnt de tout leur cœur 6c de 
toutes leun forces ; car auili bien ayans 
en abomination le Gouvernement Barba^ 
re des Turcs , ils fcnt autant qu'ils peuvent 
leur retraitte dans les creux de rochers & 
parmi les plus epaifles forets, pour éviter 
de payer le tribut 6c pour refpirer quelque 
peu de liberté. 

En l'an 1570. Le Capitan du^ Golfe 
Qiierini étant parti de Candie avec 
vingt cpiatre galères vint prendre fond à 
E 2 Cor-4 



ïoo DE LA MORE'E 

Corfù , où ayant été informé qu'on avoit 
bâti ce Fort poar les motifs que nous avons 
marquez il conceut le de(]éin d'aller y fai- 
re une attaque. Avant que de commencer 
cPexecuter il fe rendit dans Tes deux ports 
camTni ^'^^ ^^ donna avis de Ton entreprife aux^ 
^""P^"^- Magnotes : 6c véritablement ces pauvres 
gens donnèrent en cette rencontre de 
bonnes preuves de leurs zcle 6c de leur 
courage. Apres un combat fort âpre 6c 
fort animé où les Turcs eurent du des- 
fous le Capitan demeura Maiftre du Fort 
6c il ne voulut pas fortir du Golre qu'il 
n'eut plutôt ôté cet obftacle à ces gens Ci 
bien intentionnés pour la Republique, 
ainfi après en avoir fait foriir tout ce qui 
pouvoit fervir , il le fit démolir. -r- 

M A L V A s I A>iàr ■! 
o u 

MALVOISIE. 

T A Ville appeîlée vulgairement AMy 
^^vajia que Ptolomée nomme Epidati^ 
rtis Limera 6c Baudrand après d'autres 

Mo- 



SECONDE PARTIE. loi 

Mor^emhafia eft fituée fur un rocher d'a- 

greable prorpe6tdàns la partie orientale 

de l'ancietine * Tzaconie région âpre & Xucididc. 

rude, mais néanmoins autant fertile quau^ 

cune autre du Peloponnele. Cette partie 

ed aujourd'huy reconnue fous le nom de 

bras du Maine parce qu'elle s'étend far le 

côté gauche de ce bras où commence le 

Golfe que Ptolomée appelle ^rgoUcus ^ ^^^^^ ^^ 

Sinus ■\. ' Napolide 

Elle porte le titre d'Archevêché. Sa fi-Rom^^me, 
tuanon eil tresavantageufe, car elle ed 
bâtie fur le haut d'un rocher qui afesfon- 
deme4is dans la Mer 6c cil baignée 
tout autour des eaux de TArchipcl. El- 
le joiiit pourtant de ce bienfait de la 
nature qu'elle a des fources douces & 
claires & un des avantages qu'elle en tire 
eft qu'en arrofant le peu de campagne 
quieltaux environs, ces fources la ren- 
dent aflèz fertile pour rapporter dequoi 
entretenir cinquante ou ioixante peribn- 
nes qui veillent à la garder. EUeefcinac- 
ceflible de tous côtés fi ce n'eft d'un où 
elle eft munie d'une triple m.uraille fort 
epaifie. Là eft attaché un Fauxbourg 
d*un aiïez bon nombre de maifons fermé 
d'un fore rampart par où leshabitansont 
iflùe pour aller à la terre qui fe deta.- 
E y chant 



102 DELAMORE'E. 

chant da continent en forme de langue 
lui efl unie par un long pont de bois. El!e 
a auffi un port ailèz fpacieux 6c q.ULe{l 
mieux gardé que la Forrereiïe. 

Son territoire apporte une grande 
quantité de railms, êc on flîitlàda vmqui 
ne le cède point en bonté aux vins de Can- 
die. 

Les peuples de la Grèce venoient au- 
trefois de tous les endroits en cette petite 
1{[q pour y adorer le DieuEtculape, &!€ 
culte des nations pour ce Dieu, la rendoic 
fameufe par toute la terre. 

Ceux d'Epidaure ayant été une fois 
députez en ce lieu de la part de leur com- 
mune, en partant de leur païs qui étoic 
dans le territoire d'Argos ils eurent des 
longes dans leur voyage parMer qui leur fi- 
rent augurer de très heureux fuccez 6c 
unegrande profperitc s'ils les executoient. 
Auflî étant arrivez à bon portilsfe déter- 
minèrent à s'établir là 6c y bâtir une ville 
qui leur fervit de Colonie qu'ils appelle- 
roient Epidaurc. Les batin)cns ne fubli- 
flent plus car ils n'ontpas été épargnez par 
le tems qui dévore toutes chofès^fculement 
le lieu en retient en :ore le nom. 

C'efè une vérité que la fortune 6c le 
tsms viennent à bouc de tout., 6c on en voit. 

un 



SEGOND PARTIE. 103 

an exemple dans la deftineé de Màlvafia 
oLîd'fcCpidaure; car quoique la fituacion Ki 
dut rendre invincible elle , n'a pas laifie par 
des coups du deilin de palier fous diverâ 
Gouverncmens. 

Dans le tems que cette place étoit fu- 
jette aux Empereurs de Conilantinopîe 
elle leur fut enlevée lorfque les François 
6c les Vénitiens s'etant rendus Maiftré^ 
de cet Empire ôc Baudoiiin Conte de 
Flandres devenu Empereur * elle fut don- ^^^^ ^^ j,, 
née en titre de fief à un Baron François ap- 1204- 
pellé Guillaume en recompenfe des fer- 
vices fignalés qu'ail avoir rendus en cet- 
te guerre. Mais eni'ùire Michel Paleolo- 
Çue ayant chafiëîes François, êc s'ctanc 
fait initaller Empereur , il arrêta prifonnier 
le dit Guillaume 6c dans la détention lut 
fit donner une ccffion 6c renonciation de 
tous les droits qu'il pouvoir avoir fur Epi- 
daure. Le Baron ayant cchapé par ce 
moyen des mains âr l'Empereur , vint 
à Venife 6c y fit U'iC donation à la Repu- . 
blique des mêmes droits, difantquela re- 
nonciation que Paleologue luy avoit ex-. 
torquée en iâ faveur étoit invalide , puifque 
cet aéle n'étoit point un effet de fa volon- 
té mais de la force 6cde la violence. Aufll 
les Vénitiens fe prevalans de cette dona- 
E 4 tion 



104 DE LA MORE'E 

tion mirent en Mer une grolîe armée Se 
fe rendirent Maiftres de Malvafia qu'ils 
Gouvernèrent depuis julques à l'an mil 
cinq cens trente (èpt que Soliman com- 
mença de forrir de Thrace pour venir en- 
vahir l'empire des Grecs Ôctravai lier à la 
ruine du Chrillianifme. 

Les Vénitiens furentceuxquifereden- 
tirentlepiusdecesufurpations, ôcle Bar< 
bare conquérant non content d'avoir éta- 
bli le tribut en pludeurs endroits de leur 
Paruc!^'f \'^^i^^^^tion, ordonna à Caffin quietcit ^ 
iç. ' ^ ''' Sangiac de la Morée qu'il tâchât par un 
fiege de réduire fes peuples: le Sangiac 
ayant ramalTé une nombreufe milice tâcha 
d'exécuter Tes ordres ; mais Soliman venant 
à faire reflexion que de tenter cette entre- 
, prife c'etoit rifquer la réputation de fes ar- 
mes 6c perdre du tems, il changea le dcf- 
k'm de ce fiege èc voulut aller faire des 
conquêtes autre part. Néanmoins il y re- 
tourna quelque tems après ÔC reduilît ^ 
la place non par la force de fes armes^ 
mais par des aiiurances de paix. 

Durant les guerres de Candie 6c de 
Dalmatie, lorfque les Vénitiens s'oppo- 
foient autant qu'ils pouvoient aux irrup- 
tions Se aux violentes nfurpationsdeTen- 
neuii, le General Fofcolo fe trouvant 

au 



* L'an 



SECONDE PARTIE 2cy 

au voifinage d'Epidaure avec vingt deux 
Galères huit vaifleaux de haut bord 8cfix 
Galeaces alla attaquer le Fort que les Otto- 
mans avoient fait bâtir dehors du Faux- 
bourg. L^attaquefûtbrufque ôc vive Scies 
Vénitiens fe rendirent Maitres du Fort dans 
unjour.Mais il arriva dans le tems qu'ils fai- 
ibient précipiter l'ennemi à la fuitte parîde 
hauts cris , qu'une mine prit feu fous les Vi- 
6lorieux 6c en laifla cent cinquante morts 
avec un égal nombre de bîefîes. Les Vé- 
nitiens tirèrent vengeance de la mort de 
leurs compagnons en entrant dans la pla- 
ce Tepée à la main , ôc après avoir dé- 
moli le Fort ils partirent tranfportant avec 
eux vingt d'eux Canons qui iervoient aux 
ennemis pour mettre à couvert les Sai- 
ques qui venoient faire encrage dans le 
port en attendant l'occalion commode de 
faire voile pour la Canée. 



E jT EX- 



io5 DE LA MOREE. 

EXPLICATION 

DES LETTRES 

DU P L A N 

D E 

MALVASIA 

A. La Vieille Tour» 

B. Le Château de ^arde 
C,»- La forte de la Fortereffs 

E. Le Fauxbourg. 

F. La porte de Fattxhourg. 

G. Le Pont ^Ht fut rompu par les Vetii^ 

tierjs^ 
H. Le Fort cjue les Vénitiens ta tirent, 
pour empêcher Iss fecours. 



W A- 




m^~ ^ 




KAP O LI D^ R OMA^IE 



SECONDE PARTIE. 107 

N A P G L I 

DE 

R O M A N I E. 



T\E ces célèbres Villes qui faifoient aiï* 
■^ ciennement la fplendeur de TArgic 
qui eft aujourd'hui la Saccanie ou la Ro' 
manie mineure riche paitie de laMoréc, 
Napoli efl: celle qui conferve jufqucs an 
tems prefenc des reftes de fa première beau- 
té. Elle efl appel lée par SophianusN^/?/;j ^ 
parles Grecs "^ AnapUa, Scpar Pcolomée "^ M.Spoa 
* N*iuplia, Cette forte êc Marchands vil* G?ecf u. 
le fut bâtie par Naupiio fils de Neptune 6c * ""°j^* 
d'Amimone dans l'endroit Is plus reculé sS 
du Golfe appelle communément de Na^ 
f.oli Se par Ptolomée Argdiciîf Simis fur- 
la pointe à'xxn petit Promontoire qui s'é- 
tend de deux côte?. Celui qui eft vers- 
k Mer forme un port fpacieux &) très 
feur ^ l aucre ôte aux padagers une grandC' 
commodité àc- leui* coftimerce , parc3 
qu'ils ne psuvcnî^y monter que par ur* 
^6 fen- 



3o8 DE LA MORE'E. 

fentier étroit 6c efcarpé qui cil entre le 
Mont Palamides 6c la Marine. 

La ville eft (atuée là auprez ôc avec Tes 
avantages très confiderables quelle tient de 
trois cotez corn me en bride les ondes de la 
Mer: &; (es rivages font fi hauts 5«: fi efcar- 
pez,que dans des rencontres perilleufes ils ô- 
tententierement à Pennemi toute commo- 
dité non feulement de pouvoir faire pren- 
dre terre à Tes troupes mais auffi de pouvoir 
battre de fes galères les murailles de la 
ville. Le Port elt fort fpacieux dans fbn fein 
mais il fe reflerre à Tentrécôc les galères 
n'y peuvent entrer qu'après avoir padéun 
Canal où elles font expoices au feu de PAr- 
tilîeric. La ville e(l défendue d'une 
citadelle bien pourveuë 6c qui étant bâtie 
fur un ecueil environ trois cens pics avant 
dans la Mer ne peut êcre attaquée du côte 
de terre 6c les bans 6t les bois efpais qui 
l'environnent la mettent à couvert de tou- 
te furprife : enfin on peut dire que de quel- 
que côte qu'on regarde cette place on 
trouve que la nature ôc l'art l'ont munie 
detoutcequipouvoitla rendre forte. Elle 
n'a p3s m.anquénonplusde titres honora- 
bles, car elle étoit autrefois un Eveché 
qui 1 econnoifibit Corinthe pour fa Métro- 
pole, 6c aujourd'hui elle eil Archevêché 

elle 



SECONDE PARTIE. 109 

elle même & un des principaux. Elle eft 
diftante de cinquante cinq milles d*Athe- 
nes, foixante de Mifitra, ^6. de Corin- 
the outre qu'elle eft le lieu de refidencedu 
Gouverneur de la Province dans laquelle 
on conte foixante mille grecs, outre une 
grande multitude d'autres habitans quilè- 
lon Paufanias étoient anciennement des E- 
gyptiens habitués là avec Danaiis comme 
dans leur propre Colonie. Napoli a eu le fort 
de toutes les autres villes de pafler par plu- 
Heurs gouvernemens 6c fous la domination 
de diffcrans Princes. 

Au rapportde Paul Ranufî elle fut prifc P^^^oRa. 
1 an 1 205. parles Vénitiens ligues avec les redeconft. 
François ; mais quelque rems après le Roi ^* 5' p-^^o* 
Gi ovaniOa ayant porté fes armes contre 
cette ville, quoiqu'il la trouvât garnie 5c 
défendue d'une nombreuie milice il lui 
donna un fi vigoureux afiauc qu'ail s'en ren- 
dit Maitre. Il y donna en entrant des 
marques effroyables de fa colère , car il fit 
palîer au fil del'epée le Commandant 6c 
toute la Garni (on & enfuite fil fauter la 
ville qui étoit alors riche , pui fiante ôC 
fituée dans la meilleure partie de la Roma- 
nie. 

L'opinion de Verdizzoti efi; que cette 

ville fe trouvant dans le treziéme fiecle 

E 7 entre 



Il» DE LA MORE'E> 

entre les mains de Marie d'Erigane veuva 
de Pierre fils de Frédéric CornarPifcopia, 
6c cette Dame ne fe croyant pas capable 
de s oppofer à tant de Princes qui vouloient 
l'avoir 6c plus que tous les autres Bajazet, 
elle en fit une concefîion à la Republique. 
Sous cette nouvelle domination , Napoli 
vit écouler alîèz^ doucement quelques fie-- 
clés; mais non fans fe relTentir fouvent de 
iès delaftres aufquels font afllijetties les 
villes qui font le fujet de l'envie des Otto- 
mai:js; car attaquée diverfestois par ces Bar- 
bares elle éprouva les malheui-sde la difette 
des vivres 6c de la faim ôc dans ces différan- 
tes allarmes les foulevemens de plufieurs 
fedicieux. 

Mahomet IL fouhaitoitavecbcaucou'p 
d'ardeur de la ravir des mains de fon légi- 
time Prince; 6c ne croyant pas qu'il y eut 
aucun autre moien d'en venir à bout que 
celui des armes, ildonnaordre àMacmut 
Bafla d'aller Taiîieger avec une nombreufe 
armée. Mais le Siège ne lui reuffit point,. 
6c ayant rencontré dans ceux qui defendo- 
ientla ville beaucoup de valeur 6c de force 
pour lui refiîter ôc de. la confiance contre- 
toutes les violences quil pût faire, il fut' 
contraint après diverfes tentatives &: de 
graiodes pertes de cj^itter fonentreprife. 



SECONDE PAR.TIE. m, 

Soliman, le plus ambitieux de tous leSgj^j.^pj 
Empereurs Turcs , commanda à Cafin 1537* 
Saagiacde la Morée, d'aller y former, le 
Sie^c avec des forces proportionnées à la 
force de la place ; mais Cufin n'eut pas 
un plus hcm-eux fuccez dans cette entre- 
prife qu'avoir eu Macmuc. Apres s'être 
vainement opiniâtre aiîez. iongtemsàxette 
attaque Réprouvé avec bcauc(îup deper- 
te quelle étoic la force de la Ville & la va- 
leur des affiegés il levak Siège &fe retira. 
Néanmoins il ne s écoula pas deux ans, 
qu^il retourna à l'attaque 6c Fut enfin raai- 
ftre de la ville, non vencablement parla 
voye des armes, car elle s'étoit toujours 
montrée invincible, mais par un accom- 
modement de la République qui prellëe 
6c extrêmement fatiguée des guerres 8c de 
la difcttç cherchoità refpirer k paix & h 
repos. 



E X- 



112 DE LA MORE'E. 

EXPLICATIONS 

DES LETTRES 
DU PLAN 

DE 

N A P O L I 

D E 

R O M A N I E. 

A. La Forterelfe du coté de la Mer. 

B. La Chaîne qm ferme le Port. 

C. Vn Cavalier cjm eft élevé fur la For* 

tereffedela Mer, 

D. Le Port capable de contenir Ufiegrof- 

feflotte. 

E. ZJne autre chaîne fotir empccher l'en" 

trée du Port. 

F. L4 



SECONDE PARTIE, 113 

F. La Batterie des Canons, 

G. Les Mofquées, 
H. La faille. 

I. Autre Batterie des Canons. 
¥^, \Jn Canal de troi^ milles de Large. 
L. Partie du Golfe appelle de Remanie. 
M. Le Mont Palamide. 
N. Le Fort dans la terre ferme au(^uel 
e(î recommandée la chaîne qui fer- 
mer le P&rt^ 



A R G O S. 

A U rapport de Baudrand fameux Geo- 
^^ graphe de nôtre tems il y a eu trois 
Villes nommées du même nom x\rgos ; 
Une que Pline appelle Argos Amphtlo- 
chmm qui eft dans TEpire ; La ^ féconde * strabon. 
Argos Pelasgicum dans la Macédoine Se 
k troifiéme Argos Peloponnefacum. On 
fera mention des deux premières chacu- 
ne dans fon lieu , maintenant nous par- 
lerons de la troifiéme, qui fut appellée 
autrefois Founia de Foroneus ; Hiffo- 
bote de la quantité de chevaux qu^elle 
fournidbit , fafta du nom d'un vaillant 
Capitaine : elle eut encore nom Dipofa 

& Jap' 



ÎÎ4 DE LA MORE^E. 

^ Jappia. Elle efl la Capitale de la fa- 
mcLifeArgieÔcea compriie parmi lesplus 
illuftrcs villes du Peloponnefc. Safituation 
cO: fur la Rivière Planifia aue les Latins 
appellent hmcui Fiavius à la diftance de 
trente iîx milles de Corinrhe, 60 de Spar- 
te ac cinq de Napoli de Romanie. Elleeft 
le Siège d'un Evêquc fuffragent de TAr- 
cheveque deCorint'he. El le a au couchant 
la Montagne Cronia , au nord Cleone > 
ôc au midi les ruines de ^Ancienne Myce- 
ne. Elevée fur les ruines de quelques au- 
tres villes qui étoient aux environs , tWt fe 
vantoit de n'avoir point de femblabledana 
le monde qu^on lui peut comparer en ma- 
gnincenee:6cilyaméme une tradition qui 
afîure que tous les Grecs voulurent bien 
prendre d'elle le nom d'Argicns, comme 
pour'temoigner qu'elle feule ctoit fuffifante 
pour porter la gloire & la réputation de la 
î^ation au plus haut point qu'ils pouvoient 
fbuhaittcr. 

Son Règne comincnça avec le règne 
d'Inachusfon premier fondateur en Tan 
du monde 2 197. 6c continua 5-46. ansjuf- 
ques à Acrifius qui fût tué par Perlée fcn ne- 
veu l'an 2742. Plufîeurs Auteurs comme 
Patène , Clément Alexandrin 6c autres an- 
ciens ont dit que cet înacus a vécu du toms 

de 



SECONDE, PARTIE ir^ 

de MoiTc^ mais Eufebe fait voir le con- 
traire, ôc prouve que ce Roivivoic ^46". 
îinsavanc que les entans d'Ifracl forriilcnc 
d'Egypte. 

SUCCESSION 

CHRONOLOGIQ.UE 

DES ROIS 

D'A R G OS. 

Ans du monde. 

2197, J^^cus^ Régna <^o\ 

2247. P^^ororjcus Régna 60. 

i^oj. u^pis Régna '^<^, 

2:^42. u^rgos Regf74/o, 

241 2. Cirafo Reg-ria )4' C a hq 

24(^6. Phorbas Régna '^'^.(^ 

2 5D I . Triopas, Régna 46- J 

2547. Crotopus Regrta ii.\ 

25158. Sthemlas Régna 11, \ 

Z57fp. Danai Régna '^o.j 

2625;. /./'«• 



11^ DE LA MORE'E. 

2629. Lïncèe Re^^nn^x^]^ 

2570. jihbas Régna i-i^.x^ 

2693. Proeto Ree-aa ij.r^'^^' 

2710. AcriftiS Régna -^i.j 

2741. Perfee fut le dernier Roy. 

Il y a un Auteur qui fait encore mention 
de Magaphentas f d?<iy^nax agora ^ de Me- 
lampe S, âc Bias qu'ils font de régner après 
les Rois d'Argos. 

Apres avoir été longtems la principale 
Ville de la Morée elle devint une Répu- 
blique j 5c en cette qualité elle eut part à 
toutes les guerres de la Grèce, comme il 
fe lit dans Paufanias , Moreri , 6c Laurem- 
berg. Aujourd'huy ce n'efi: qu'un mifera- 
ble trou qui n'a qu'un petit nombre d'ha- 
bitans 6c elle ne retient de Ton ancien lur 
ftre que Ton feul nom. Or que cette ville 
ait appartenu aux Vénitiens, c'eil ceque 
les hiftoriens ratifient Se que les décrets 
rendent Autentique 6c s'ils neiedifentpas 
tous de la même manière, ils s'accordent 
tous néanmoins en ce point qu'ils l'ont 
poiledée légitimement. Baudrand pré- 
tend que le Duc de Sparte ayant offert de 
la donner à la Puillànce qui voudroit l'ache- 
ter, ilenreceutenfin des grollès femmes 
de la Republique, 

II 



SECONDE PARTIE. 117 

Ilcondc par un décret du Sénat du 16 
Mars de l'an 1333. que nous rapporte- 
rons ci-dellbus, que Pierre fils de Fré- 
déric Cornaro poiredoit en mémenems 
Argos ôc Napoli de Romanie. Verdiz- 
zoa aflure ie même 6c ajoute que Marie 
d' Anguien ou Enguien , a[)pellée par cor- 
ruption du mot, d'Erigano , étant de- 
meurée veuve fans enfans de fon mari 
Pierre, elle retourna Gouverner Argos 
comme en ayant le droit de Seigneurie, 
Mais ne fc trouvant pas en état de s'y main- 
tenir 6C de fe deffendre contre tant d'en- 
nemis envieux de fa Seigneurie , 6c fur 
tout contre Bajazet dont i'ambition étoit 
la plus redoutable elle offrit au fenat de 
lui en faire ceffion. Et cet ade de Marie 
d'Erigano envers la Republique fe fit au 
mois de décembre de l'année 1388 com- 
me nous le failons voir avéré par une co- 
pie titrée fur Toriginal qui cil dans îaBi- 
blioteque d'honorable 6c noble Seigneur 
Gio : Baptifta Cornaro Pifcopia Prove- 
diteur de S. Marc digne decendant de 
Pierre 6c Père de cette illuftre Hélène, 
dont les qualités de Pefpritétoient encore 
plus furprenantes 6c plus dignes d'ad- 
miration que n'étoient les traits de la 
beauté du Corps de T Hélène de la 

Grc- 



u^ DR LA MOREE. 

t Elle cft^î'c^c- Qî:ioiqu'elIe fût j encore dans la 
worte à la fleuT dc foo âge , clle a fait voir à Ton fie- 
defon"nge^ cle en fa perlonne des prodiges de iumie- 
^ 68^^'d ^^' res &: de belles connoiflànces. 
L ^"iie'de En Tannée 14(^3. la Republique fîtfcs 
radoue& plaintes à Mahcnnet II. alors régnant , de 

« été enfc- i i r ■ j • ^ ^^r • 

veiie dans cc que contr€ la foi des traites il le portoïc 
sf ^ïftitfe^ co m m e ] eu r enncm i , d'avoir m is A rgos 
fous la diredion du FlanibularouSanza- 
chei de Corinthe. Ces plaintes ne produi- 
firent rien de bon^ auprez de ce Barbare; 
c'eflpourquoy aprez avoir délibéré fur les 
moiens de tirer railon de cette invadon 
& de rinfradion de la paix , on fe refoluc 
à la guerre. Beitoldo d'Eftc qui comman- 
doit l'armée de la Republique en qualité 
de Capitaine General , étant allé devant 
A rgos avec quinze mille hommes s'en ren- 
dit Maidre dans fort peu de temps. Ceux 
qui defendoient la citadelle furent les 
feuls qui lui firent une refiHience vigou- 
reufe ; mais ils fe rendirent bientôt. Il , 
arriva dépuis, que ce General mourut, I 
6c il fut ainfi {Sicile à DauchPaiîa de met- 
tre en déroute l'armée Vénitienne , la fien- 
ne étant corn po fée de quatre vingt mille 
combattans. Il reprit Argos en paflant 
8c en même tems fit prifonniers foixante 
arbaletiers Candiots qu'il fit mourir dé- 
puis d'une mort cruelle. O- 



SECONDE PARTIE. 119 

Ctypie de P écrit cité cidejjus tirée fur 
l'Origind de lalîe conttnu àms Hi- 
(loire mânnfcrite de Rafaelio Canfini 
grand Chancelier de Venïfc laquelle 
Çert de continuation 4.1a Cronique du 
Doge AndreaDandolo. 

Tk "Y Ohilis Vir Petrus Cornario cjuon- 
j^L ( d<tm Domini Fedcrici , domina- 
«JL tJ batur Terris. y Cafiris , Cr Fortt- 
liciis^ Argos , tT Neapclis y vigore do- 
tis ZJxoris fud egregut Domina Aiaria fi- 
li£ quondkm Egregii Viri Domini Guido- 
ràs de Engir20y cjuô cjuidem F être Corr.ario 
forida at^îîe, abfcjuc liberis defunclo ^ if fa 
loca Wdnifcjîo difcrimini fubiacebant , TJe 
ad mnniis Turc arum ^ feu Gr^icorumperae- 
nirent ^ in cvidens dammim pYdfaclx Do- 
miru /liari^ , ad quam de jurefpeclabcnt, 
Quare Diicalis Exccllentia , 1^88, indi- 
çlione XII. die SMathi 12. decembris y 
ad infiantem [upplicationem ejufdem Domi- 
na y ipfa lûca , C^ Terras emtt ah ea jnre 
proprioy Ducatorum boni Muriy €r jujli 
ponderis ^lungemorum felvendorum Qmni 
anno in perpetnnm ipfi Domina AlariéS, de 
Em^ino , C7" fm haredibus dcfandenti- 

hus. 



ï2o DE LA MOREE 

bus. Ipfupot€(tte(tari^ O^ perte l^esdimit" 
tere fingulis y Cr cjuihus fihi -placuerit de 
pecunia Commmts Feneti^mm Ducatorum 
200. <^un : C^ in ipfn cafa Illuflri/JImus Do- 
minus Duxy C^ Commune Veneti<irum [mt 
ahÇoluti nb ommdebiîo, C^ preflaiione ait- 
cui facienda de pecunia^ velaliarepro di- 
Bis y qu^remaneunt^ ^frnt^ perpetuo^Cr' 
libère , Cr abfolutè prafaBi Domini Ducis , 
C^ Commttms l' cnetiarum, Infuper prdîi- 
batus Domintis Dux C^ Commune f^enetia- 
rum promifn ipfi Domina Maria dare , O* 
foluere omni anno , in vita fua îantum Dh~ 
catos zoo auri de provifjone, ultra fupra- 
fcrip: Duc: 500 auri. Si vero ipfa loca perde- 
rentur , Illuflriffimus Dominus Dux , €r 
Commune Venetiarum non teneaturinaliquo 
haredibus ipfius Domina A4 aria , donec 
îpfe Dominus Dux ^ Cr Commune Venetia- 
rum reacquifiverinty <^ iterum pojfederint 
ipfaloca^ Cr' utrumque eorum. Infuper ipfi 
Domina Maria non potefi imponi per Ex- 
cellentiffimum Dominum Ducem, O^ Do^ 
minum Venet. aliquod gravamen , five onus 
faciendiimpre/}ita , aut alia4 impofitiones y 
occafione iftarum pecuniarum quantitatum : 
Vcrumtamèn remaneat in lihertate Ducalis 
Dominii providendi, difponendo tantampe-- 
cuniam Communis Venetiarum ad officium 

Im 



SECONDE PARTIE, i^i 

Impreptorkrr) , aut alibi , ex cjua haheatur 
de prode fro ndim annmtim fumma feptin^ 
gentorum ducatorum auri , fcrihcndo ipfum 
capitale cum gentilms fuprafcriptis. 

Cdtentm pr^fata Domina Maria de En^ 
gino motn proprio, fpontè y Cr certa animi 
fcientidy confideransfàlutem , O^ confervA- 
tionemperfoncsy O^ fiatus [uipojî diilum con^ 
fi/I-ere in hcnignitats IlUtflrijfimi DhcûUs 
Dominii Venetiarum , k que velut Ftlid 
benigmjfmètratlaîaeft ^ Cr tra^ari digno^ 
fcitur, promifu^ Cr )uYavit abfquè requi- 
fitione alicu'iHS, provido Viro Marco de 
Raphaelis Notario , velm puhlica Fer} ona , 
cr per eorumdem feri fecit puhlicum In- 
flrtmsnîtim 13 88, die ij. Decembris ^ fe 
toto î empare yit^ ft^<^ non accipere mari' 
tum^ fîvè con]ugem , nifi Nohilem Civem 
orinnârinm Fcnstiarum fuh pœna perdendi 
fïàtim ipfo faBo totaliter pretium , Cr pro^ 
vifîonem pradiclam Ducatorum 500 anmi- 
meratim pro vretio di^orum locorum; C^ 
fîiprafcripîos Ducatorum 2OQ auri de pro^ 
vifïone , Cr' fuprafcripta. 200 Ducat os 9 
qaos per tejîamentum legare poteft in cafur 
quo ipfa morerctur abfqae haredwm ah e» 
de^cendentthus, 

Exempltim. 

MtxtorHmnum. ^8. adCartasi^> 

' F 1585: 



îii DE LA MORE E. 

1383. Die 16. Mardi in Rogat is. 
CAPTA. 

Cum loca Nohilis Viri Ser. Pétri Cornet- 
rh ôjuondam Ser. Phtederici, fctttcet u^rgos , 
Cr Neapolfs fuerint y C^ fint nd honorem 
noflriDominUy €r pro omni bono refpeBu ^ 
fYO flato noflro factat , quod ditia loca cori' 
ferventur in manihus dicli Ser. Pétri (^dko- 
norem nofiri D^minii , C?" ficut fcntutir , ad 
éonfervandum di^a loca expedity ut Per- 
fona difli Ser. Pétri VAdat ad diFta locapro' 
pterpericuUi (]uapsffent occurrere, 

Vadit pars ^ qté^d concedatur di^o Ser, 
Petro Cornario y cjuod ipfe cum illo numéro ^ 
Perfonarum y Cr familtiC. <jUdz videbmitur 
Domifiis Confiliariis (^apitihus^ Sapientihu^s 
Ordirtum , vel ma]ori parti diBi Cellegii 
pojfit ire , C^ conduei frpèr Galets Culphi- 
in proximo exituris aâ loca fua précdicia, 
Btiam cjiiia in nuryiero iflarum G aie arum 
Culphiy ^ua armantur , erit una G aléa 
grojja , potel^ à optimè , C^ de nojlra grattât 
iowplaceri. 



DES 



SECONDE PARTIE. ii| 
DES 

CONFINS 

DE L A 

M O R É E 

T Es Confins de cette Péninluîe font 
-*-' comme nous avons dit les mers d'Jo- 
nie, de Sapienza 5c d'Egée : on met ici 
en même tems la defcription des Golfes 
de ces mers. 

LES GOLFES 

D E L A M E R 
D' J O NI E. 

P Ntre les Golfes de la Mer d'Jonie je 

mctsen premier lieu le Golfe de Lepan* 

F a ihe, 



124 DE LA MORE'E. 

thâyqnG les anciens nommoientCr/p?/// que 
Strabon appelle Helcjoniits, d'nutres Co- 
rirîîhiacus Stms ÔC So-phianus GcUc de 
Tedras. lia cent miiles de longueur & va 
du feptentrion aux rivages de i^Achaie, 
6c du midi à ceux de la Morée. 
♦ TegUeua ^^ Golfe appelle '^ de Fatras du nom 
ihft. dalla de la Ville Maricime de la Morée qui eil 
ifuif''^' fituée dans le Duché de Chiarenza étant 
environné en partie de- la terre ferme 6c 
en partie des Iles qui lui font oppoféesde 
front reilénable à un lac fpacieux. En pre- 
nant la longueur au Nord il a quatre vingt 
milles dépuis riile de Sânta Mraira jufqu^ 
Touverture du Golfe de Corinthe. A L'o- 
rient il s^'etend prefque dans une égale lon- 
gueur d'un côte deiaMorce en commen- 
çant dépuis l'ouverture du dit Golfe juf- 
ques au Promontoire dnCadelTornefe. 
Au couchant Sc à roppofîte, on voit à la 
dîllance Tune de l'autre d'un d'etroic de 
fept milles de Mer, les lies de Cepbalonie 
6c de Santa Maura celle-ci de «quinze 6c 
Tautrc de quarante milles de longueur. 
L'extrémité ciePlfle de Cephalonics^ap- 
proche à la diftance feulèitlent de douze 
milles de Mer deriiîedeZanre, &celîe- 
ci efl {ep:irce du uenuer C?>v.dc la.Morée 
par un eipace de vingt cinq milles. 

Le 



SECONDE PARTIE. ïiy 

Le Golfe die de Chiarenz^a du nom de 
Tancienne ville maritime , à fa longueur 
du Cap Chiarenza jufqu'au Caflel Tor- 
nefe. 

Le Golfe d^ji^cadîe que Pcolomée 
appelle Chelonates ou Chelonites S mas ^ 
d'âMtvcsrLocardiaft s étend du C^pTornele 
ju (qu'au Cap Jardan. 

Le Goîfe Zonchïo autrefois appelle Cy- 
parifiHS Sinus , à fon étendue dépuis 1& 
Capjardan jufqu'au Cap dcSapieoza. 



LES GOLFES 
DE LA MER 

D E 

s A P I EN ZA. 

T E Golfe de CorQ7j qui baigne la vilîc 
■*-^ dont il prend fon nom , s'appelle auiE 
de GMamata , du nom de cette place donc 
la fituation n'elt pas loin de fes rivages* 
Pcolomée 6c Pline le nomment Mefema-^ 
CHS Sinus parcequ^il étoit contigu à Pan-»- 
F 3 cienne 



T2(? DE LA MORE'E. 

cienne Province de Meficnie , Strabon 
Mejfeni'm & d'autres Coroneus C^ uift- 
mus Smm\ il cil entre le GapGallp 5c le 
CapdeMatapan. 

Le Golfe de Colochme, ou de Callel 
Hamp^rrti ou àeFlcos que Strabon ôc Pto- 
lonaée appellent Laconicus Sinus baigne de 
feseaux la Laconie, 6c à Ton étendue de- 
puis le CapdêMatapan jufqu'auCap Ma- 
îio : ôc bien qu'on k cosn prenne ordinai- 
rement dans la Mer de Sapienza , Bau- 
drand néanmoins le met de la MvT de 
Candie, 

"i J ( 

LES GOLFES 

DELA MER 
E G E E 

DU COTE' DE LA 

MO R E E. 



E Golfe de Napoli de Romame prend 
fon nom delà ville ainfi ditte, il s^étend 

fore 



SECONDE PARTIE. 127 

fort au long dans la Morée entre les deux 
Gaps S. Angelo 6c Sckiii : on Pappelloic 
autrefois ^rgolicus Smus , parcequ'il bai- 
gne l'ancienne A rgie. 

Le Golfe (PEn^ia ed feparé de celui 
de Lcpanthe par rifthme , il comprend 
un grand nombre d'iiles 6cd'£cueils. On 
la appelle Saronicus Sinus de la Rivière 
Snron^ Ptolomée 6c Pline le nomment 
Salamtniacus de PIfle de Salamis , Strabon 
rappelle, Elenfiniis 6c fi Ton en croit Pin- 
tianus , on TappcUoit encore Hermomcus 
Sims,, en dernier lieu onl'nppelieâ/'£^^- 
na tirant cette dénomination de Tlile ainil 
ditte qui eft vers le milieu du Golfe 5c 
a Ion étendue entre l'Attique au Septen- 
trion 6c la Saccanie au midi de quatre 
vingt milles de circuit félon M» Spon^ bor- 
née par les Caps Colonne Se Sckiii, 



F 4 DES 



iî8 DE LA MORE'E. 

DES ILES 

ET ECU E ILS 

QUI SONT AUX ENVIRONS 

DELA 

M O RÉ E 

ET DE LA MER 

D J O N I E. 

ISLEDE CORFU. 

P Ntre les lies de la Mer d'Jonic , de la. 
•^^ domination de la Republique de Ve- 
niie, l'IfledeOr/^/n'effc une des plus con- 
fiderables. Elle eft vers l'extrémité du 
Golfe de Venife ôc dans la Mer d'J onie. ■ . 
Cettç lile a ea.anciçnnemciit divers 

nom§ 



SECONDE PARTIE, ti^ 

noms y Homère l'appelle Scheria , CXu 
macus Drepano qui fignifîe dans la langue 
Greque faucille. D'autres Pont nommée 
Ejifa y Corintoa & les Poè'ccs Pheacta de 
M acrid e nou rrice d e D enis Ma cria ; P or- 
cacchi Ejjifo , d'aun^es Caffiopea , ^r- 
gos y CermniAy Ôc Denis dans Tes com- 
mentaires C (7 r^'r^ d'autres Cercira , lequel 
nom a été changé enfm par le peuple oxi 
celui de Corfù dont on l'appelle à prefent:. 
Si elle n'eft pas la plus grande lile delà 
Mer Méditerranée, elle lefl: aumoinsde 
la Mer Adriatique : Lxs Geans Pont habi^ 
tée. Si longueur félon Pline efl: de 94.. 
milles 6c félon Volteran de 97 milles d'Ita- 
lie : cependant cette mefure ne repond 
point à ctWc qu*eile a aujourd'hui qu'on 
trouve de beaucoup moindre; peut être 
qu'on avoit compris avec cette lile ccWq 
de P^;i'(7 laquelle a ce queditParutaétoic 
unie a CorFù, dont elle fut feparée àPc- 
fpace de dix millepardes tremblemensdc 
terre, comme il eft arrivé aux lies de S, 
MauradeChipreôcde Sicile. A prefanc 
Plile de Corfù n'a de longueur du cou^ 
chant au Levant que foixante dix milles 
^ 20 de Pargeur du Cap devers le cou- 
chant, 6c de celui du levant 12, aux au- 
tres endroits plus ou moins ; de manière 
F f que 



i^<r- DE LA MORE'E. 

qiicroutioiicirciiiteftde 120 milles. Elle 
eft éloignée au Lcvanc du Cap d'Otran- 
to d'environ do milles de Vcnifeyoo. Au 
Septentrion , par le Promontoire où eft 
1 Ecueil du Serpent , elle confine avec 
ihpircaiadifbnce dY^nviron un mille, 6c 
par i^autre qai regarde au levant de 20. 
milles. Ces deux Promontoires forment 
un fein de Mer qui s'appelle commune- 
mcm kCamUeCorfè. J'ifle eft affifeau 
|i Se 41 degré de latitude Septentrionale 
5c au degré 44 & 45 de longitude en com- 
mancant le : premier degré dans la partie 
la plus occidentale de IHÛq de Fer. Sa fi- 
gure tient comme nous Favons dit de la 
reflemblance d'une faucille. Sa Ville efl 
htuée dans le milieu , Rir un promon- 
teire qui avance en dehors. Cette fi- 
gure a donne lieu àîa fable des Poètes que- 
la DeefieCerés demanda lafaucilled Vul- 
can pour la donner à Titan, 5c que l'ayant 
obtenue elle la cacha dans la partie la plus 
intérieure de Pliîe; maisenfuite cette fau- 
cille ayant été rongée par le fins continuel 
de a Mer elle laifia la figure empreinte 
iurla terre. Ceque rinterpretedePHifto- 
rien iienee rapporte dt encore plus fabu- 
ieux, que Saturne ayant coupé les parties 
génitales de Celo, ou bien Jupiter celles 

ds 



SECONDE PARTIE, ijî 

de Saturne avec la faucille, il les jettaauf- 
fi:ôc dans la Mer , donc il naquic deux 
mont.ignes , fur lefquelles furent fondées 
danslafaittc des tems les deux invincibles 
fortereflès de Corfù: ôc afin que cette ac- 
tion demeurât éternellement dans lame- 
moire des hommes , Viilc prit la figure 
d'une faucille. 

Cette Ifle c(l divifée en quatre parties 
que ceux du pais appellent -^^/^>. La pre- 
mière veri l'Orient e(l nommée Lefchimo 
patMarmora, 6c Leuchino par Porcacchi 
6c par Thucidide Leucimne. La féconde 
du coiQ du couchant eft appellée Laghiro 
oUy^^/V/i. LéiiYOxÇiéva^ Mez^z^e. Laqua- 
triéaie Loi'os ou Oros. Chacune de ces 
parties à fes détroits & lès territoires. On 
y reipire par tout un air très epuréSc très 
\2Àn comme Ton le peut conjcélurer des 
forets d'Orangers & de Cèdres qu'on y 
cultive: 6c les Poètes avoient bien raifon 
de chanter tant de merveilles des Jardins, 
du rioi Alcinousqui demeuroit dans cette 
Ifle. Le terroir ti\ aulTi très fertile, il y a 
abondance de grains de Miel 6c de Cire, 
grande quantité de vin , il s'y fait de Thuile 
d'une bonté finguiiere ; on trouve des 
belles plaines dans la partie Septentrio- 
nale. 

F 6 Dans 



ÏJ2 DE LA MORE'E 

Dans le premier Territoire âcLefcbime, 
où feconfcrvent encore quelques traces de 
Fàncienne 6c Epifcopale ville de Gardichi^ 
à la diftance de deux milles de la Merde 
Garhinoy il y a une fontaine qui la rendu 
fameux 5. laquelle après avoir Fait une pe- 
tite rivière le va jetter dans la Mer : ies 
eaux fervent à faire travailler plufieurs 
moulins.Ce territoire comprend^vmgt cinq 
Bou rgs (l'un nombre de dix mille habitan?^ 
le plus grand de tous appelle Potamos à 
caufe du Canal qui le partage &c qui ell 
habité par des perlonnes civiles 6c commo- 
des ne meritedepailcr que pour un village» 
11 y a unCanal pour les vaificaux qui vont à. 
ja M^r. 

Le Territoire qq Lachira ou ^giruTiXi 
couchant dePifle efl abondant en toute for- 
te de chofes neceflaires , il y a huit mille ha- 
bitons en vingt Villages 6c il y en auroit bien. 
encore davaniage (i les Africains n'etoient 
venus démolir la Ville quictoit bâtie dans. 
unePeninfule, oùeft à prefantunMona- 
ilere d un bon nombre de Religieux qui 
ont conHicré leur Eglife au nom de la S. 
Vierge , Z< s^appelle Palio CaJIrizza. Le 
Château appelle ^ngeb C^firon que TEm- 
pereur Michel Comncne fit bâtir fur le. 
Promontoire FakcYnm fe nomme â prefant 
S,An£c!ç, ~ " Lq 



SECONDE PARTIE. ï^^. 

LetroificnieTcrritorie appelle Mezzo i 
dans lequel ell (îtuée la Ville de Corfii, 
a voit autrefois une plus grande ville. Dans 
l'étendue de foixante mille de poilefîion 
il y a trente chateaiix ou fiefs. feigneuriaux 
& Villages, qui enfcmble avec la capitale 
contiennent vingt cinq mille pciTonnes. 

Le quatrième Territoire appelle Loros 
ou Oros dans l'étendue de quarante cinq . 
milles Se dans vingt cinq lieux contient un 
nombre de huit mille habitans. Cajfiops. 
aujourd'hui Cajfopo viîle très fameufe en 
étoit anciennement la capitale. L/ille n*a. 
point proprement des Rivières j car quoi- 
que du côté de Garbinio il y en ait une 
qu'on appelle Mefongi , qui prend fa four- 
ce dans l'endroit où étoit la fortereiîè ap-. 
pelléc Cardicchi y on doit plutôt lui don- 
ner , aufli bien qu'aux autres qu'on y voitg.. 
le nom de Torrent que de Rivière. 

Les Hidoriens ne conviennent pas fur 
l'originedes peuples de cette îfle, comme 
on le peut voir dans l'Hiiloire de Corfù. 
écrite par Marmora: cependant tous ou 
les plus grand nombre de ces habitans d'aur 
JQUrd'hui font Grecs £c vivent félon Je rie 
de l'blglife Greque. Enftachia 

Un hiftorien remarque que PIfle de^opra 
Corfùi ut autrefois confiderablement puif- ^°'"^'* 
F 7 fante 



1^4 DE LA MOREE. 

fante fur la Mer & que dans le temsde la 
guerre des Perfes 6c des Grecs elle mit 
trente Galères armées en Mer. Les Hifto- 
riens Grecs ne font pas les feuls qui font 
une mention honorable de cette Kle; car 
outre ce qu'en dit Thucidide, en parlant, 
des guerres de la M^rée dans lefquelles 
les Corcyreens prirent part diverfes fois ,. 
on voit enrore dans Tire live que dans Par- 
mée de (T Fui vins Flavus, ils receurcnt 
l\^rdre de garder la côte de la Calabre, éc 
qu'ils allèrent à la pourfaite des Ambaha- 
deursdcGarthage qui dévoient àlafoîli- 
citation d'Annibal , faire une ligue avec 
Philippe Roi de Macedoine:6c ces Ambafla- 
deurs ayant été conduits devant le Capitai- 
ne General , il les envoya à Rome, 

Les peuples de cette Ifle après avoir été 
longtems fous la domination des Roix de 
Naples , ennuyez enfin d'être toujours 
adlijettis aux fréquentes agitations de ce 
royaume ciffrirent de fe ranger fous Pobeif- 
fance de la Republique de Venife. Les 
Corcyreens communiquèrent leur deflèin 
a Gio. Penelafco qui ctoit alors à Corfij 
en qualité de Con(ul des V^enitiens, celuici 
porta Pavis au Sénat : Et parce que le 
Prince de Tarante vouloit faire valoir 
quelques prétentions 5 on députa vers lui 

le 



SECONDE PARTI E. 135» 
le Secrétaire Pietro Compitelli ou Cam- 
pitelli pour lui reprefenter le péril qui 
s'enfuivruit , fi Tifle venoit à tomber encre 
les mains des ennemis , ÔC on trouva inoicn 
avec une bonne (bmme d'argent de con- 
tenter ce Prince, 

Au rapport de Porcacchi, l'Iflefê ren- 
dit vaflaie de la R« publique Pan ip2; 
Quoique Gio : M'ani Gîpiian du Golfe 
n'en prit la poileflion des mains de Riccar- 
do AltavilU &C de Gio. AlelTio Cavaîila 
que le 9 Juin 1327. Cependant Marmo- 
ra aiTure que cette prife de polît ffion fc 
fit le 20 ou mois de mai de Fan 1^86. 6c 
cet hiftorien nous afiure qu'il la tiré des 
écritures authentique:^ qui l'ont dans les ar- 
chives. Toute cette affaire fût ménagée 6c 
conduite par un Religieux Conventuel 
de l'ordre de S. François appelle Padre 
MaellroGiulioVanello, homme capable 
êc fort eftimé. il fit fi bien qu'il afîembla 
les principaux dans l'Eglifc de l'on con- 
vent qu'on appelioit alors de S. Angeloj 
gcfit remettre entre les mains du Capitan 
Miîii'ii les clefs des portes de la Ville avec 
une cefiion de l'autorité i^ur la Ville. Les 
Rcprefantans de la Republique viennent 
chaque année 6c à pareil jour dans cette 
EgUfe, accomp3gne2 du Corps des offi- 
ciers j 



13^ DE LA M OREE. 

ciers, devant Icfquels le Proto Papa re* 
nouvcjé la mémoire de cette nftion. Je 
dois ajouter , que le Prince a ailigné à cet- 
te Eglife, pour marque de fa reconnoif- 
fance envers l'ordre feraphique deux du- 
cats par an don le payement cfl pris furlri. 
chambre Fifcale de Corfù. 

Les Vénitiens ont podedé cette Me de 
cette manière, jufques à Tan 1401. en 
quel tems Ladiflas Roi de Naples Fils de 
Charles par le moien d'un debourfemcnt^ 
de trente mille ducats la céda libre à la 
Republique. 

Elle s'eil toujours maintenue (bus le 
Gouvernement des Vénitiens , qui l'ont 
gardée & défendue , comme leur étant 
fore neceflaire pour conferver l'empire 
delà Mer. Car elle a de bons ports 6c l'ar- 
mée Cï peut refaire avec beaucoup de 
commodités outre^ qu elle ed dans une 
iltuation commode pour la deffenfe des 
autres liles Se Etats du Levant 6cl peut 
empêcher l'entrée du Golfe à une armée 
ennemie qui n'oferoit ians doute paHèr 
plus avant 6c laiiTcr derrière une armée 
qui pourroit le combattre dans un porte 
très avantageux. Ccd donc avec raifon 
qu'on l'appelle la porte du Golfe, 6c le 
icmpart de l'Italie contre les Barbares. 

Dans 



SECONDE PARTIE. 137 
Dans ces derniers tems, que les forces 
des Ottomans fe font de beaucoup aug" 
mentécs , la Republique a fait dans cette 
lilcy pour îe bien commun de la Chré- 
tienté, des depenfes extraordinaires en 
batimcns 6c en fortifications pour rendre 
la FortereOe imprenable. Auffiy a-t-on 
reuflî. Sur le milieu du Cercle de i'iiîc 
s*eîeve en dehors un ecueil de roche vive 
flir lequel eft bâtie la vielle Forterc(îc en" 
vironnée de Mer de toutes parts , excepté 
à fa face du côte de terre , où elle eil: flan- 
quée de deux Bouîevarts avec leur Cour- 
tine 6c un bonfode qui va d*un côte de 
McràTautre. Au deilbus de laForterefiè 
cd fituce la Ville, à laquelle eil attachée 
la Fortereflè nouvelle , élevée fur le mont 
de S. Marc avec des depenles infinies pour 
fiiirc front 6c pour commander le Mont 
d'Abram qui cil vis à vis ^ qu^onadebeaa- 
coupjapplani depuis quelque tems. 

I.a Ville a la gloire d'avoir donné nnif^ 
fance à Ence, & elle a aujourd'huy le ti- 
tre dWrcheveché. La République y en- 
voyé fix Nobles pour y prcfiuer au Gou- 
vxrnement, qui demeurent ;dcux ans ea 
office. Le premier a le titre de Baile, le. 
fécond de Provediteur, le troifiéme de, 
Capitan6c celui ci avec le quatrième font 

Con-" 



Ï3 8 DE LA MORE'E. 

Confclîiers. Un demeure dans la citadelle 
de la- vielle Forterefiè , Tautre dans la 
Ville, le cinquième qui eft le grand Ca- 
pitan a la nouvelle Forterefiè pour Ton de- 
parremenr & logement, & le fixiémeeft 
Chaftciain du Fort appelle delU Campam, 
dans la vielle viilç. 

L'an 1537. Barbcrouffe vint feprefen- 
ter devant PJfle ddU Cawpatia avec une 
armée de vingt cinq mille Turcs qu'il 
Gommandoit par ordre de Soliman. Les 
Turcs etoient munis de trente pièces de 
Ganon. Hsdevei-ent quatre cavaliers &. 
y dreHcrent des batcnes; maisàcaufede 
la grande diftance, les boulets ne purent 
point faire brèche â la muraille. Cepen- 
dant l'artillerie de la grande Fort ereflefai- 
foitde terribles ravages dans Tarmce & 
fur la floue des Turcs , cinq deîeuro Ga- 
lères coulèrent à fonds 6c celle de Barbe- 
roufîe ne fut pas hors de Tatteintedesca» 
nonades. Durant ce fiege la Republique 
dépêcha un Ambafladeur extraordinaire 
a Rome , pour rcprefenter au Pape 
& par le Pape à l'Empereur, quels mal- 
heurs attireroit la perte de Corfù au.^ 
Royaume de Naples à la Fouille à la Si- 
aie & a toute ritalie 3 ôcqu^ainfiil fiten- 
iorte, que l'Empereur envoyât cinquan- 
te 



SECONDE PARTIE. 139 

te Galcres avec cinquante Navires corn- 
me il en avoic donné autant autrefois con- 
tre les Turcs, pour joindre 'dUK cent Ga- 
lères, aux Gai races , aux trois Galions 
ôc au bon nombre a'autres vaiiieaux que 
la Republique avoit en Mer. 

Le Pape s'appliqua d'abord à cette af- 
faire pour Procurer un û grand bien à la 
Chrétienté ; mais les foins turent lans fuc- 
cez: Ainfi la Republique fit feule fes ef- 
forts, pour s'oppoferaux Ottomans ôcles 
reduifit à lever honteufementlefiege. J^ar 
ce moien Timportante place de Corlù Te 
trouva délivrée. 

L E S 

PETITES ISLES 

Ou Ecueils aux environs 
D E 

LISLEdeCORFU. 

FA N A R I ou bien Ottoms eft une 
petite Ille au couchant de PIÛc de 
^ Cor- 



140 DE LA MORE'E. 

Corfu à laquelle elle cd foumife, à la dr 
fiance de quinze mille du Cap Agirk de 
la même Ifle, 8c de celui de Santa Maria 
ou bien d'Ottrante de 50. Elle a huit mil- 
les de circonférence, Tes habitans font au 
nombre de deux cens, Ton terroir eft fer. 
tile. 

LA SERPA eftun ecueiî dans un 
^ttïQM vers Cafopo encre CorFù^ & 
rEpire. C^eft un rocher qui s^elcve au- 
deflus des eaux ôc au pié font dVutres 
ecueils couverts très dangereux à ceux oui 
font voile par là. ^ 

SANT VIDO, ou félon les An- 
ciens la petite Ifle de Pitia efl un ecucil 
en face de îa Ville de Corfu dont elle n'eit 
éloignée que d\in mille 6c demi : elleefl: 
toute remplie d'Oliviers. 
CONDILONISI e/l un ecueil 
tSlîl ^" ^^"^^^^"^ * àc 1 7fle de Corfù , de roche 
OHcji Nor-vivQ, iiir laquelle naiObient autrefois des 
"''fi' Canes , qui fervoienc de plumes à ecri- 
re. 11 y a là une Eglife. confacrée à la S. 
Vierge. 

SANT DEMETRIO eft une 
petite Ifle dans laquelle il y a une Ladre- 
ne, dont le bâtiment à toutes les com- 
modités , c'efl: pour l'ufagc de ceux de 
Gorfu.encasde neceffité. On voie auprez 

de 



SECONDE PARTIE. 141 

de cette petite Ifle une roche blanche éle- 
vant fa pointe au clefius des eaux de la Mer 
6c qui reilcmble de loin à un navire quia 
les voiles déployées. Aufli cette figure 
donna- t-cllclieu aux Payensde dire , que 
cette roche s'etoit formée du navire 
d'*iJii{le qui fut fubincrgé en cet endroit 
ôc dépuis changé par les Dieux en un 
ecueil. 

P A X O ed une petite ïde qui n'eft 
pas inférieure aux autres qui font aux en- 
virons de Corfù foit pour la fertilité 6c Ta- 
bondance des chofes neceilaires à la vie, 
foit pour' pour le nombre âc fes' habitans. 
Bourdon l'appelle Pacfu^ Porcacchi Pa^ 
chifo , Pline Erivufa 6<: d'autres Paxu Aia- 
j>r, Cette me eft fituéc au ^ midide Cor- J/,';/ 2^ 
fu à la di fiance de cent mille du Cap S. midù 
ifidore dans Cefalonie 6c douze milles de 
TEpire. Porcacchi la croit de dix mille de 
circuit, 8c d'autres lui en donnent vingt 
cinq. Du coté du Vent iVîaëftral , elle a 
le port S. Nicolas où peut entrer un na- 
vire de quelque grandeur qu'il puiilè être; 
à rentrée il y a un un ecueil. Duponent 
* à Gaibin e(l la vallée S. André qui e(l * /<« 
commode pour les ealeres ; L'autre vaiee 
au Siroc s'appelle Vromo Limione, Du 
côte de l'Oilro Siroc eft i'ifle appellée Jn- 

ù- 



doikfi. 



i^z DE LA MORE'E. 

tipaxti allez ferr.'e mais dcrertée : ceux de 
Paxu y vont f:ure la récolte. Entre ces 
deux petites Ifles oppofécs 'il y a un fonds 
extraordinaire. Dans le canal qui tfl entre 
ces lies & la terre fern e, il y a Uiiccueil 
epouventablc prelque a fleur d'eau ceux 
milles loin de Paxo-, 11 y a dès gens qui fe 
perfuadent que Paxo ttoit autretbisunieà 
Corfii , 6c qu'elles ont été feparées par 
Peffort des Vagues de la Mer. 



LES ILES 

CURZOLAIRES. 

LEs Cur\oiaires^qucStr^hoY\ 6c Pline ap- 
pellent autrement Echitiades 6c Etien^ 
ne Echinœ font cinq Ifles de la Merdjo- 
nie dans le Golfe de P.;tras, dont les plus 
grandes font Same 6c DuUchio. Celles-ci 
qui ne font quà un mille loin du continent 
regardent Lepanthe au levant à la di- 
ftance de trente cinq milles :au couchant 
à la diftance de quarante cinq milles elles 
regardent Tlile de Santa Maura, ôc en 
plus droite ligne le Canal Guifcardo , dont 

elle 



SECONDE PARTIE. 143 

elle eft fcparée par un efpace de foixatite 
milles. Au Nord elles fuivent la terre fer- 
me 6c au midi elles font vis a vis du Canal 
deZanteàladiftancede quatre vingt mil- 
les. Leur peu d'étendue les auroit (ans 
doute laide demeurer dans Toubli 8c fans 
confideration , n'écoit que la glorieule ex- 
pédition de l'année 1 571. les a rendues fa- 
meufes. 

Les Anciens ont penfé que ces Ilesavo- 
lent été formées ôc tiré leur origine du fa- 
ble 6c du limon qu'attirent en cet endroit. 
Les flots impétueux du Fleuve Achelous. 
Les Auteurs des fables difentque ce furent' 
trois belles Nimphes , lefquelles faifanc 
dcsfacrifîcesàtous les Dieux s^'abftinrcnt 
défaire le même honneur au Dieu Ache- 
I0US&: qu'au contraire elles tournèrent en 
ridicule fi divinité 6c la couvrirent de mé- 
pris 6c de plufieurs injures piquantes ôc 
groffieres. C'eil pourquoi le Dieu , ; pour 
tirer fur ces Nimphes une vengeance pro- 
portionnée à la grandeur de Ton reflénti- 
menr, les précipita dans la Mer , d'oij 
enfin elles (ortirent transformées en Ifles. 

On lit dans Homère que du tems de 
TEmpire des Troyens Me^zetes ponédoit 
ces lilcs avec les autres qui lont aux en- 
virons. 

L'ISLE 



144 DE LA MORE'E. 

LIS LE 

D E 

LEFCADE 

ou DE 

SANTA-MAURA. 



T "Me que nous appelions aujourd'hui 
•*-' Ltfcade ou de Santa Maura. Ptoîo- 
mée l'appelle Leucus^ Strabon, Pline 6c 
y{é^ Leucadia, Elle eft dans la Merd'Jo- 
nieàla diftancede neuf milles de Cefalo- 
jiie 6(! vingt cinq des lies Curzolaires. Elle 
étoi^iin cems unie à PAcnaie, mais elle en 
fut diviiee par ceux du païs qui en firent 
unelfle, quoiqu'elle ne demeura pas long 
teins ainfi fepàrée; car par Tin jpetuofité 
des vents l'intervalle de la divifionfe trouva 
bientôt rempli de fable qui formant une 
efpece d'Iilhme par lequel elle fe reunillbir, 

elle 



SECONDE PARTIE. 145 
clic fat appelléc une Peninfulc, Cet Ifth- 
me ayant été ruiné on y a fuppléé par un 
pont de bois continué fur les petites Ifles 
qui font réparées par des petits cânaus* Cec 
Ifle a bien 70 milles de circuit, il y a en 
abondance des grains, du vin, des huiles, 
du tabac 6c de toute forte de fruits. Outre 
Santa Maura à laquelle elle eft unie, elle 
contient trente villages dont les principaux 
{ont Trini y u4polpenay Sfarchiotes^CarU^ 
Az.z.amy Vurnica ^ Scuiro y Soin Pietro, 
Englovi^ Draganoy Englimento: 8càme- 
fure qu'ils ont été abandonnez des Turcs 
fugitifsjils ont été repeuplez 6c fe repeuplent 
tous les jours des Grecs de terre ferme. II 
yaplufieurs ports qu'on appelle Demata^ 
Santa Maura ^ Scivoto y Englimcnoy Val- 
lomà\ /^^//?^^i dont les deux premiers font 
les plus conliderables. Outre cela cette 
Ifle a une plage naturelle qui fert de retrai- 
ce aux Galères 6c aux Galeaflés des Véni- 
tiens dans les guerres qu'ils ont à prefant 
contre la porte Ottomanne. H fort auHi 
\ de fon continent trois Promontoires l'un 
qui s'appelle ^'^«^«/ci, 6c les autres deux 
le Cap Englimeno 6c le Cap Ducat 0. Aux 
environs font les Ecueils de ^S". Ntcolo de 
! Sparti^ du Scorpion , de Figlia, de Ma- 
gmfci k ds Sejjola dans lequel on trouva 
G une 



ur> DE LA MOREE 

une grande quantité de rats, auffi rap- 
pel le -t- on encore recueil des rats, Scogliê 
de S or ci > 



h h VILLE 

E T 

FORTERESSE 

D E 

SANTA-MAURA. 



T A cite Se Fortereflc de Sama Maurs 
'*-'cfl environnée des eaux de la Mer 
d'Jonie 5 Se fe trouve fituée entre l'Iiîc 
Lefcade 6c la Terre ferme , s'uniflant à 
celle ci par le moien de plufîeurs petites 
Mes qui fe communiquent l'une d l'autre 
par des Ponts, 6c par Ton Pont propre 6c 
par un fomptueux Aqueduc de picrrc'long 
d'environ un mille , Ibutenu de trois cens 
Soixante Arcades. A l'orient eUe a une 

lan- 




Sois 



H D 



A c 



SECONDE PARTIE. 147 

langue de fable , qui s*etendant à unejufte 
longueur, forme le Port de Damata. Ses 
Murs font élevez en figure Eptagone irre- 
guliere avec des furangles 6c flanqués de 
cinq grofles tours. * • santi' 

Elle a foutenu diverfes guerres pour fa YoinTefîe- 
deffenfe 6^ quoiqu'elle cil oppoié à fes w/* de 19. 
ennemis une refiftence vigoureufe , elle pi„ru4* 
n'a pas îaifle de pafièr tantôt fous la Tyran- 
nie des Turcs, tantôt fous la domination 
des Vénitiens. En l'an 1479. elle fut at- 
taquée par l'armée des Turcs, & en mê- 
me tcms enlevée des mains de certains 
Princes Grecs qui la pofledoient. 

En l'an 1 502. Tarmée Vénitienne Ibus 
le commandement du Capitaine General 
Pefîiroqui n^'entreprenoit aucune expédi- 
tion fans en remporter de la gloire, ayand 
r^folu la conquête de Santa Maura les Vé- 
nitiens s'y conduifirent fi bien Sc avec tant 
de valeur qu'ils en chafierent les Turcs 6C 
mirent en place du croiflànt Ottoman TE- 
tendard du Lion de S. Marc de Venife. 
Cette conquête fut la fin de cette guerre, 
on cefla tous aéles d'hoililité 6c par les ar- 
ticles de paix on remit la place à Bajaxet. ^ * Les p/r*: 
Depuis elle fut habitée par des gensfifa-^S^fJ^*;^^ 
rouchesSc fi mal voulus qu'après s'être at- ^^« ^^^ /"•«•. 
tirczlahainede toute la Chrétienté, toutT^n. 
G 2 le GaUotttt, ; 



143 DE LA MORFE 

le monde généralement en fouhaittoit la 
fur Mer '& ruine entière. Le General Morofini ^ ace- 
«ct'fS"f complit fort heureufcment les vœux uni- 
famcufes vcrlels , Car il reduifit ceux qui la deffen- 
«Ir/a" doient à demander une capitulation , ils 
* i^«î3- fortirent emportant tout ce qu'ails pouvo- 
l'TnnZ * ient charger fur leur dos. Depuis que les 
1684. Vénitiens en font les Maitres ils en ont fait 
une place encore beaucoup plus importan- 
te qu'elle ne Pctoit auparavant j car outre 
de grandes réparations qu'ils y ont faittes., 
ils ont augmenté de beaucoup les fortifica- 
tions. 



L'I S L E 

D E 

GEFALONIE. 

T 'We de la Mer d'Jonie qui s'appelle à 
■"^prefantde Cefaloniey fut un tems ap- 
pellée Caffo OM Chiejfali , les Grecs lui at- 
tribu:int ce nom, pour exprimer qu'elle 
étoit le chef des autres Ifles qui font dans 
lair.êoîemer. Et à caufe qu'elle avoit au- 
trefois 



SECONDE PARTIE. 149 

trefois quatre Villes on l'a nomma encore 
Tetrafolis, 

Nonobftant tous ces noms difFerans que 
nous avons marquez, les Auteurs n*'onc 
pas laiflë de lui en donner d'autres , Pli- 
ne la nomme Mdena , Porcacchi 6c 
d'autres Samo ou Same , quelques uns Du- 
lichio 6c Tilebi, Elle ell: fituée entre le ;^7 
6c 38 degré de latitude Septentrionale 6c 
46 de longitude , commençant toujours 
dans la partie la plus Gccidentale de l'iilo 
de Fer. Selon Porcacchi elle a 160 milles 
de circuit; maison fait au vrai que fa cir- 
conférence eft de 170 milles. Eliceftae 
figure triangulaire 6c fon angle le plus 
avancé au Septentrion eft le Cap Gmfcardo 
autrement appelle Capo Capra. A TOricnc 
elle regarde vers Chiarença dans la Morée 
& au Nord Tille de Corf ii. D'un côté avec 
la pointe Schinori de Tlile de Zante, qui 
eftàladiftancedc 18 milles, elle forme le 
Canal appelle proprement le Canal de 
Zante, fujet à de fréquentes Sctresdange- 
reufesbourrafques: 6c de l'autre, enpre- 
nant du Cap Guifcardo jufques au Val 
d'Alexandrie , elle fait avec Tifie de Teac- 
chi le Canal appelle Guifcardo , qui à trois 
milles de largueur dans l'endroit le plus 
étroit* Elle a plufieurs abris oùlesGale- 
G 3 rcs 



ïS© DE LA MORE^E. 

respSLwent fc tenir aifement, quoiqu'il y 
en eut un bon nombre ôc quelles portafîènc 
une grande armée ; car te Fat d^Aleffan . 
dri^^ le Porc jigOjloli qui eft très considé- 
rable 6c dont nous parlerons à part , le Fal 
de GHtfcardo 5c le P^ài d^j4Jfo , peuvent 
chacun recevoir quatre Galères, £c ont, 
comme le Canal tout entier, un fond de 
bonne tenue. 

Toute nile ert: divifée en fept parties . 
principales qui font -^r^^/(?/i, Ltfcnriy Fi- 
fiea. Erijfo, Pillaro^ Santo y Luceto^d^ns 
lefquelles il y a plulleurs gros bourgs qui 
prenant leur nom des principales familles 
de leurs habitans ôc le plus petit de ces 
bourgs ed de cinquante maifons : Les gens 
y nailîènt tous tort courageux 5c d'un 
génie fort élevé. 

Audeffousde Tlfle de Cefalonieeft en- 
core celle de Teacchi dont nous parlerons 
à part, elle Fournit quantité de raifins de 
cabas dont les Anglois viennent chaque 
année faire leur cargaifon qui e(t d un rev^c- 
nu conQderable à la Republique, il y vient 
des Citrons d'une extraordinaire groiîeur. 
Le froment qu'on y feme à chique prin- 
tems, s'y moiifonneau mois de juin. Les 
Vignes n'y font pas for élevées hors de 
terre. On y recueille les fruits en Avril ôc 

en 



SECONDE PARTIE, iji 

en Novembre mais ceux de ce dernier mois 
font plus petits que ceux d'Avril. Il vienc 
aufîi quantité de belles fleurs des Narcife 
■6c des Kyacintes ^ôc il eft ordinaire d'y voir 
des rofes 6c des œillets durant tout l'hiver. 

Lorfque le Vent d'Oftro y foufle en 
tems d'été il cauié d'cxceflives chaleurs; 
mais elles font fou vent tempérées par le 
VentMaëilral. 

L% République y tient pour Gouver* 
neur un Nobie Vénitien en qualité de Pro- 
vcditeur 6c deux autres Nobles comaiê- 
Conrelllets , qui retirent les derniers pu^ 
blicsàl'airernative chacun un mois, fous 
•la dépendance pourtant du Provediteun 
Leur charge dure deux ans. La ville eftîe 
Siège d'un Eveque 6c l'Eglifeed une An- 
nexe de celle de Zante. Dans le douzième 
(îecle elle fut érigée en Eveché par le Mar- 
quis Rizzardo de Tochis Prince d'Achaïe 
éc de ces Ilîes , qui donna à l'Eveque la dix^ 
me fur quantité de poileffions tant de k - 
Cefaionie que de Zante, 6c aux Chanoi- 
nes, pour leurs entrées, la dixme fur un 
-grand nombrede champs de Cefaionie. 

Strabon rapporte que de fon tems Caius 

Antonius oncle de Marc Antoine ayanc 

été exilé de Rome après fon Confuiat^ 

qu'il avoir adminillré en compagnie de Ci- 

G 4 ceroii 



î5'2 r>E LA M OREE. 

ceron Ton Collègue, il(e tenoic dansTIfle 
de Cefalonieéc agiilant comme s'il en eut 
été lefouverain, il y jetta les fondemens 
d'une ville où il failoic farefidence. Mais 
il n'eut pas le tems de pourfuivre ce dcC^ 
fein pour le porter à fa fin; parce qu'il fut 
rappelle de Ton exil 6c dépuis ii;donnares 
foins à des chofes plus importantes. 

On lit dans Tite live , que le Conful 

Marcus Fulvius, ayant fournis les Eto- 

liens, tourna fes armes contre Tlfle de 

Cefalonie; 6c qu'étant arrivé allez proche , 

11 ueputa aux iiiiuxmico j^s^c.x »v>i. j^^ »wv* 

droient fe rendre volontairement ou é- 

prouver le fort des armes en fedefFendant. 

Ils furent tous d'avis de fe foumettre ex- 

jcepté ceux de Samo lesquels foutinrenc 

valcureufement quatre mois de fiege. A 

kfin les Romains demeurèrent viélorieux 

6c y laiflerent d'^efFroyables marques de 

leur colère contre les Samiens; car après 

t r.r^-z. avoir pillé 6c ficcagé leur Ville ilslesven- 

x.o!ti /^^'^* dirent tous à Tancan. 

X'-^'^\ En l'an 1224. cette Me fut donnée f 

Etendre ^ la République de Venife par unaélede 

Mot tf. dans * r^o iii i /i 

tinpaii pure generoLitc ce de la bonne volonté de 
^'^2//'^'*Gajus, qui en etoit le Gouverneur 6cSei- 
éin'du fut gneur. 

^,;7;f Enl'ani47p. Il vint de la Mer de Gai- 

lipo- 



SECONDE PARTIE. 153 

lipoli dans la Mer d'Jonie une grande ar- 
mée Ottomane qui envahit Ceflilonie ^ ^^^^^, 
poiîedée alors par un petit Prince * entre n*p». 
les mains duquel elle etoit écheuë. 

L'année 1499. La Flotte d'Efpagne 
s'etant jointe par ordre du Roi Ferdinand 
avec r Armée Vénitienne, celle la fous la 
conduite de Confalvo Vaillant Capitaine, 
& l'autre commandée par le Capitaine 
General Pifimi , elles vinrent mouiller 
lancre audevant de Cefalonie dans le dcC- 
fein de réduire la ville qui etoit alors dé- 
fendue par fbixante Turcs. Ils commen- 
cèrent d'abort par élever un terrain fort 
haut auquel les afliegez enoppoferentun 
autre au dedans ; mais les Chrétiens fe tin- 
rent fur le leur avec un fi grand avanta • 
gefur celui des Turcs, qu'ils les contrai- 
gnirent à fe retirer 6c en même temsles 
nôtres s^avancerent pour occuper le pofte 
qu'ils abandonnoienr. Il n'y eut pas même 
jufqu'aux deux Généraux Pefaro 6cCon- 
falvo qui n'y aîlafîènt 6c ne fi cruflent afîli- 
rez. Cependant le Canon battoir conti- 
nuellement les murailles, mais avec peu 
d^efFet ce qui faifbit la difficulté du fiege. 
Mais le Capitaine des vaiiTeaux Vénitiens 
8c un Efpagnol d'une égale intrépidité 
fuivis d'un bon nombre de Soldats couru- 
G 5 rcnc 



r5'4 DE LA MORE E. 
rent les premiers planter les échelles &t 
efcaladerenc avec tant d'hardieiTc 6c de 
promptitude qu'ils arborèrent l'étendard 
de la Republique. En même tems ils fu- 
rent fui vis d'un grand nombre de Soldats. 
qui montèrent aprez eux : 6c les Turcs ne 
fe croyans plus en état de redfler à tant 
de gens, ne fongerent qu'à la fuitte, ils. 
furent pourfuivis 6c tous pafies au fil de . 
PEpée. De cette forte toute Tlile fut fou- 
mife 6c le Fort delU Rocta qui tenoit en- 
core bon ne tarda que jurqu'au lendemain 
â.fe rendir. Auiîicôc après cette redu- 
âion, le General Pefarolans perdre tems 
mit une bonne garni fon dans la Ville 6c. 
dans la Fortereflè. Il nomma pour Gou- . 
verneur de la Ville Luigi Salomon , Gio- ^ 
vianni V'eniero de la Fortef eile 6c Fran- 
cefco Leone de toute VMk. 

il envoya auffi un grand vaifleau à 
fnnco pour y prendre quelque nombre de 
cette grande quantité àc gens qui s'y 
ctoient retirez pour les tranfporterdans 
cette hlç afin qu'il puïTcnt la repeupler 6c 
en cultiver le terroir. Il vint d''au très gens 
d'ailleurs y demeurer de leur pure volon- 
té, 6c de cette (orte le changement qui iè 
fit dans cette ïile d'un Gouvernement 
dur. & tirannique i un autre qui dï doux. 



ÏOÎlTEïLïLSSll BV 




SECONDE partie: Tfs 

U très équitable fut encore fuivi de Ta- 
ïïielioration du pais 8c de la culture de 
fes campagnes» 

L M 

FORTERESSE 

D A S S O. 

T^ 'Importante Fona'eïï'e d^^fo ou jVaf a 
•^ cd dans l'Ille de Cefalonie: elle fuC 
bâtie par les Vénitiens Pau 15:95 pour la 
defFenfe des habitans qui en un tems de 
guerre n^auroient pas pu tous entrer dans 
la Ville de Cefalonie. Elle a fa fiiuation 
fur un roc qui porte fa pointe extrême- 
ment haut tout efcarpé ôc environné de 
Mer, de t'elîe forte qu'à pcimeH il ac- 
cefliblepar des petits (entiers. Ses Fortifi- 
cations ont ctc faittes félon fafituationqui 
eft toute inégale, ainfielle efl: bâtie fort 
irreguIierenicilL, Elle a une longue de 
terre de la longeur d^'environ vingt pas 
parlaqucîle elle efl: jointe à rifie& qui fait 
le chemin de îa Fortereflè. Il fût autre-^- 
fois f ropofé de creufer dans ["endroit lé 
G- 6 plus- 



ï5^ DE LA xMOREE. 

plus reflèrré oc d'y faire un bon foffé. 

Elle eft comporte au dedans de foixan- 
te maifons du Public 6c de deux cens au- 
tres qui appartiennent à des particuliers 
qui les habitent. 

11 y a au pié un petit porc qui pourroic 
donner abri à trois galères j mais il depe- , 
rit tous les jours, àcaufequelorfqu^il fur- 
vient des orages 6c des grandes pluyes, il 
defcend de la montagne des torrens qui 
Templiflènt de cailloux Se de Sable fans 
qu'on y puiflè apporter aucun remède. 

La Republique y envoyé pour Gou- 
verner un Patrice avec le titre de Prove- 
diteur dont la charge dure trente deux 
mois. On y envoya pour la première fois 
cnTan i5p5. Se le 25 de Juin. 

ARGOSSTOLI. 

T Lne faut pas pafîer le Porc d'^rgoffoll 
•*• fansen dire quelque chofe, puifqu'ileft 
de quelque importance à la Republique. 
Il a pris fon nom des Navires d'Argos 6c 
des Argonautes qui y vinrent prendre ter- 
re. Il a trente milles de circuit & il peut 
contenir larmée la plus nombreufe. Les 
Galères de Venife& les Provediteurs Gè- 
ne- 



SECONDE PARTIE. ly^ 

neraux y font efcalle ordinarement , lors 
qu'ils le trouvent dans ces quartiers pour 
quelque expédition. 11 n'y a point deFor- 
terellè, c'eft pourquoi l'entrée en eft li- 
bre à quelque vaifleau qui y aborde. Il a été 
propofé d'y bâtir un Fort pour le garder 
ôc qui domineroit le port 6c fon entrée: 
ôc fi jamais on exécute ce deHein, le Fort 
fera dans une fituation très avantageufè fur 
leRocefcarpéquieftlà. On y voit encore 
dans le lieu le plus reculé des veftiges defran- 
cienne villede Cra?7e,quï fut appellcedepuis 
Cranea^ oùfetenoientlesCorinthiens. Là 
auprez 6c vers la Marine efl refpacequ'on 
appelle aujourd'huy ilCutego où Ton remar» 
que les fondemens des grandes caves qu'on 
croit quifervoientd'Arfenalau portd'Ar- 
goiloli. 

LM S L E 

D E 

T E A C C H L 

Ç^ Ette Me a prefque autant de Noms 
^^ qu'il y a d'Auteurs difFerans qui en 
ont fait la defcription. Strabon 6c Pline la 
nomment ItHca , Poreaccbi 8c Denis 
G 7 TAfri. 



15'S DE LA MORE'E. 

l'Africain NerïcUy Niger /^^/ di conifn- 
gno & Sophianus Val di Compare : les 
Grecs d'aprefanc la nomment Thiachly 
les Turcs Phmchi ôc communément on 
rappelle la petite Cefalonie Cefalonia Fier 
ciola. 

Elle regarde la Cefalonie de laquelle 
clic efl feparée par i'efpace du Guifcardo- 
qui ell un canal de grand fonds de la lon- 
gueur de vingt milles, large de cinq 6c 
de trois dans l'endroit le plusreflerré. Sa 
figure eftirregaliere plus longue queTar- 
ge, Ion continent qui ç& dé quarante 
milles de circuit a plufîeurs ouvertures ÔC 
cnfoncemens. Il y a plufieurs ports qui 
font d'une grande commodité pour pren- 
dre du bois pour le chaufage , mais de 
tous ces poris celui de Fmhi eft de k 
meilleure tenue, d'un abri afiu ré d'un 
grand fonds £c qui- peut recevoir un plus 
grand nombre de vaifleaux. Les autres 
qui ne s'ont de guère inférieurs à celui-ci, 
iont les deux dont l'un s'ap^jclle Gidachi 6£ 
l'autre Sarachinicco, Je ne fais pas un plus 
long détail des autres, parce qu^ils font: de 
îî peu de commodité & de il mauvais 
mouillage, que ce n'eft pas la peine d en par- 



ler. 



On a-cru que ccttsMe fut- le lieu die 



SECONDE. PARTIE ijp 

sxtraite 6c d'habitation de la chafte Péné- 
lope 8c la patrie d'Ulilîe: en vertu de cette 
tradition, les Cefaliens ont de la vénéra- 
tion pour certains vefliges qu'on y voir, 
Se qu'ils croyent être des marques de l'ha- 
bitation de ces deux illuttrcs Epoux. Elle 
avoit autrefois une ville que Pîutarque ap- 
pelle ^/^^/^owf;;^ ; il nya à prcfent que 
quelques villages dont les principaux, font 
Faîht , Arrnoi , Oxoi. Les habitans font 
au nombre de quinze mille [dont une bon- 
ne partie font des gens qui font fortis, par 
banniflemcnt ou autrement, deslilesde 
Zante , de Corfù 5c de Ccfalonic. 

I.cs Citadins de Cefalonie elilent cha- 
que année un fujet auquel ils donnent le 
titre de Capitan de Teacchi : mais il ne 
peut entrer en charge fans le confente- 
ment des Re6teurs qui font obligez defc 
tranfporter là chaque année uiie fois pour 
la vifite qui fe fait au mois de Mars juf* 
qu'au quel terme ils font en office : 5c Tau- 
thorité de ce Minithe ne s'étend qu'à 
connoître des caufes 6c à décider fur des 
differans qui peuvent furvenir. 

André Morolmi fils de Pierre qui fut 
Provediteur de Cefalonie en 1622. afiure 
que cette IHe fût enlevée par les confede- 
rez de Michel fils de P Empereur Paleolo-- 

gue 



1^0 DE LA MORE'E. 

guedes mains de cet Empereur après qu'il 
Tavoic prife lui même fur Charles Tocco 
Napolitain de Nation. Celui-ci étoit porté 
de (î bonne volonté envers la Republi- 
que quM renvoyoit aux Vénitiens com- 
me à Tes juges fupremes rappellation de 
toutes les caufes tant criminelles quecivi- 
les, 

I s L E 

D E 

Z A N T E. 

L'Ifle de Zante a toujours été célèbre 
dez fa naiflance 6c illuftre dans fon anti- 
quité. Elle ell dans la Mer d'Jonie d'une 
alTez petite étendue : Elle fut appellée 
Zacïnte d*un fils de Dardanus qui s'ap- 
pelloit de même nom; mais comme tou- 
tes chofes changent avec le tems , le nom 
de Zacinte a été corrompu ôc changé en 
-â^anti celui de Zmte. H y a pourtant des Auteurs 
qui croyent, qu'elle fut appellée Zacm- 

ce 



SECONDE PARTIE. i6i 

tede la fleur de ce nom, qu'ion cueillioic 
peut-être dans cette Ifle fleurie &: toute 
delicieufe. D'autres rapportent qu^^elle fut 
appellée Hierufàlem Gerufalemme , s'ap- 
puyans fur l'hifloire de Robert Guifcardo 
Duc de la Fouille, lequelayant pris la re- 
folution d'aller vifiter le Saint Sepulchre 
eut une révélation qu'il mourroit dans Hie- 
rufalem. Etani: arrivé en cette Ifle 6c fe 
trouvant furpris d'une dangereufe maladie, 
il demanda comme s'appelloit le lieu ou 
iletoit, on lui repondit, Hierufalem. A- 
lors il comprit qu'il finiroit là fa vie félon 

A flL.cui.iJj-'iJ.i.i.^iiiuiii, UVJ la As^* w-»«-»v>»*, »_ *-** 

effet il y mourut peu de tcms après. 

Cette Ifle a la Morée à fon Orient , 
àladiihnce de quatre vingt milles; elle 
conSne au couchant à Tlfle de CeFalo- 
nie dont elle eft éloignée de douze mil- 
les ; au midi efl: la côte de Barbarie à la 
difraoce de cent cinquante milles; au Sep^ 
tentrion elle a d'une part la Morée vers 
Ci^flel Jormfe à (eize niilles loin; 8c un 
peu plus bas el'e regarde le Païs del Dichia- 
mo^ ou (ont Natolico, les Curzolaires 6^ 
Drago Meftre , lieux qui lui font éloignez 
de plus de cmquante milles. 

Toute riflc eft divilée en trois parties 
qui s'appellent Momagna , Pedimonte 6c 

Pia- 



i6i DE LA MORE' E* 
Piamr^i' La Monta^n^ commence au Le- 

vancdu côté qu'cll le Port C/:7/Vy/ Se Fait le 
tour de toute l'ille du côté du midi & du 
couchant jufques au Septentrion , ayant 
au milieu une très belle efplanade appellée 
Neruli au milieu de laquelle une grande 
quantité d'eau qui s'y amalloit formoit un 
lac, avant que le Noble Angelo Barbari- 
go eut eu TinduHrie de la faire feigner Se 
deilcchcr. h prcfant c'ell une belle ôc fer- 
tile plaine de dix milles de longueur 6c 
quinze de largeur. Elle confine des deux 
côtés à la Mei*. A fon riva^reedleboursT 
:TppelIc Chien qui communique Ion nom 
au port : des eaux duquel oaifl: la poiK 
noire, 6c il 3^ a une opinion parmi les gens 
dupais, qu'anciennement il y avoit là un 
lac tout entier de cette poix. On y trou^^e 
encordes Bourgs appeliez Liitachic, Fi- 
gadachita^ Sculicado avec quatorze autres 
auprez , dont je palFe les noms fous filenee, 
pour être plus court. Sur la partie appellée 
Montagna font les Bourgs à^Ambdo , Chu 
lomeno , Agtlo^ San Léo ^ Santa Maria 
ôc autres au nombre de neuf. Le plus éloi- 
gné de ceux ci s'appelle Folmes vers le 
couchant^ c'eft un Bourg de plusdemilv 
le feux. 

Il y a encore dans cette même partie trois 

Mo. 



SECONDE PARTIE. i% 

Monaûercs de Caloycrs Grecs appelles 
SanChovanminLancada^ U AUdonaSpi- 
Uottf^ ou JrMfonura &: Sm Giergio di 
Greham qui eil le plus confiderable Ôcdans 
une firuacion fort commode. Dans la par- 
tie qu'on appelle Piamira pleine qui eitau 
Nord de i'Ifle font les Bourgs Gaetam, 
Curculidi, SanQurnco, Farao & San Dp- 
mitri. Outre la grande Montagne dillin- 
guée comme une partie principale de Tille, 
il y a deux autres Montagnes qui cn</iron- 
nenc toute riile l'une à rOrienr , êcl autre 
au S:^:c:;:: ion. Siir la première il y a.deux 
Bourgs appelles Xerocajielio, Lamhmn 
(ùiM'autrcil yen a quatre Geracario, BeL 
iuft, CaknT^^ TragAcchi. Dans toute 
riQe il n'y a qu'une feule Rivière nommée 
LîCamuraàont les eaux fant Talées parce- 
qu'elles fc meUnt avec celles delà Mer. 
Mais il y a au dciîbus du château 6c non 
guère loin de la Mer une Source d'eau vive 
qui a toutes les qualités qui peuvent rendre 
une fontaine excellente^ Elle eil fi abon- 
dante en toutes failbns, que tous les vaiU 
feauxqui paflent pour Conllantinople 6c 
Alexandrie, auffibien en allant qu'en re- 
venant , y viennent toujours faire aigua- 
de pour la commodité du Voyage. 

Au Nord il lie eft toute précipices & 

lieuK 



i64 I^E LA MORE'E 

lieux efcarpés, & au Midi elle efl: couver- 
te d'arbres fruittiers de toute efpece. Du 
côté que foufle le vent Grec il y a un châ- 
teau bâti fur une hauteur qui Domine 
toute riiïe où fe tiennent le Reéteur 6c le 
Commandant. Au pié de cette hauteui 
efl: le Bourg qui s'etendand deux milles k 
longdurivagedelaMers^elargitàundem: 
mille vers la Montagne. On y voit un bon 
nombre de maifons qui appartiennent aux 
Citadins ou aux Marchans , Artifans 6>C 
Mariniers. On y fait quantité de raifinsde 
cabas ^ des Vins qu'une trran.ifi .fc^-cc ^ 
ùcs huiles exceilens, en telles enfeigncs 
qu'une année ponant l'autre on tire de 
chacune de ces récoltes en vente la fom- 
'me de cinquante m; Ile ducats. Il y a encore 
grande abondance de fruits doux ôc d'auffi 
belles plantes qu'en aucun autre lieu. Son 
Port qui eft auffi appelle de Ton nom de 
Chieri cil de bon ancrage pour toute for- 
te de VaifFeaux, Navires, Galères 5c au- 
tres. 

Du côté que foufle le vent Maeftro efl 
le Cap de Schtnari avec l'Ecueil de San 
Nicolo dans lequel il ne peut entrer ni 
grand ni petit vaillcau; (î ceneilducôté 
du levant parceque lemanqued'eau 6c de 
bon fonds eiDpeche Tidliedu côté du cou- 
chant. 



SECONDE PARTIE. 16^ 

chant. Au levant eft laValée des Salines 
ou les Navires 6c autres barques viennent 
faire leur Cargaifbn de Tel. Un peu plus 
proche de la Ville il y a un Ecueil appelle 
FrkFilippo 6c à prcfant Tréma nove-j un 
peu plus avant on trouve la pointe Lau» 
gun qui cH: tout auprez de la Ville. 

On croit que Sainte Véronique vint 
planter la foi dans cette Ifle, ôc qu'elle 
convertit les habitans en leur montrant le 
S. Suaire 6c leur prêchant comme témoin 
la mort 6c paflîon du Sauveur. 

La Republique y envoyé un Noble avec 
la qualité de Provediteur 6c deux autres 
pour fes Confeillers, ils demeurent tous 
trois deux ans en charge. Mais les habitans 
ont leur confeil à part où ils règlent de ce 
qui regarde les vivres, la fanté 6c tous les 
autres offices qui regardent la police de la 
Ville» Ils peuvent encore dans une cauCe 
civile juger julques à^ une certaine fomme, 
8c en cas d'appel on vient devant le Prove- 
diteur. 

Laplusgrande partie des habitans font 
Grecs qui vivent félon leur rit , 6c il y a peu 
deLatinsen y comprenant même les Sol- 
dats. Il y a environ mille Juifs qui ont trois 
Sinagogues , ils font valoir le négoce 6c y 
deviennent 'tous riches. 

* Les 



1^66 DE LA MORE'E. 

Les peuples de cette Iflc ont plus d'in- 
clination pour les armes que pour les Let-' 
très; mais dans ce petit nombre de ceux 
qui s'apliquent aux fcienccs, onvoit bril- 
ler en eux cette éloquence fi naturelle à làf 
Nation Greque : Et en s'attachant un peu 
de tems à l'étude des Loix & du Droit ils 
deviennent bientôt des grands Orateurs êc 
habiles Jurifconfultes. Ils font continuel- 
lement en procez 6c en querelles les uns 
contre les autres ; ceux de la campagnes! 
haiflent ceux de la Ville dont la plus 
grande partie vit du trafic; le bas peuple 
s'occupe au négoce maritime , 6c ils s ea 
vont de tems en tems dans leurs frégates , 
parla Morée & autres lieux de la depen-'^ 
dance des Turcs, pour tâcher de gaigner., 
leur vie. 

L'Iile eft fujette à des trcmhlemens de 
terre qui enlèvent dans des endroits ce 
qu'il y a de beau 6c de bon. Il y a quelques 
années qu'on y fentitdans une nuit foixan- 
te fecouiies qui furent précédées d'un bruiç, 
Terrible: ce bruit dure ordinairement urf 
demi quart &: d'heure , la rumeur s'en 
communique aux Pierres qui fbrtcnt de la , 
terre : 6c quelques fois on fentunepuan-;' 
teurqui infede. Lorfquele tremblemenc 
de terre eâ bien grand; il excite un venc 

fu- 



SECONDE PARTIE. i6j 
furieux 5 qui eft la caufe pourquoy on ne 
ait pas des batimcns de maiibn cievés &: de 
plufieurs étages. 

Il y a un Eveque qui fait fa reGdence 
dans rifle avec le titre que lui donne le S. 
Sicge d'Eveque de Zante : Quoique par 
les patentes de proviGon qui lui ibnt cxpe* 
diées de la part du Sénat du Venife , on lui 
donne le titre d'EvequedeCefalonie. Cet- 
te Eglife reconnut premièrement le Ponti- 
fe de Rome jufqu'au tercis que l'Eglifede 
C.onftantinople fut erigce eu Patriarcbat i 
alors comme le Patriarche étoit appuyé de 
Ja faveur de l'Empereur, il lût ioumettrc 
à fon fiege toutes les Eglifes de la Grèce 
6c plufieursdecelles d'Italie. 

Au tems que divers Princes d'Occident 
fe liguèrent pour faire la guerre contre les 
Puiiîànces qui s'étoienr emparées de laTer- 
rq Sainte, l' Eglife de Zante retourna fous 
l'obeillance du Siège de Rome. Elle a vu 
fleurir dans fon fein plufieurs célèbres per- 
fonnages à caufe des grands revenus de 
l'Èveché , qui montoient comme il eft 
n^arqué dans les Archives à plus de fix 
mllleecus. Peutêtreles Evequcs avoient 
ils:;gi]i.ors le pouvoir d'appuyer l'authorité 
.dç^eur Siège tl le zclede leur prédication 
delà force des loixSc du bras (eculier con- 
tre 



i68 DELA MORE'E 

tre leurs diocefains [reveches. Deux Evc- 
ques de cette EgliTe allèrent fuccefTive- 
ment au Concile de Trente 8c s'y firent 
diftinguer par leur mérite. Le premier 
étoitjean François Comendon qui mourut 
durant la tenue du Concile, l'autre s'ap- 
pelloit Pietro Delfino noble Vénitien qui 
fucceda à Comendon. Les Eglifes paro- 
chiales des Grecs en y comprenant celles 
de la Ville celles de la Citadelc ôc les autres 
qui ont été fondées par dévotion font bien 
au nombre de quarante quatre. Il y en a 
aufli un bon nombre dans la Cefalonie, 
parcequ'ellc efl peuplée. Il y en a quinze 
dans la Ville &: dans chacune un fimple au- 
tel dont la Tribune efl tournée à l'Orient 
ornée de peintures à la Grecque car les 
Grecs ne (oufFrent point dans leurs tem- 
ples des Images de relief. L'autel efl: de 
pierre fermé d'un baluftre 8c l'entrée en eft 
défendue aux laiques 6c aux femmes. 
Même les femmes relevant de leurs cou- 
ches 8c les hommes convaincus de quelque 
mauvaifeaélionontdeffenfe d'entrer dans 
rEglifc; mais cette coutume efl: négligée 
par les peuples d'aprefânt. 

Lorfque TArcheveque vient à mourir, 
tous les Curés Grecs qui font en bon nom- 
bre s'aflemblent, ôcfuivantunufage très 

an- 



SECONDE PARTIE, id^ 

ancien qui Fuc autorifé par le Saine Siège ^ 
ils donnent leur fuffrage en fecrec , pon* 
procéder à Teleûion d'un autre. L'Eve^ 
que n'a point de revenu fixe, ÔC il vit de 
fon cafuel qui confifte en des prefents que 
lui font annuellement les Grecs, comme 
fera d'une quantitédes Froment ck d'autres 
grains j il tire encore des emoîumens con- 
uderables des ordinations 6c d'une chofe ou 
d'autre il a un revenu alTez confiderabie. 

Pour être élu Eveque de cette Eglifc 
il Faut avoir proFeiie la vie MonalHque de 
S. Bafile y c'ed auiîi h raifon pourquoi il 
y a tant de Monaiteres de ces Moines dans 
ces Ides. LeplasconGJerable eft bâtidins 
les Ecueils qu'on appelle vulgairement les 
Strofadesj nous en parlerons en Ton lieu- 
Ce Monaftere a plufieurs revenus dans 
Zante&dansCeFalonie, & les Grecs ont 
un grande vénération pour ces Moines, à 
cauiè qu'ils vivent loin du commerce du 
Siècle. 

Ces Moines de S. Bafîîe Font abdinence 
de viande durant toute l'année excepté les 
cas d'infirmité 6c de maladie pour lerqucls 
ils obtiennent difpenFe : 6c les trois jours 
de la femaine lundi mecredi 6c vendredi 
ils ne le repaiffcnt que de laitage , de poiflbn 
6c d'huile. 

H Ils 



170 DE LA MORE'E. 

Ils font: quatre Carêmes l'année. Le 
premier eil celui de Pafques qui eftle plus 
Ion 5 qu'ils appellenc i Megdi tejfara coftt 
qui dure fept: femaincs , durant lefqueUfef 
ii ne leur eît pas permis de manger ni pofÇl' 
fon ni huile hors de deux jours par femainç^ 
àfavoirle Samedi Se le Dimanche, à la; 
referve encore du Samedi Saint. Ils ne pre- "' 
nent alors pour leur nourriture que du poif-^ 
fbn fans fang comme des huitres , des ot-f 
gnons du poiflbn fec, du Caviart fait; 
d^'ccufs de poiflbn (àlé ou de Botarge qui eîïl; 
un compofé d'œufs d'ecourgeon iecs 6ç^ 
falés 6cc. Il y a deux autresjours aufqueîs*' 
ils peuvent manger de la viande, à favoir^ 
le 25' mars jour de T Annonciation, qu'ail 
appellent Eznmgelifmos , pourveu que ., 
cette fête arrive avant la Semaine Sainte^;"!!] 
l'autre jour de dilpenfe ed le Dimanche des 
Rameaux qu'ils appellent tou l^aghion. 

Le fécond Carême eft cf^ay^giot A^ejloll 
à l'honneur des Saints Apôtres qui dure 
depuis le Lundi après rodave de la Pente- 
côte jufqu à la Vigile de S.Pierre 6c de S. 
Paul ; de forte qu'il y a des années qu*ils V 
dure trois Semaines , & d'autres années^ . 
cjavantage. Il 

Lctroifiéme s'appelle tls agias Parthe- , 
noH confacré à l'honneur de U Mère du^^ 

San- 



SECONDE PARTIE. 171 

Sauveur, qui dure du premier Aouftjuf- 
qu'au 1 5 du même mois,' Durant celui- 
ci. ils ne mangent du tout point de poiflba 
finon le fixiéme d'Aouft jour de laFefte 
de la transfiguration de Jefus-Chrift qu'ils 
célèbrent avec folemnité 6c qu'ils appel- 
Içoc Memmorphofîs toufotiros, 

.-^X*e quatrième s'appelle ton Chrilîogenen 
qui commence 40 jours avant la Noël 
ceft-à-dire le if Novembre 6c continue 
jufqu'au 25- Décembre, durant lequel ils 
peuvent manger du poiflbnàlarefervedu 
Mecredi 6c Vendredi. 

ILes Caloyers outre ces quatre Carê- 
mes en font encore trois autres , le pre- 
mier, avant S.Demetrius qui dure vingt 
jours ; le fécond qui commence au pre- 
mier de ieptcmbre 14. jours avant TExal- 
tation de la Croix; le troifiéme huit jours 
avant la fcte de Saint Michel; Outre cela 
tous les Grecs en General cbfervcnt le 
jeune tous les mecredis 6c vendredis de 
rannéc 6c pluGeurs même plus zelezle 
lundi: Encore les jours de la Decoîation 
de. Saint Jean Baptifte 6c de l'exaltation de 
la Sainte Croix ils font un jeune plusau- 
fterc. Hors de ces tems là , ils mangent 
de la viande toute la femaine après le di- 
manche de Pafques, celle après la Pente- 
H 2 cote 



t72 DE LA MORE'E 

cote &: douze jours entiers après la Noël 
6c une femaine avant le grand Carérac. 
Ils foîeninifcnt encore autres trois V^igiîes 
dansFannée, celle de rEpiphanie qu'iU 
appellent Paramom qui cft le jour auquel 
les Grecs baptifent la Mer en grande Cé- 
rémonie, laiècondeefl: la Vigile de S Jean 
Baprifle, 6c la troiliéme celle de la Croix 
à laqu'elle il leur e(l défendu de manger 
du poifîon. De cette forte les Grecs qui 
ne font ])oim: Moines s'abfliennent de 
■ viande environ cent trente jours de Tan- 
née. 

Tous les Monafteres de Religieufes fui- 
vent le rit Grec, 6c s'il y en avoitunedc 
PEglile Latine qui voulut vivre parmi les 
Grecques il faudroit qu'elle fc confor- 
mât au rit Grec. Il efl: permis à ces Reli- 
gieufes félon les occurrences de viGtei 
leurs parens malades 6c daller par la ville, 
vivans fans clôture ce qui cil afîlirement 
contraire à Finllitution de la vie Monadi- 
que. 

Il n'y a dans ces Iles aucune forte d'hô- 
pital pour les pauvres ; feulement dani 
Zante, il y a deux petites 6c pauvres mai- 
fons une pour les hommes ÔC l'autre poui 
les femnies fous la diredion des citadin? 
du lieu : On recevoit autrefois dans ces 

mai- 



SECONDE PARTIE. 175 

miiifons les encans trouvez 6c illégitimes; 
mais aujourd'huy cela ne le pratique plus» 
On voit encore dans ces Mes plufieurs 
Proteitans la plufpart Anglois. Il y a qua- 
tre convens de Religieux ^ un des Frères 
Prêcheurs , deux de Mineurs Conventuels , 
un dans Zante & l'autre dans Cefalonie, 
6c un de Mineurs Obfervans dans Zante, 
fan? comprendre l^Eglile Parochialed'*Ar- 
goftoii qui ell un fufpatromt de la fere- 
niirime Republique à qu'elle a donnée, à 
defervir aux Frères Mineurs Obfer- 
vans. 

Ces peuples vivent volontiers fous l'o- 
bàlTance de la Republique, parce qu'el- 
le veille à leur deffenfe contre les irrup- 
tions des Turcs avec Tes puidantes arr lées : 
outre qu^elle leur laiflè la liberté de vivre 
coî'iforraement à leur rit fdont ils iont il 
jaloux 6c perruadez.de fon ancienne 6c 
^rpureinftiiution. 

>n;Tl ie recueille de très beaux fruits, dans 

l'ifle 6c il y en a une auffi grande quantité 

oqu'en aucun autre lieu du voiGnage. 

^u Caroldi rapporte q\ie l'iile de Zante 

ijfot vendue avec d'autres ïlles par Robert 

Prince de Tarante en l'an 1350. 

L'an 1571, Uluzzalî Pafla faccagea- 

|. ':>la- Ville , fit le degat dans la campagne 

H 3 6C 



174 DE LA MORE'E. 

& mit toute Tlfle dans une extrême defa^, 
lation. 



LES 

1 S L E S ^i^-g? 
STRIVALESi 

T £j Sîrlvaks font deux Tfles que Jè^^ 

•^^ Mariniers appellent Stamfane , Scque^ 

les Auteurs ont reconnues fous diver^ 

nvTmsj car Strabon Pline & Apolloniujij 

\çs appellent Strofhades , Paufanias Stri'^ 

'vàli^ Suidas Stromphides ôc Camerariu^ 

Calydnes. Elles font bafîes 6c pre^^^ 

que à fleur d'eau , leur port eft loiiQ 

de Zance de cinquante milles , elles ont peiiK 

d'étendue, car la plus grande n'apasplus^ 

de trois ou quatre milles de circuit . Nean-f^. 

moins quoique (i petites, il ne lailTe paSj^ 

d'y croître du raiiîn en une prodigieufe^ 

abondance , ëc le vin en elt d'une fingulie -.q 

re bonté. Il y a aufliplulîeurs belles iour-jq 

ces d'eau douce? le long defquelles on^q 

tiou- 



SECONDE PARTIE. 17? 
trouve quantité de feuilles dePlanequoi- 
que le lieu le plus prez où il y ait de ces 
arbres foit dans la Morée à la diftance de 
trente milles ; il faut fans doute qu'elles 
y. viennent par des condu its fouterrains. 

Pour tous habitans, il n'y a que des 
Caloyers lefquels pour fe defFendre con- 
tre les infultes que leur pourroient faire 
les Turcs, ont bâti leur convent en forme 
de';Tortere(]c bien munie de Canon avec 
une herfe à la porte. 

Les Poètes ont inventé la fable que 
Aelo, Ocepit6c Celcne fils de Tauman- 
îê 6c de Teletra habitent les enfers en 
qualité d'Harpies pour fortir contre les 
îiièchans lorlqu'ils en reçoivent ordre 
des Dieux: vk dans la peinture qu'ils nous 
font de ces Harpies , il leur donnent un vifa- 
ge allez maigre quoique allez beau 6c te- 
nant de la reiTernblance de trois femmes 
Du refbe de leur corps elles ont la figure 
de Vautours horribles à voir , avec des 
grandes ailes 6c des grifes pointues. La fa- 
ble ajoute , que Tince Roi d'Arcadie ayant 
comme un Père inhumain arraché les 
yeux à fes propres enfans j les Dieux le 
punirent de même en lui arrachant fes pro- 
pres yeux 6c Tabandonnerent à la terrible 
pourfuittc des Harpies qui meloienc des 
H 4 or- 



i75 DE LA MORE'E. 

ordures & des chofès puantes à tout ce i 
qu'il vouloit manger. Jafon touché de, 
compaflîon pour Tétat milerable de ce,. 
Roi, ôc voulant l'en fortirj il fît en forte, 
que Zette 6c Cœlajs contraignirent ces.-, 
monfîres à ceiTer de ^'inquiéter ÔC le reti- ' 
rcrent dans les Ifles Strofades. 



L' I s L E 8 

DE ,j 

PRODANO. 



T^Rôàam efl une petite îiîe ou un Ecueil 
"^ que Pline ôc Ptoloméenoînment P^c/tf 
6c d'autres PrW^, au voifinagedelaMo* 
rée avec laquelle elle forme un canal dé 
dix-fept ou dix -huit pies d'eau où lesvaii^ 
féaux peuvent fe mettre commodément 
à l'abri. 



L E 5 



SECONDE PARTIE. 177 

■•a:- 

2 L E S I S L E S 
^b E LA ME R 



D E 

SAPIENZA. 



T Lya trois Mes dans la Mer dcSapten^ 
•■' l^a, la première , que Bordon appelle 
SPHAGIA ou SPHATERIA & Por- 
cacchi SFRAGÎ A 6c qu'on nomme coiu- 
manement de SAPIENZA. Celle^i 
donne fon nom à la Mer qui a fon cours 
le long' de Tes rivages Se qui baigne aufîi la 
^e méridionale de la Morée*. elle eft vis 
ji^vis de Modon 6c l'emporte en étendue 
J^rles autres deux,, 

,-^^La féconde efl nommée CABRERA 
oii FUSCHELLA, ou encore T^^^w<- 
fa & Cattriem à une légère diftance de la 
première à laquelle elle cède auOi en c- 
tendue de fon continent. 
.^ hx tr.oifiéme sppclléc VENETICO-- 



178 DELA MORE'E. 

fait front au Cap Gallo, rétendue defon 
continent eft fi refferrée qu*on la devroit. 
plutôt appellcr un écueil qu'une lue. Il y 
a là auprez d'autres ecueils où retiennent 
aux aguets les Corfaires de Barbarie pour 
courir fur les navires qui fortent du 
Golfe de Venife & ceux qui viennent de 
Sicile. 

L' I S L E 

D E 

C E R I G 0. 

LA première ïfle de l'Archipel au cou- 
chant eft nommée aujoard'huy com- 
muncment Cerigo , Ptolomée Tappelle 
Cjtherea du nom de Cithero fils de Phe- 
nice, Ariftote Porphirufa à caufe de la 
grande quantité de Porphire qu'on trou- 
ve dans Tes montagnes & d*autres Scothe- 
ra. Elle eft vis à vis du Golfe Laconico 
loin de la Morée feulement cinq milles., 
quarante de Tlflc de Candie & en a (oixan. 



A 






23ll 



\J 



TORTER^SSE 




SECONDE partie: 179 

te de circuit: Elk a plufieurs écueils aux 
environs 8c plufieurs ports le long de Tes 
rivages. Au midi eft le port de la Forte- 
refîe lequel eft peu fréquenté parce qu'il 
a Ton fein aflez étroit 6c relTerré 6c qu'il 
eft fort expofé aux vents: l'autre qui eft 
au delà des Dragonieres douze milles 
loin de la Forterefle a un bonjfonds , 
eft fur 6c peut contenir une nombreufc 
flotte; on y admire fur toutes cbofes la 
forme naturelle de fon fein qui peut fe fer- 
mer à chaîne 6c où quarante galères fe 
peuvent mettre à Tabri, Il y a uneEglife 
fous le titre de San Nicolo y quoique per- 
fonne n'y habite. Au couchant à vingt 
cinq milles loin de ce port il y en a un au- 
tre petit appelle de San Nfcolo de Moàari^ 
propre pour les Galiottes 6c les petites bar- 
ques oii eft auffi une Eglife de San Ni- 
colo. 

Il y a dans cette lile grande quantité 
de gibier mais il s'y recueille très peu de 
bled, devin, 6c d'huile, aufîi les vivres 
s'y vendent fort cher: on y voitplulieurs 
villages, mais de petite oudenuUeconfi- 
deration. On y voit aufti quelques Mona^ 
fteres de Htcromonachi 6c de Caloyers^ 
entre lefquels il y en a un bâti fur un roc 
au coté droit 6c aflez prêts de la Forte- 
H 6 reile 



iSû DE LA M OREE. 
i;efl'e cfa'on appelle San Giovanni delU, 
Grotta. 11 a été pratiqué dans le roc à for- 
ce de travail 8c de coups de marteaux* 
Qiioiqu''on n'y puifle monter que très 
difficilement , les Grecs ne laiflént pas 
pourtant d'en prendre la peine toutes les 
fois que les Religieux veulent accomplir 
les veus qu'ils ont fait à Dieu. Les pointes 
du rocher donnent de Teffroy à tous ceux 
qui les regardent , car elles penchent (i forE 
qu'ri femble qu'elles fe détachent 6c me- 
lîacent ruine. Nonobftant cela les habi- 
tons ont une grande vénération pour ce 
lieu , dans la croyance oii ils font que S. . 
Jean y commença fon Apocalipfe. 

La Ville de même nom que l'Iile, por- 
te, le titre de Ville Epilcopale : elle a été 
bâtie fur un rocher efcarpé , 6c dans une 
fituation fort avantageuie, ayant du côte 
de la Mer un terre plein bien muni de ca^f 
non oii l'on fait ia garde. 
La Republique Venife en a retenu la 
* D'^«.vcf domination depuis * la diviliondePempi- 
prS'LiVre de Conftantinople , 6c elle y envoyé 
f^es de la jqqs \q^ dcuK ans un de fes Nobles en qua- 
lité de Chaftelain 6c de Provediteur. Selin 
tenta avec une purflante armée corn» 
maniJée par Halî joint à Portaù d'en fai- 
re la ccnc^uctc, mais il fe retira bientôt, 

ayant, 



SECONDE PARTIE. iSi 

âyanc reconnu que ces efforts feroicnc 
vains. 

Les Auteurs de la fable difènt, les uns 
que la Deeflè Venus prk naiflance dans cet- 
te Ille, d'autres qu'elle y vint palier fes pre- 
mières années; auiîi y étoit elle reconnue 
comme Deefle , on lui avoit confacré dans 
la partie Orientale un beau Temple fous 
le nom de Citer ée. Dans ce teinple étoit 
fon (latue ious la figure d^une très belle 
fille tenant dans Ta main droite unecoquiN 
le de Mer 6c fe joiiant à nager fur la Mer : 
Elle étoit toute ornéede rofes de couleur 
de pourpre éc des pigeons blancs valant 
autour d'elle fembioient fuivre 6c fécon- 
der ion mouvement: trois jeunes filles re- 
connues pour les trois grâces fe tenans par ia 

xmain alloient devant elle pour la fervir, 
deux en attitude comme û elles vouloient 
ranger quelque chofe à Ta tête 6>C luribnvi- 
fage 6c l'autre prenoit garde au derrière. 

uGupidon fon fils qui n'a point d'yeux étoit 
auffis au devant d'elle arméde fon arc, 6c 
d'un trait qu'il avoit décoché il bieflbit 
Afollon. 

C'eïl dans ce même Temple que vin- 
rent enfemble Paris fils de Priam Roi de 

-iTroye 6c Hélène la plus belle femme de 

la Grèce , après qu'ils s'eBoien: touchas 

H 7 d'à- 



ï82 DE LA MORE'E. 

d'amour l'un l'autre Se que la belle eut 
Gonfenti que (bn amant Tenlevât. Ce 
raviflement fût le fujet de l'indigna- 
tion de Menelaus qui s'eut faire armer 
toute.' la Grèce à fa vengeance contre les 
Troyens ôc qui caufa enfin la ruine de 
Troye. 

L'Ifienefl: pas d'une fort grande éten- 
due puifqu'elle n'éft que de foixante milles j 
néanmoins elle ne laflbit pas d'être d une 
fort grande importance à ceux de Sparte 
dans le tems qu'ils en étoient les Maiflrcs, 
car elle leur étoit comme un rempart ôc 
fer voit d'abri à tous leurs vaifTeaux qu'ails 
envoyoient en Egypte. On y envoyoit 
chaque année un Président pour régler les 
affaires militaires ck politiques ôcla confer- 
vation de cette Ifle leur étoit dune fi gran- 
de confequence que la huitième année de 
la guerre du Peloponnefe les Athéniens 
s'en étant emparez Sparte fe trou voit fans 
defFenfc 6c fon païs ouvert aux irruptions 
de l'ennemi, s'ils ne s'ctoient hâtés de forti- 
fier & d'établir des garnirons dans les places 
voifines. 

La petite Me ou plutôt TEcueil appel- 
le de Cervi a fon étendue entre le Port 
Rapini 6c le Cap.S. Angelo ou elle forme 
avec la terre ferme un Canal, <]ui ell ira- 

pra* 



SECONDE PARTIE. 183 

praticable aux vaifleaux à caufe des bans 
de fable qui l'occupent. 

Les Ecueils les plus proches de Tlfle de 
Cerigo font les Dragoinere qui font de fort 
bon ancrage, 6c on peut en partir à tout 
vent. Les autres qu'on remarque entre 
cette lile & celle de Candie, font POvo 
autrement nommer/?/^, 0/î?, DoiyPoro^ 
-Forejfa , Cicerigo ou Cerigotto 9 que les 
^Anciens nommoient autrement Egila ou 
EgUle : c'eftle plus proche du Cap Spa^ 
da 6c le plus grand de tous. Cependant il 
^*en efl aucun de tous ceux là qui mérite 
une particulière defcription ôc ils ne font 
d'aucun autre ufage dans la Mer que de 
%vir de lignai à ceux qui voyagent. 



LES 



iS4 DE LA MORE E. 
L E S 

I S L E S 

DU GOLFE 

D' E N G I A. 



LEs lîes qui font dans le fein du Golfe 
d'Engia 6c qui lui tiennent lieu d'un 
bel ornement, iorc premierementjen com- 
mençant du Cap Colonne , celle qu'on 
uppcWe Pairockia &; que le peuple nomme 
GÀidronifi & Macrenifi : on lui a encore 
donné le nom à'^Ehanonift à caufe de la 
grande quantité d'Ebcne qui y naift. Ily 
a fur une hauteur un marbre élevé qui 
pouvant être vu de loin fertdefignal auXr 
Mariniers : du côté que fouRe le vent Grec 
6c allez prez de Tille il y a des bancs très 
dangereux. 

En approchant de l'Attique on trouve 
rifle appellée Eli^o qu'on croit être /'£- 
/^^//^deStrabon. 




G o LFi: n' kn-g-tX" s a : 



^ 



SECONDE PARTIE. î8^ 

Enfuitte font PEcueil de P/7/f^^, avec 
autres cinq contigus qu'on appel ie Cumho- 
nifa. 

Entrellfle Culuri & l'Attique eft rifle 
Lipfo coHtaliazmremcnt nommée PfyttaU 
ce aflez- proche du Port Lion où il y a un 
nombre prodigieux de lièvres 6c de re- 
nards^ 

Entre Culuri 6c Egine on voir Tlfle ap- 
pellée Laufa au voifînage de la quelle il y a 
trois petits Ecueils. 

.^ Entre nile d'Egine 6c la Ville de Go- 
rinthe font les Ifles ^ygios ^Thomas^Dia^ 
por^y Ebrœo , Agioiani , Platonifi & quel - 
qu'autre petit Ecueil fans nom. 

Entre Egine Se le continent de la Sac- 
canie on conte les Ifles d'^Angijiri , Metopi^ 
Doroufa 6c Mo?n. 

Entre le Cap Colonne 5c le CapSckili 
on conte autres deux liles qu'ion appelle 
Kelhimis'y mais de ces Ifles que nous avons 
nommées il n*y a ^«*£^f??^, Culuri^ Porcs 
qui ayent des habitans. 
* Culuri eftuneiflequc Sophianusa con- 
nue fous ce nom. Les Mariniers l'nppel- 
lent Sarjta Burfta 6c c'eft celle qu on appel- 
loit autrefois del Dragone du nom d'un 
certain Dragon qui éto'it dans cette contrée 
ScquifuttuéparCeroneus fils de Neptu- 
ne 



i8(5 DE LA MORE'E. 

ne 8c de Salomona fille d'Afopo, îequeï^ 
donna depuis à Tlfle le nom de Salamis^ 
fous lequel Font connue Pline ôc Srrabonri 
Elle a un Village qui s'appelle defonnom 
Culuri qui comprend deux cens maifons 
fitué dans la partie méridionale 8c au fonds 
de Ton Port qui au rapport de Moniîeuri 
Spon eft un des plus vaftes qu'ail y ait dans^ 
le monde, il a deux milles de largeur 6ct 
fept de longueur : à Ton entrée il y a deux 
Ecueils appeliez Camii êc Prafuli, Bau?^ 
drand qui appelle cette Ille de ces trok^ 
noms Cychria , Scirar , Pitpjfa , dftî 
qu'elle eft dix milles loin d^'Egene &C deu»! 
de l' Attique. Il y a abondance de bled , dm 
poix refine , de charbon , d'eponges , àsà 
cendres , on porte tout cela à Athènes pour 
vendre. 

L ^inclination de ces Infuiaires eft à la ^ 
pèche, ôc ils s'y entretiennent d'autant 
plus , que leurs rivages font ordinairement 
fréquentés d'une grande quantité de potéy 
ibns. . , ^ A 

L'ancienne Ville de Salime-âe^ quiétoi-c 
le Siège d'un Eveque fufFragant de l'Ar- 
chevêque d'Athènes, étoit fituée quat 
ou cinq milles loin d'un petit Bourg d'une 
vintainedemailbns appelle AmheUchi qui'-^ 
a un petit port vis à vis d'Athènes proche -' 

du- 



SECONDE PARTIE. 187 

duquel on voit un bâtiment en forme de 
convcntavecle titre de Mitropoli accom- 
pagné de quelqu autre maifon. 

Lecircuitde Tiaeeftde 35 milles; ily 
aplus de millehabitans. 

Me^alo-kira 8c Micro-kira c'eil à dire 
le grand & le petit Kira font deux Ecueils. 
entre Plfle Culuri Ôc TAttique en terre 

ferme. 

/ A l*opponj:e du Cap Sunnio autrement 
appelle le Cap Colonne eft l'Ecueil ap- 
pelle Macronifi dont Homère fait men- 
tion dans le troifieme livre de fon Iliade 
fous lé nom de Cranae: fon premier nom 
fut -^^/^^^ pour avoir été le lieu oîi cette 
belle Greque foufFrit les embraffemens de 
fon amant Sc fon rauiffeur Paris. 

L' I s L E 

DE G E N E 

EGerjecfïum Ifle loin de la plage d'At- 
hènes dix huit milles, vingt cinq du 
PortLion, douze delà Morée ôcvingtun 
de Culuri. Strabon l'appelle Bgwa du nom 

d'Egi. 



ï88 DE LA MORE'E. 

d'Egine Mère d'Eacus lillc d'Afopo , 
Baudrand Aemne , Brietius Mjrmtdo- 
nU 6c les Mariniers Engi. Quoique cet- 
te Ifle ait trente ^r^ milles de circuit 
elle n'a point pour tout cela un port pour 
recevoir les vaifleaux , 6c on efi: obligé d'al^ 
îer mouiller entre Angiftri & Dorufa; 
ou bien entre elle 6c Moni comme faifoit . 
Tarmée Vénitienne durant les guerres de 
Candie. Les perdrix s*y muîtipTient en G 
grande quantité que les Infulaires font con- 
traints auprimtems de parcourir la campa- 
gne pour faire périr les œufs, pour préve- 
nir qu'une fi grande foifon de ce gibier ne 
porte préjudice à leurs femences. 

Il y refte encore deux beaux monumens 
d'Antiquité qui font deux temples, Tun 
defquels eft fitué dans la partie Septentrio- 
nale de Plile que Paufanias croit être celui 
qui fut autrefois confàcré à la Deeflé Ve- 
nus , l'autre eft bâti dans un bois fur une 
colined'un admirable aipeûqui fut élevé 
à l'iipnneur de Jupiter par Eacus premier 
Roi de cette Ifle. On y voit encore vingt 
Colonnes d'Ordre Dorique canellées avec 
leurs Architraves rangées avec beaucoup 
defimetrie. 

La Ville qu'on appelloit du même nom 
de rifle Egene qui fut un tems honorée du 

Siège 



SECONDE PARTIE. i% 

Siège d'un Eveque fufFragant de l'Arche- 
vêque d'Athènes 6c que la naiflànce de 
Paul Medicis avoic rendue fameufe efl à 
prefant réduite en un petit Bourg joint à la 
Sorcerefle, qui n'a jamais été contidera- 
Mc que pour fa fituarion , qui efl fur un ro- 
cher fort haut 6c tout efcarpé, d'où l'on 
deG«uvre plulieurs liles de l'Archipel juf- 
^j^uesà Antimilo. 

i) Cette lile fut un tems foumife au Duc 
. .Galeorto Malatefta par Ion mariage avec la 
sfille d'Antoine Roi de Beotie^ d'où elle 
-.pafla enfuite fous la domination des Veni- 
3|iens. Mais Frédéric Barberoufle , ayant 

pénétré ^ dans les liles de l'Archipel , 
e^'avança jufques à celle d'Êgene pour en 
^«J&ire la conquête , dans h penfée lans doute 
.que toutes les autres lui acquerroientpeu 
îî|e gloire en comparaifon de celle-ci, qui 
^ avoit un fort grand nombre d'habitans , ÔC 
squiétoitaloî^ bien défendue fous le Gou- 
àV^rnement de Francefco Sorian qui y com- 
iinandoit en qualité de Miniftre de la Rc- 
jj)ublique. 

or) ■ En Tan t (^74. Francefco Morofini Capi- 
qlîiinc General de Tarmée de la République 

ayant fiit voile dans l'Archipel pour exi- 
nger des contributions 6c rafraichir fa 
juChiouraie, s'avifaque l'Ifle d'Egene n'é- 
3g3' toit 



i^o Des Places Maritimes 

toit qu'un repaire de Barbares qui fc te- 
noient là avec leurs légers vaifTeaux en at* 
tendant un tems propre pour paflër dans la 
Canée : cette penfée appuyée du refuç que 
lui firent les habitans de fe foumettre&de 
lui payer l'impofition lui fit prendre la 
relblution de les réduire par la force. Il fit 
donc débarquer les troupes , & ayant com- 
mencé Tattaque il reprima bientôt l'auda- 
ce des dcfenfeurs : il les contraignit à fc 
rendre à difcretion 8c après avoir abandon- 
né la place au pillage 6c démoli ce qui reP 
toit, on mit à la rame trois cens de ces 
Grecs Ôc quarante Turcs. 



M E G A R E. 



Tl/f Egareàfonafiîette fur une montagne 
^-^^ dansFAchaïe aune égale diftancedc 
2 5 mille d'Athènes 6c de Corinthe. C'eft 
à prefant un Bourg oii il y a des habitans 
à proportion comme il y a des maifons qui 
font au nombre d'environ quatre cens aflez 
preflees 6c très chetives bâties pour la plus 
grande partie de gafon cuit au foleil 6c cou- 
vertes de fafcines :<: terre pardeflus. Tous 
les habitans font Grecs trcs zelez cbferva- 

teurs 




r^±<^^ 




Entre U Morée Cr Negrepont ip i 

ccurs de leurs cérémonies. Les Turcs n^o- 
l'ent plus y demeurer , dépuis qu''un de 
leurs Vay vodes y fut enlevé par des Cor- 
faires. Elle a été un temps la Ville Capi- 
tale du territoire de Megare qui confine 
à celui d'Eleufine appartenant aux Athé- 
niens ôc qui failbic la plus riche portion de 
leur domination. Pandion en mourant le 
laid a en héritage au Roi Pila,dequoi il nous 
reftc ces deux beaux témoignages à fa voir 
le Tombeau de Pandion qui eft en- 
core fur pie dans le même territoire ; êc 
l'autre , que Ni (us ayant donné la Sei- 
gneurie d'Athènes à Egée, comme étant 
le plus ancien de cette race, celui ci eue 
fous fa domination Megare avec tout le 
territoire jufques à Connche. D ou vient 
qu'on appelle encore aujourd'huy Ntfaa 
le petit port qui efl à deux milles du 
Bourg dans l'extrémité du Golfe d'Engia 
qui fer voit autrefois d'abri aux Navires 
de Megare. 

Durant le Règne de Codrus ceux du 
Peloponnefe ayant déclaré la guerre aux 
Athéniens fans remporter aucun fruit de 
leurs attaques, en s*en retournant furpri- 
rent Megare ; 8c par ce moien elle fut fou- 
mife à la domination de ceux de Corin- 
the, parce que ceux qui s'en etoient em- 
parez 



ï ^ i Des Places Ma mimés . 

pareT; la cédèrent aux Corinthiens & à 
d'autres de leurs confedercz qui voulu- 
rent y aller faire leur habitation. Par là 
les Megariens changèrent' en même tems 
de coutumes ôc d : language & ne parloienc 
depuis que Dorien. 

Les Auteurs parlent diverfèment de 
Porigine de Ton nom. 11 y a une opinion 
qui dit qu^elîe s'appelloit Megare des le 
tems du règne de Care fils de Phoroneus 
les deux premiers qui confâcrerent des 
Temples à l'honneur de la Deefle Cerés. 
Les Beotiei-js rapportent que Megare fils 
de Neptune qui habitoit en Onchpfto 
ayant accouru avec leur armée aufecours 
de Nifus combattu par Minoë , celui ci fut 
tué dans le combat 6c ayant été enfeveîi 
dans ce lieu donna fon nom de Megare à 
la Ville appellée auparavant Nifa. Les 
Mémoires des Megariens font bien autre- 
ment rhiftoire de ce Megare ; car ils aflli* 
rent qu'il fucceda à Nilus dans le Gou- 
vernement pour avoir epoufc la fille du 
même appellée Finoë. De cette forte il 
ne feroit pas fuprenant qu'ils eufient été 
appeliez Megariens du nom de leur Roi 
puifqu'ils furent bien appeliez un tems 
LeUguns du nom de Lelegus un autre 
de leurs Rois lequel étant venu d'Egoto 

fut 



Emrela Moree Cr N^grepont^ 19^ 

fut Couronné Roi de la vile. 

Au Nord de la Ville il y a dans h plei- 
ne neuf ou di^iEglifes autour delquelies 
i\\ y a voit un village appelle Palœochorio 
le vieux village, qu'ion a abandonné 6c 
laiflé tomber en ruine. Si le teiiis n'avoit 
pas entraifné avec lui tout ce que VAn- 
-pquicé avoit de plus beau 6c d'admirable 
nous verrions aujourd*huy fur pié tant 
d'Edifices Ibmpiueuxquifaifbient la gloi- 
re 6c rornement de la Ville deMegarcSc 
dont les fracmens qui nous relient met- 
tent dans la (urprife ceux qui les i'egardent. 
Entrautres de ces magnificences , il y a voie 
une fontaine , dans laquelle il feoiblck 
que l'ouvrier avoit mis, toutes les beau- 
tés 6c epuiré les fineiîes & les deiicateiles 
de Fart. Noin guère loin de cette fontai- 
ne, etoit affis un Temple dans lequel on 
voyoit les images des douze Dieux de la 
mainde Praxitèle, avec Fefiigie des Em- 
pereurs qui fiiifoient voir enfemble la plus 
belle galerie qui fut au monde. On voyoit 
encore a Megare , la (latue de bronze 
que les Megariens élevèrent a rhonneur 
de Diane, avec le titre de ^S^/t'^^r/V^, en 
l'econnoi fiance du fecours divin qu'ils 
croyoient en avoir receu, lorfque leur vil- 
le étoit attaquée dangereufement par l'ar- 
I mc€ 



1 9 4 ^^^ Places Maritimes 

mée de Mardonius. Car il arriva que ce 
Capitaine General marchant de nuit per- 
dit Ton chemin , 6c dans fon erreur pre- 
nant une montagne pour les ennemis qu'il 
cherchoit , il y fit porter tout ce qft'il 
avoit d'armes & de machines: 8c lesMe- 
gariens trouvant fbn armée fans armes ôc 
lans defFenfe , on peut juger avec quel 
avantage ils combattirent. Là auprez etoit 
encore le Magnifique Temple de Jupiter 
Olimpicn, dans lequel on voyoit l'admi- 
rable ftatue compoiee d'or d'yvoire 6c 
de terre du Dieu dcguifé, quoique cette 
flatue n'étoit pas dans là perfedion à cau- 
fe que les Megariens portoient fi mal vo- 
lontiers le joug des Athéniens qu'ils ne 
pouvoient longer à aucun ouvrage de 
leurs gloire 6c ils manquoient même de 
commoditez chargez qu'ils etcientde fi.ib- 
fides 6c d'impofitious que les Athéniens 
exigcoient fur eux pour fournir aux fi*ais 
de la guerre du Peloponnefe. Les riches 
ouvrages qui dévoient fervir d'ornement 
â cette Magnifique flarue demcuroient 
imparfaits ,6c etoient couchez au derrière 
du Temple dans le même endr-it oii etoit 
appendu en trophée TEperon d'une Ga- 
lère que ceux Je M gare a'/-nentgaignéc 
fur les Atheii/ens , lorlqu'ils repnrent ilfle 

de 



Entre la Morée O" Nègre f ont ^ 1 9 j 

de Salamine qui s'etoîc fouflraite de leur 
domination. 

On pouvoic encore, quand on etoit à 
Megare , trouver ce nouveau fujec digne 
de curiofité d'entrer dans la Roche qu'on 
appelloit Caria de Care fils de Phoroneus 
d où l'on decouvroit le Temple de Bac- 
chus Nitelioy & en même tems celui de 
Venus Epiftrophiat qu^on appelloit POra- 
cledelanuic. 



L E 

PORT LION. 



L 



E Fort-Liono\xVortolione ell ainfi ap- 
pelle à caufe d'un Lion de marbre de 
dix pies dehaut qui eft fur le rivage au fond 
du Port. Les Grecs Modernes l'appel- 
lent Porto Draco 6c C'ceron 6c Strabon 
Tir^tis PortHs^ il a été encore appelle 
Athenarus Portus^ il eft a la partie (epten- 
crionale du Golfe d'Eng'a. 

L'Entrée de ce port eft étroite , defor- 
te qu'à peine y pourroit il paft'er deux Ga- 
lères à la tois. Mais quand on eft dedans 
1 2 il 



j^6 , Des PUces Maritimes 
il y a bon fonds •partout fi ce n'cft dans un': 
undefcs enfbncemcTîs qui eft preiquetout 
comblé 6c qui ctok peut être comme une 
jî i 7 c. ^^^'^^ F^"^ ^^' Galères. 11 eii- capable de 
57. ' * 'contenir un bon nombre de vaifleaux 
m^l^U. ^^^^'^ ^' ^'^ ^^^^^^ ^^ .Strabon quatre cens 
ÂeUdefcri'&C h Portolanc de la Mer Méditerranée 
f^ic^ndcs cinq.cers ui donnant dix brafies de fonds 
niais M. Spon Auteur exat 6c de reputa- 
tlon a remarque que comme nos vaifièaux 
ibnt de beaucoup plus grands que ceux 
des Anciens à peine y en pourroit en ran- 
ger quarante ou cinquante. 

Le plus grand commerce qui fe fait 
dans ce port, c'eft de la Velanede qui fe 
cueille des chênes verds d'Eleufis 6c de k 
leine de chèvre. 

Avant que Themidocle fut Prince des 
Athéniens ils ne tenoient pas leurs vaif- 
feaux dans ce port, mais dans le Port ce 
Phaiere parce qu^il n'etoit pas loin de 
la Ville : 6c c'eft de ce port aufli 
qu'on dit que partit Meneftée avec la flot- 
te pour faire voile à Troye: 6c Thdee 
avant lui loriqu'il alla tirer vengeance fur 
Minoëdela mortd'Androgée. MaifîThe- 
miftocle ayant été élu Prince, 6c jugeant 
que le Pirce seroit de plus grande œm- 
modité puifqu'il y avoir trois ports diffe- 

rans , 




4^ J-^ VT^V 







I 



Entre la Morée O^ Negnpont, 197 
rans, pour les vaiiîcaux il fid travailler 
à le mettre en état de bonne tenue Ôc le 
joignit à des murailles de trois milles de 
long qui continuoient jiifqu'à la ville: on 
appelloic ces murailles Macra Ttichi qui 
furent détruites par Syila & dont il reile 
encore quelques traces. On vovoit autre- 
fois fur le grand Port dur Pirée le Tombeau 
deThemiitocle;lelieudediéàPallas5càJu- 
piter,un logement allez long ou tcnoient 
leur marche ceux qui habitoicnile long de 
la Mer 6c plulieurs autres antiquités , com- 
ms on le peut lire dans Pauiiinias. 



ATHENES. 

\ Thenes eil une des plus anciennes viî- 
•^^ies de la Gre:e, le (iege d'un Arche- 
vêque 6c la Capitale de PAttique. Elle a fa- 
ficuation non guère lovn de la Plage du 
Golfe d'Engia qui foi t partie de la Mer 
d'Jonie. L-.e Roi Cecrops fat le premier 
qui en jetta les fondemens 8c l'appelia 
de Ion nom Cecropia; mais elle devoit fa 
perfection au lioi Thefée qui l'agrandie 
St obligea ceux de la campagne d'y venir 
demeurer» La citadelle retenoit toujours 
I 3, le. 



ipS Des Places Maritimes 

le nom de Cecropia mais enfuite elle fut 
sppeilée ArcrofùUs. Elle eil bâtie fur une 
roche vive efcarpée de tous les côtés fi ce 
n'ell au couchant par où l'on entre. Au 
levaiu 6c au Midi les murailles font deux 
faces d'un quarré, le relie n^eil pas fi re* 
gulicr & s'accommode aux pointes 6c au 
circuit du Rocher. Elle a douze cens pas 
ordinaire? de tour; mais au bas de la Cor 
îine on voit diftintement les fondemens 
d'une autre muraille qui l'environnoic 
pref'que toute 6c la rendoit d'un abord plus 
difficile. Les Soldats de la Garnifon ne 
ibnt véritablement que defimples morre- 
paycs qui y ont leur logement & leur fa- 
mille, ils font toujours en défiance de 
quelque furprife à caufe des fréquentes 
iniultes qu'ils ont receiA^s des Corfaires. 
I^a citadelle eii prefque à une égale di- 
flance de deux eminenccs: Tune qui efi: 
de la méoie hauteur & à fon fud-oiieft à . 
îa portée d^un fauconneau 6c le Mufeum: 
l'autre eit le Mont uinchefmus qui eft (i 
rude quM feroit fort difficile d'y monter 
des pièces dartiiîerie pour battre la ville 
Çc la citadelle ; outre qu'il n'y a point de 
terre plein deifus 6c que ce ne Ibnt que 
des pointes de rocher (ur l'une defquelles 
eft. une Chapele à^jigts Georgios où 

étoic 



Ent re la Morét O^ Negrofont, i s>9 
ctoit autrefois laftatue de Jupiter Anchef- 
mien. Le bas de la ville eflâu nord de la ci- 
tadelle, 8c quand on vient du coté de la 
Mer, elle en eit fia couvert qu'il ne ietn- 
ble pas qu'il y ait d'autres tnaifons que 
celles de la Ciiadcle. Cequi ell caufe 
que plulieurs n'ayant pas euiacuriofitéde 
débarquer en terre. Te font periuadezque 
de toute la grandeur d'Athcnes il ne re- 
iloic que le Chattau. Cette ikuation lui efl 
fort avantageufe pour la lanté de Tes ha- 
bitans, car comme le climat efb chaud, 
ii vaut beaucoup mieux qu'elle foitcxpo- 
fé aux fi-aichc urs de la Tramontane qu'aux 
ardeurs du Midi. 

On y voit encore après toutes fes révo- 
lutions de Fort belles antiquités dont les 
plus confiderables font le Temple de la 
Vicloire d'Ordre Jonique que les Turc 5 
font maintenant fervir de Magafin à pou- 
dre. 

L'Arfenal de Licurgue d'OrdreDoriquc 
dans lequel on mec comme en dépôt les 
armes & l'artillerie. 

Le Temple de Minerve d'ordre Dori- 
que changé aujourd'huy en une mofquée 
dcMahometans. 

La Lanterne de Demofthene qui fert 
d'Hofpice aux P P. Capucins. 

I 4 La 



2,00 T)es places JUaritimef 

La Tour des Vents de figure oâogonc 
donc Andronicus Cyrrheilcs donna le 
morele ôc dontVitruve a donné ladefcri^ 
ption. 

Le Temple de Thefee. 

Lesfondemensdc l'Aréopage 6cc. 

il y a bien aujourd'hui dans Athènes huit 
àncufrnillehabitans, donc les trois quarts 
font Grecs 6c les autres Turcs. Ceux-ci ont 
quatre Mofquées dans la vîlle 6c une cin- 
quième dans le château. On n\ fouffre 
pas des Juifs car les Athéniens n'ont pas 
moins d'adrede qu'eux, d'où vient le pro- 
verbe qui court en ces quartiers là, Dieu 
nous garcic des Juifs de Suionique , de5 
Grecâ d'Athènes 6v des Turcs de Ncgre- 
pont. 

L'habit des Grecs d'Athènes eil fort 
différent de celui des Turcs 5 car i's ne por- 
tent que des vefles étroites ce couleur noi- 
re ou obfcure. 

Prefentement la Ville eflaivifceenhuic 
quartiers appeliez Piatamata , qui (ont 

.Plaça. 

SotirastuCotaki 

Mono Galufi. 

Roumbi 

Boreas Platoma 

PiiriPiatonu 

Ger- 



Entrt U Mores C^ Negrtfonu loi 
Gerlcida. 

Agioi Colymboiou Olympoi 
Pour ce qui eft de. Ta Campagne on y 
contoit autrefois 174. Villages ou Bourgs 
dont quelques uns valoient bien des Villes. 
Aujourd^huy le plus- grand nombre de fês 
villages font dans la pleine de Mefoïa ou 
MeÇogta, dans laquelle" font les villages 
fuivans, 

Mitropis. 

Keratià 

Mifochori. \^ », )„t> r.^ 

Chovarades j3^ -^ 

Elâda, 

Marcopouîo , // y a m autre Marcc" 

potdlo 
Coûriala, 

Pbyglià , autrefois Phjea^ 
Carelà , 
Aîopéki, 
Coda, 
Balambalî, 
Bourà, 
Arvâto 
Agoiipi 
Et ceuxci prefcjue ruwez. a qui on ne don-a^- 
pins que le nom de Zeugalaiia on métairies. 
Pikérnij. 

1^5 , Lé 



202 'Des Places maritimes 

Lccambâfi. 
Lambriano 
Lambricà fur k chemin d^ Athènes au. 

Cap Colonne 
Palaeo Lanibrica jow^ les mafures de. 

r ancienne Lampra, 
EliiTibô, 
Egnapyrghi, 
Spitià, 
Urâona. 
Dans les attires territoires d"^ Athènes. 
Caramamet au piédu mont Thjmette* 
Maroûfi , proche Pent elt deferté. 
Calandri , au chemin de Pent elt 
Gififlîà, au chemin de Alaraihonau-^ 

ire fois Cfphjjjfia. 
Baficoumaria, derrière Penteli 
Stamati au chemin de Marathon ruiné' 
Beloûfa , deferté 
Chi( urka 
Gramniaticô , 
Ca-ingî en allant de MarathonkNe- 

grepont. 
Varnâda , *) 

Calamo Y^^rlEurtpe. 
MarcopouloJ 
Proche d"^ Athènes parmi les Oliviers 
Sepollià, ouSopollià, 

Mai- 



Entre la Adorée C^ Negrepontc ■ t^i 

Mainidi 

Cacovaones 

Patifcha 

Ambelokipous au chemin de PenteU 

Callirhoë ce font les maifons proche de 
la font Âne. 
Cette Ville a été PAcademie desfcien- 
cesScdesb;;aux arts 6c TEchoIe delà ver- 
tu. Auffi tous les Princes qui l'ont pofîè- 
dée ont été ambitieux d'y laifler leur nom 
marqué fur quelque monument, fe per- 
fuaians qu'ils acquerroient parla l'immor- 
talité dans la mémoire des hommes: aufîi 
voyoic on gravé fur un Portail un vers 
Grec qui fignifie , c'efl ici la ville d'Adriaa 
6c non pas celle de Thefée. 

Dinsîc cours des (lecîes elle a paîlë fous 
la domination de divers Princes par plu- 
(ieurs accidens malheureux où elle a été 
réduite. Sylla '^ après un long fiege s^en * ^87 ^i^s 
rendit à la fin Maiilre & la fournit à la Re- dllLndl 
publique de Rome. Bajazet en triompha ï^o^e. 
îori quelle le trou voit fous l'obeidance 
d^Anltoniqae Philofophe Epicurien qui en 
etoit Tiran. Depuis Renier Acciaioliea 
ayant la domination la céda à laRepubli* 
que de Vcnife , elle retourna pourtant fous 
le gouvernement du même Acciaioli qui 
p^)ikdoit en aieiïie tcms PAttique &: la 
Beoce, I 6 , En 



204 -^^-f 1^ lac es maritimes 

En l'an i^^^. elle fût affiegée par Ma-. 
riomet IL 6c réduite manque deiecours: 
depuis ce tems-là, elle à toujours été fou- 
miie â PEmpire Ottoman. 

I S L E 

E T 

PvO YAUME 

D E 

NEGREPONT. 

T 'Ifle de Negrepont cfl la plus confide- 
-^rable de celles de l'Archipel, elleaeu 
divers noms 6c celui de Nègre f orne a été 
changé par corruption en cc^ui dEgripon- 
te, les Turcs l'appellent Egrtbos, les La- 
pins Eubœa ou de la fille d'Afope ou de la 
retraite qu'y fit Inacus filsd'Epafo laquelle 
mu laciamorpholce en une vadie que les 



Depuis Nègre pont juf^t/a Saîonichi, 205» 

Poètes à caufc defonrtiugiflementontap- 
pellée Euh^a, 

On l'a encore appellée Macris, du Ca- 
nal qu'on appelle de même en Grec, ^- 
bantias des peuples Abantides , Calcis de 
Chalcondantis ; Pline lui attribue auffi le 
nom d j4fopis 6c Strabon rapporte qu'elle 
fût appellée Oche 6c qu'on l'appella un 
tems Ellopia d'EUope fils de Jupiter. 

PluGeurs ont cru, que cette Iflé avoic 
été autrefois jointe <à la Beoce, 6c qu'elle 
enfutfeparcepardes trembîemens de ter- 
re , ou félon quelques autres , par le cours 
rapide 6c impétueux des eafix, qui for- 
ment avec eile un même canal appelle 
TEuripe. l'iflea 3^5 milles de circuit de 
longueur en prenant du midi au Septen- 
trion 90 milles, 6c 40 de largeur, 6v 20 
dansPenJroitoù elle eft le plus relTerrée, 
6c dans ce même endroit elle ed: jointe 
à la terre ferme par le moien d'un pont. 

Elle efi: comme ceinte de deux Pro- 
montoires, V'dw appelle le Cap Lithar ^ 
l'autre le Cap deW Oro, Le premier qui 
ell en face du Golfe de Volo eft appelle 
parPtolomée 6c Strabon CcriAum Vromon' 
ïom/w 5 Pline l'appelle un peu difFeram^ 
ment CAneuniy Niger Canaia^ Au voifi* 
nage de ce Promontoire étoit la côte d'Ar-^ 
I 7 te- 



zo^ ^es Places Maritimes 

temifia, ainfi appellée du Temple qui y 
avoit été érigé fous le nom d'Artemifia: & 
c'eft là que les Grecs tinrent leur armée 
navale à l'abri durant les guerres contre le 
Roi de Perfes. Le fécond qui regarde la 
partie Orientale de l'Archipel, Ptolomée 
rappelle Caphareum Tromontonum ^ So- 
pbianus Chymium y Niger C^/j<? Figera ^ 
Etienne Cathereus , Lycophron ZaraXy 
Ifacius Xylofhagos^ C'eft iùr la croupe de 
ce Promontoire qne Nauplius Roi de Ne- 
grepont fit allumer des feux afin qu'à la 
faveur de cette lumiererArméede^^Gp es 
qui re venoit de la guerre de Troye peut ar- 
river à bon port. 11 y eut anciennement 
dans rifle trois villes qui la rendoient célè- 
bre appellées Ellopia , Hifti^a , 6c Oratus 
Cittadi(\m furent jointes en uneàcaulede 
leur voiii nage. 

La Ville capitale du Royaume de Ne- 
grepont fut appellce premièrement dans 
la langue des Athéniens Calcis , & enfuitte 
elle prit le nom du Royaume même: Elle 
aétéuntemsle Siégé d'un Evcque fufFra- 
gant de l'Archevêque d'Aihenes, enfuitte. 
elle fut érigée en Archevêché. 

Elle eflfituéelur les rivages de l'Euripe: 
l'enceinte de fes m.urriilies efi; d'environ 
deux milles j mais il y a plusdcmaifonsôc 

plus 



Devuis ]SiègYefont]MJqH^k Salonichi. 207 

plus de peuple au faux bourgs où font les 
Chrétiens que dans la ville oii font les 
Turcs ôc les Juifs. Les Turcs y ont deux 
MofquéesÔc deux autres au dehors où les 
Grecs ont auffi leurs Eglifes. Les Jefuites 
y ont une maifon où ils enfeignent la jeu- 
nèfle. Tous les habitans peuvent monter 
à prés de quinze mille. La Ville efl; fèparée 
des faux bourgs par un grand fofle à fond 
de eu ve le tout dans un lieu plain & uni. 

IlyalàunCapitanBacha qui comman- 
mande toute l'Ifle 6c une partie de la Beoce 
6c en fon abfence il a fon Kiaj'i ou Lieute- 
nant 6cfon fous Kiaja. Il y a auffi un Bey 
qui a là quelques revenus 5 donc il doit en- 
tretenir une galère. Dans l'endroit où le dé- 
troit de TEuripeell plus relferré qu'en au- 
cun autre endroit pour traverfer dans Hfle , 
onpafle fur un Pont de Pierre de cinq pe- 
tites arcades qui n'a qu'environ ^o pas de 
long, 6c qui même fous une tour au mi- 
lieu du Canal bâtie par les Vénitiens. On 
voit encore S. Marc fur la porte. De la 
tour dans la Ville il n^'y a qu'un Pont Levis 
en dos-d'afne d'environ 20 pas de long, 
qui fe levé la moitié du côté de la tour 6c la 
moitié du côté de la Ville pour donner 
paflage aux Galères 6c bâtimens quiy veu*~ 
ient paflèr , ce qui ne fe peut faire aife- 

ment 



2o8 I^e^ Places maritmes^ 

ment fans retirer Jcs rames. 

On y voit encore la Ville Epifcopaîe 
appellée à prefent Canffo^ autrefois Chi- 
ronia , que Strabon appelle Cartftus 6C 
Carifios , Sophianus - Ça fiel Roffo ÔC I,es 
François Chateauroux reconnoiilànt Cal- 
cis pour fa Métropole dont elle eft éloignée 
defoixante mille, elle eft auprès du Pro- 
montoire Ca^Fareo. Il y avoit encore une 
autre ville Epifcopale£r^/nVi, que Mole.- 
tius appelle Rocho qui dans fon tems n'a pas 
été moins fameufe que Calcis, qui étoic 
autrefois une Colonie des Athéniens bâtie 
fur les rivages de i'Eunpc avant la premiè- 
re ruine de Troyc, ôc l 'une ÔC l'autre de ces 
deux villes ont pen par la perfidie de fcs 
propres habitansscn celle iorte qu'il ne re- 
lie d'elles que leur nom 5 car Darius après 
en avoir donne le pillage à ion armée y fit 
mettre le feu. 

Le Terroir derifieefttout pierreux 6c 
fablonneux, mais ce n'efl: qu'à la furface, 
car en creufant un peu on le trouve parfai- 
tement bon. lîyaplutîeurs forets dont on 
peut tirer du bois à faire àçs bâtimens. Au 
voifinage de Carille on trouve une monta- 
gne appellée du même nom de laquelleon 
.tire de très beau m.arbre: 6c allez prez de 
la on tire la pierre d'aimaat qui fait un fil 
' ' corn* 



Depuis NègrepGïtt juf^Hd Salonichi. 209 

comme du lin 6c en la mettant (ur le feu 
il blanchit 6c fert à faire de la toile. Dans 
le territoire de Calcis il y avoit destines 
de cuivre 6c de fer qui fe font perdues. 
L'Ifle produit afiez de Goton pour four- 
nir de Voiles une grande armée, îl yapla- 
fieurs bains chauds. Elle e(l arrosée des 
deux rivières Fimileo 6c Cereo qui ont 
donné lieu aux Poètes dedirequele^ eaux 
de l'une faifoient venir la laine noire aux 
Moutons 6c les eaux de l'autre blanche. E n- 
finl'lfle a abondance de toutes chofes , auOî 
le Pape Pie V, confeilloit à plulîeurs grands 
Capitaines d'aller commencer la guerre 
contre le Turc dans ce Royaume, parce - 
qu'il ed: capable d^'entretenir une armée 
entière , outre qu'il y a encore de bons 
ports du côté du continent. ïl eil vrai que 
quand on y cil une fois, il n'y a pasmoien 
d'en fortir pour fe fiuver. Dans la partie 
Méridionale il y a plufieurs lieux dont le 
plus grand de tous cil appelle Spinius. 

Durant le tcms que Pietro Zani étoic 
Doge, la Republique étendit (a domina- 
tion fur ce beau Royaume par une con- 
ceffionque lui en fit Tlimpereur de Con- 
ftantinople en confideration 6c pour re- 
compenfe des bons fervices qu'il en avoic 
receu. Le premier Baile qu'on envoya 

à fa 



2io Dei Places maritimes 

à fa cour Fut Pietro Barbo appelle il Zan- 

co. 

En l'an 14(59. les Turcs en ayant en- 
trepris la conquête vinrent avec une flotte 
de crois cens voiles. Ils firetjt d'abord un 
Pont fur TEuripe , pour avoir par ce 
moien la liberté de rependre leurs troupes 
dans les campagnes de rifle ; mais ceux 
du pa'is s'oppolereni (i fortement à cette 
deicente, que les Turcs furent contraints 
de retourner dans leurs Galères. A la fin 
du même mois Mahomet vint lui même 
en pcrfonne à ce Siège avec une armée de 
1 2000. Conabattans. Il fît drefier un nou- 
veau Pont qui tenoit fur le Canal depuis 
l'EglifeûeS^MarcPefpace d'un mille loin 
de la Ville. Par le moien de ce Pont il fe fît 
un chemin pour aller à l'attaque de Ne- 
grepont. Cette Ville étoit fortifiée à la 
manière de ce tems là , 6c il y avoit dedans 
vingt quatre mille hommes de Garnifon 
fous les Commandans Giovanni Bondui- 
miero, Ludovico Calbo 6c Paolo Erizzo. 
Ce dernier avoit été Baile de la Ville Se 
quoique le tems de la charge fut expiré, 
il ne voulut pas partir de Negrepont dans 
un tems qu'd pouvoic contribuer de fes 
armes 6c de fon conleil à la Defïenfe de cet- 
te place ôc fignaler fon zèle pour lefervice 

de 



Depuis Negrepont jufqu'a Sdonichi. m, 

de fa patrie. Les Turcs drellèrent plu- 
fieurs batteries en differnns cnJroits & ca- 
nonnoient continuellement les murai' les 
de la ville. Ils vinrent quatre fris à raflauc , 
quarante mille Turcs y furent tués. La 
place étoit affiegée par Mer5c pari erre 
6c predëe extraordinairemcnt de tous les 
endroits; Néanmoins les affichés fedefen- 
doient toujours avec avantage & ils avoienc 
dejafoutenuun mois de Siège, lorfqu'on 
découvrit une trahifon. \Jn<^ petite fille 
trouva une lettre à TadreiTe deThomafo 
Schiava dans laquelle il étoit parlé des 
moiensdefoumettre au piutôc la Ville au 
pouvoir des Ottomans. Luigi Delfino 
tranfporté d'indignation contre le ti aitre 
l'attaqua en pleine place 6c lui fit a voiler à 
grands coups d'epée toutes les trames in- 
fâmes qu'il avoit faittes avec les Turcs. 

Les Affiegez s'animoient de plus en 
plus à la deffenfe , ils donnoicnt à tous mo- 
mensôc tous lesjours du Siège des marques 
infignes de leur valeur 5c de leur confiance; 
mais enfin iîsfe trouvoient prefqu'abbatus 
du travail continuel 6c prelîez de la main. 
Dans ces extrémités ceux qui faiibient la 
garde à la porte Bureliana prirent le parti 
d'abandonner leur polie 6c fortirent de la 
place le 1 2. de Juillet iC)4p. 

Les 



ziz Des Places AdaritimeT 

Les ennemis s^ipperccvant auffitôt que 
cet endroit étoicdelerté Se que l'entrée de 
la porte leur êtoi t libre ,ils entrèrent dans la 
place 6c laifierent par tout des marques ef- 
iroiables deleurBarbarie.Galbofùt tué dans 
la place 6<:Bondulmiero dans ia maifon.Pao- 
lo Erizzo setant retranché dans un pofle 
avantageux fe defFendoit vaillamment, le 
Sultan lui promit la vie s'il vouloit fe ren- 
dre, il fc rendit, mais le cruel Turc au 
lieu de lui tenir fâ foi donnée fe ficunfpe- 
ftale de le faire fcieren deux. Une de Tes 
filles qui etoit parfaitement belle aima 
mieux fehifîèr poignarder que de recevoir 
lescareflesdu Sultan. On fie mourir tou- 
tes les perfonnes qui pâli oient vingt ans» 
Enfuite Mahomet partit de Negrepont, 
laiflTmt dans la ph^.ce une grirnifon quide- 
voitauffi veiller iur toute ilûc 6c iurtout 
leK.o;^aume, 



DU 



Depuis Negrefont juf^uk Salonichi. 213 

D u 

FLUX ET REFLUX 

D E 

L' E U R I P K 

L'Euripe ed un Détroit delà Mer Egée 
Il (erré Sc de (i peu de largeur qu'à 
peine une Galère y peut pafler fous un 
pont qui le couvre entre la citadelle 6c la 
Tour ou le Donjon de Negrepont. U a 
été appelle Euripus Euhoicus du nom an- 
Gien de i'iile ou ChdciScus dePancienne 
villedeChalcis, les Latins ^xÇqïm Euripus 
ceux du pais Egripos, les Italiens Stretto 
di Negrepont e 6c les François l' Euripe de 
Cl) al ce dôme oh le détroit de PEuripe, il a 
environ foixante milles de longeur avec 
des petits Golfe en divers endroits. Son 
flux 6t reflux eft afiurement une des plus 
nierveiileules chofes qui foient au monde. 
Aulîi la fable dit elle qu'Aridotefenoya 
dedans' de dcpit qu'il eut de n'en pou- 
voir pénétrer la cauie. 

An- 



214 ^s: Places Maritimes 

Antiphilus natif de Bizance dit dans une 
Epigramme Greque que l'Euripe a (îx 
fois Ton montant ôc fon defcendant. Stra- 
bon , Pline 6c Suidas ôc plufieurs autres 
foutiennent que ce flux Sc reflux fe fait fept 
fois parpur. 

Pomponius Mêla aflure qu^il fe fait 
quatorze fois par jour , quoique par (es 
paroles il femble qu'il veuille dire qu'en 
tout tems l'Euripe va 6c vient quatorze 
fois en vingt quatre heures. Voici comme 
il en parle au l. 2. ch. 7. Mare rafidum 
C^ alterno curju fepties noEle JluBihus in- 
vicem verfts adeo immodice finens m ventos 
etiam ac plenis velis navigta frufiretur. 
C'eft à dire, La Mer y court rapidement 
tantôt d'un coté tantôt de l'autre ^ fept fois 
le jour CT fept fois la nttit > les flots retour- 
nant d^oii ils venaient auparavant y avec 
tant de précipitation que le vent n'arrête 
point leur courfe C^ cju'ds empêchent même 
de remonter les vaijfeaux qui viennent k 
pleines voiles, 

Scneque femble être de même opinion 
dans une de^ fes Tragédies , oii il parle ainfi 

EurtpHS undasflscltt inflahilts vagas , 

Septe /ique curfus feEîity C?" totidemre* 

Dum lajja Tiian mer gai Oce.wôjuga. 



Depuis Negrepom juf^H^à Salonichi. 2 1 j 
Il femble auffi que Pline veut dire qu'il a le 
flux 6c reflux lept fois le jour 6c autant la 
nuit quoiqu'il ne s'explique pas aiîëz clai- 
rement en ces termes : Qtiormdam ^yEjÎHa" 
riorum privât a natura efi^ velut Tauromi' 
nitam jàipius Cr in Euhaa fevties die ac 
voBe reciprocantis : C eit à dire , Il y a des 
Courants (]ui font d'une nature toMts particu^ 
liere^comme celui de sTauromeniens qui vient 
er revient plusieurs fois y €r celuy de PEu- 
bée cjut le fan par fept fois , le jour Cr la nuit. 

Tite Live croit avoir mieux trouvé la 
vérité que tous les autres. VEuripedtt-il 
n^a pas fept jlux Cr reflux réglez, dans un 
jour y comme la renommée le publie ; mais 
il court tantôt d*un coté tantôt de l'autre 
kU manière du vent y comme un torrent qui 
tombe avec précipitation par la pente dune 
montagne. Cela convient aflèz bien aux 
jours] déréglez mais il fe trompe , 
quand il ajoute quil n'y a point de 
port plus mauvais que celui de Chalcis 
à caufe du Courant ; car ce flux 6c reflux 
ne fait nullement remuer les vaifieaux 
qui ont aflèz d'efpace pour fe mettie à 
couvert du courant , foit dans le grand 
Port que les murailles de la citadelle cou- 
vrent , foit aqns celui qui efl de l'autre côté 
duPuLit comme le remarqua le Père Babin 

de 



^ î 6 D^s TUces Adarittmes 

de la compagnie de Jeius l'an 166% que 

Tarmée navale des Turcs hivernoit^ à Nc- 

grepont. 

Ce même Père a confideré le cours de 
TEuripe en diverbtems. Il yadix-huitou 
dix-neuf jours chaque mois , ou pour 
mieux dire chaque Lune , aufquels il efl: 
réglé, 6c onze autres jours aufquels il efl 
déréglé & gâté. Ce font les termes dont 
onie IcrtàNegrepontpour expliquer cet- 
te merveille contmuellede la nature. 

Il efl en fa force , ou pour le dire en 
termes plus clairs il ell réglé depuis les 
trois derniers jours de la lunejufquesauS 
de la nouvelle ôc ilfe dérègle &: gâte le 9, 
Ton cours demeurant ainfi troublé jufques 
au 13 inclufîvement. Le 14 il fe raccom- 
mode ôc reprent Tes forces; mais il fc dé- 
règle derechef le 21. jufqu'au 27. comme 
il fera plus facile de le comprendre par la 
table iùivante. 



T A^ 



Depuis Negrepom jufqn'k Sdonichi, 217 

TABLE 

Des jours réglez é" déréglez du flpix 

^ reflux rie l'Eurife , félon 

ceux de U l^une. 

Nouvel- I re^^lé, comme l'Océan. 
îeLuns. 2 réglé. 

3 réglé. 

4 réglé. 

5 règle. 

6 réglé. 

7 réglé. 
Premier 8 réglé. 
Qiiartier. 9 déréglé. 

10 déréglé.^ j^^^^ ou 

11 dérègle.. ^^^g^^^^ 

'' ter Wntde reflux. 

13 dérègle. J 

14 réglé. 
Pleine ij réglé. 
Lune, 16 réglé. 

17 réglé. 

18 réglée 

19 réglé. 

20 réglé. 

21 déréglé. 

K Der-' 



2 1 8 Des Places Maritimes 

Dernier ^2 dercglé. 

Quartier. 23 déréglé. 

24 déréglé. 

1^ déréglé. 

16 dérègle. 

27 réglé. 

28 réglé. 

29 réglé. 

Ainfr chaque Lune il a onze jours de 
dérèglement & les 18 ou 19 autres il eft 
réglé. Il eft donc déréglé depuis le 'pre- 
mier Quartier jufquenviron au plein de 
la Lune 6c depuis le] dernier Quartier 
qu'elle commence à défaillir qui cil 
le 22. 

Pendant les jours de fon dérèglement 
il adansun jour naturel c'ed adiré en 24 
ou 25 heures II. 12. ig. 6c même 14 fois 
fonflux 6c autant de reflux félon les obfer- 
vations du même Père 6c félon que TafiLï- 
rent ceux qui font tous iesjours aux mou- 
lins , 6c voyent changer les rôties plu- 
sieurs fois chaque jour félon le différent 
cours de cette eau.. Le flux ne vient donc 
pas feulement fept fois comme Pont écrit 
les anciens , mais bien davantage. 

Lorfque le cours de PÊuripe efl réglé 
pendant les autres 18 ou içjoursilacela 
de femblable avec la Mer Ôceane 6c avec 

le 



Depuis Negrepontiufi^H^a Salonichi, 219 

le Golfe de Venife qu'en 24 ou 25 heu- 
res il a feulement deux fois fon reflux 6c 
chaque jour il retarde d'une heure comme 
rOcean 6c dure fix heures en fon mon- 
tant, 6c autant en fon defcendanc, foie en 
Eté, foit que le vent foit violent ou qu'il 
y ait bonace. Dans les jours du dérèglement: 
le montant eil d^'environ demy heure 6c 
le defcendant de trois quarts d'heure. 

Toutes ces marées de TEuripe réglées 
ou non réglées ont encore deux différen- 
ces d'avec celles dcl'Ocean; car Teau ne 
s'eleve ordinairement dans (on montant 
que d'un piéôc rarement elle vient jufqu^'à 
deux ; au lieu que l'Océan s'eleve quelque 
foisjufqu'à la hauteur de 80. coudées, 
comme aux ports de Bretaigne, quoi 
qu'aux lilcs de l'Amérique il ne s'éieve 
pas plus haut que TEuripe. 

L'autre différence eft que dans PO- 
cean, lorfque Peau s'écoule 6c s'abaiiîe, 
elle fe retire en haute Mer , comme au 
contraire elle s^eleve ôc couvre plus de 
terre quand elle s'approche des côtes. 
L'Euripe va d'une autre oianiere car fon 
montant arrive quand fon eau s'écoule 
vers leslfles de P Archipel, oi^ila Mered 
plus grande ; & (on defcendant lorfqu'eî- 
Ic court vers la Theffalie, 6c quelle s'é- 
K z con- 



zio Des Places Maritimes . 

coule dans le Canal par où les Galères paf- 
fent pour aller à Theflalonique, 6c pour 
arriver plutôt 6c avec plus de ieuretc à 
Conilantinople. 

Entre le montant 6c le defcendant il y 
un petit intervalle, qui fait paroitreTeaii 
en repos, 6c comme croupiQante, dcfor- 
te que les plumes 6c la paille reftenc fur 
Peau fans mouvement , à moins qu'il n*y 
ait du vent. 

Cefàr d'Arcons qui a fait imprimer en 
François un livre in 40. touchant leilux 6c 
reflux de la Mer, traite dans un paragra* 
feparticulierdufluxSc reflux dei'Euripe. 

EXPLICATION 

DES LETTRES 
DU PLAN 

DE V L G. 

A. Le Mole. 

B. Les Aîa^afîns. 

C. Laporteducoté delà Mer, 

D. Les Tours qui flanquent la Forierejfe^ 
É. La Aiofquée, 

F. L'extrémité du Golfe de Folo, 

LA 




-I» 



Depuis Negrepont juf^u'à Salonkhi. î 2 1 

L A 

FORTERESSE 

DE V O L O 

T A Fortercffo de Volo ^ que les Latins 
-*^ ont connue fous le nom de Pagnfa^ eft 
fitiice dans cette partie de laTheiialiequi 
c(l la plus unie à la Magnefie petit païs de 
la Macédoine neuf milles loin de Dime- 
triade ou comme dilent Tite live 6c Pline 
Demetriade, 6c dans l'extrémité du Gol- 
fe appelle communément dcl roh. Pline 
appelle autrement ce Golfe Pagaf eus Si- 
nus ^ Pelafgicîis Sinus ^ Ptolomée Pagafi- 
licus , Strabon Pagafaus , Mêla fokiactis , 
Oxiào^Dcmetriacus ^ l^UQio Maccdcnicus ^ 
OroGu? Golfed':Armiro. 

t/a Fortereile ell: bâtie à TAntique 6c 
occupe un grand efpace à quelques pas 
Join de la Mer , où elle à un porc fore éten- 
du 6c de bonne tenue. Elle ed félon * ^''^l ''f- 
Bleau au ]i. degré 31. minutes delatitu-9.* *^' ''^' 
de , ^ félon Cailaldo au 40. degré 50. mi- 
nutes de latitude 6C48. degré 40. minutes- 
delongitude; 

K. 3 Les 



222 JDes Places A^aritimes 

LcsTurcs font en ce lieudes grand apprêts, 
militaires, 6c des proviiions de bifcuit 6c de 
farine qu'on leur apporte des provinces 
voifines où ces chofes font en abondance. 
Aulîî le Capitaine Morofini qui etoic Pro- 
vedireur de l'armée Tannée 1655. ayant 
été bien informé de îa chofe fe refolutde 
porter fes armes contre cette Fortereflé 
dans le deiîein de la rafer auiTitôt qu'il 
l'auroit foumife. Il voyoit que par ce 
nioien il priveroit Tennecni de cette gran- 
de commodité êc en mêmetemsfeprocu- 
reroit des proviiions fuffiiantes pour long 
rems pour toute fon armée. Il ne négligea 
lien (ie tout ce qui pouvoit Icrvir à faire 
reiiflir cette entreprifè.ll vint m.ouiller avec 
toute fon armée au devant de la Fortereflè 
6c commença de la bombarder & de l'at- 
taquer fort vivement. Les commance- 
mens furent d'autant plus avantrgeux aux 
Vénitiens que les aiîiegez ne (e fcroient 
jamais attendus à une attaque fi brufqueSc 
fi vive. Le danger devenoit à chaque m.o- 
ment plus grand 6c leur perte plus aflurée, 
cependant il fembloit qu'ils ne pouvoicnc 
fe refoudre à demander une capitulation 
ni à rendre la place. Mais lorfqu'jîs virent 
le Pétard attaché à la porte 6cles Echelles 
aux murailles, ils n'eurent plus le coura- 
ge 



Depuis Negrepont juf^ua Salonichi. 225 

ge de fe defFendre. Ceux qui etoientaux 
portes les abandonnent , ceux des mu- 
railles defertenc 6c tous tâchent de trou- 
ver leur falut dans la fuitre. LeBaflaqui 
commandoic dans la place 6c un Aga cru- 
rent d'abord fe fauver en (e cachant dans 
un lieu qui etoit bâti en forme de petit châ- 
teau dans la Fortereile , mais s étants ap- 
perceus qu'ils ne pourroient manquer de 
périr là de mifere pour peu qu'on les y 
retint ils en fortirent bientôt. AinQ cette 
expédition reuffit avec beaucoup de gloi- 
re pour le General Morodni , il fit d'abord 
tranfporter tout le biicuit qu'on trouva 
dans la place qui montoitàplus de quatre 
millions de livres, ils trouvèrent encore 
d'autres munitions de guerre 6c vingt fept 
canons : enfuiite il fit mettre le feu feu aux 
Magafins , aux maifons 5c aux Mofquées 
&: pour la ruiner tout entièrement il vou- 
lut avant que de quitter la plage qu'ion de- 
îruifitles fondemens des murailles à coups 
de canon. 



4 L« E 



Si^ Des Places Maritimes 

LE GOLFE 

E T 

LA VILLE 

D E 

SALONICIII 

o u 
THESSALONIQUE. 

T E Golfe de Saîonichi à ion étendue de 
140 milles en longueur dans Textre- 
niité de l'Archipel. Ileii: bordé d'une très 
Mie pleine, mais très expo ie aux vents 
^C par confequent très périlleux à ceux qui 
naviguent. D.ins Tendroit de Ton plus grand 
enfoncement & ou il forme un port très 
fpacîeuxei'tfituée, comme lelieu leporte 
en partie fur une hauteur en partie (ur un 
penchant , la fameufe Ville de Macédoine 
appellée communément SMomchi^zutïQ^ 
nient Ihejfdonique, A fon voifînage du cô- 
te du couchant coule le Fleuve'r^r^^r , 
que Ptolornée 6c Sirabon appellent autre- 
ment ^xms Flnvius , d'autres Bardams 

ou 



Depîùs Nègre font jpifqu^k Salomchi. 1 25* 
ou Bardarius Fluvius , très abondant en 
poifîbn ti fes rivages font couverts 6c ornés 
de beaux arbres. Les^murailîes de la Ville 
font flanquées- de plufieurs tours, 6{;pour 
ce qui eft du curcuit les uns le mettent à (jxk 
6cles autres à douze milles. Il y a trois 
Forts pour la garde 5 le premier quiefl: le 
plus petit retrouve d'abord àTentrée 8cau 
lieu du débarquement à quelque diitance 
de Tanceinte de la Ville > il ell muni de 
vingt pièces de canon. Les deux autres 
fonriitucs à la veuè'de la Mer au plus haut 
de murailles garnis de Trente à quarante 
pièces de groil'e Artillerie. Du côté de 
terre on voit uneFortereOéquireflémble 
à celle de Conflantinople appellée de fept 
Tours 6c celle ci domine toute la Ville 
étant fituée fur une Coline nu pié de laquel- 
le il y a un fort grand nombre demaifbns 
qui forment un grand Biuxbourg ceint 
d'une muraille â part j mais nonobliant il 
edcontiguàîa Vilie. 

Il y a un fort grand nombre d'habitans. 
Le plus grand nombre de maifons qui font 
bâties dans la pleine font trop bafles & trop 
petites pour contenir le grand nombre 
de Juifs qui les habitent : 6c elles ne font 
pas peu incommodées d'une extrême puan- 
teur qui fc repend 6c fe conferve dans les 
K 5 rues 



ii6 Des Places Maritimes 

rues parce qu'elles font trop étroites. 
Il s'y fait un trafic très confidcrable tant 
à caufe de la commodité de la fituation qu'à 
caule de la grande quantité de foye , de 
laine , de cuirs de toute forte , de cire , de 
poudre, de grain, de Coton, 6c de Fer. 
Les Juifs font ceux qui y font lepluso'af- 
faires êc ils ont feuls en propre la fabrique 
des étofes pour habiller les Janiflaires 6c on 
a trouvé par ce moyen à quoi employer le 
tribut qu'on eft obligé de payer au Grand 
Seigneur. On y conte 48 Mofquées entre 
lefquelîes ell compnTe PEglife de S. De- 
metrius à trois nefs foutenues de tresbelles 
colonnes où prêcha l'Apotre S. Paul en l()n 
tems, en celle de S. Sophie qui fut bâtie- 
par l'Empereur Juftinien, trente Eglifes 
de Grecs trente fix grandes SinagoguesôC 
plufieurs autres petites.. Le Gouverneur 
porte le titre de Muîà 6c fa charge le met 
en une haute confideration à la Porte. 

L'année 118. 6c dans le même tcms 
qu'Andronic vouloit s'emparer de l'Em- 
pire , Thcflalonique fut prife par Guil- 
laume Roi de Sicile. Etant retournée en- 
fin fous la domination du légitime Souve- 
rain Andronic Paleologue Empereur de 
Conftantinople cet Empereur pour s'unir 
d'autant plus à la Republique de Venife 

lui 




GOLFE B E :FaT 




Depuis Negreponî jufcjHk Salonichi. z i^ 

lui fie ceffion de Tes droits fur cette Ville. 
Mais il ne s'écoula pas deux ans que le Turc 
s'en faific fans beaucoup de difficulté à cau- 
fc de Teloignement de fa Capitale , ôc du 
mauvais état des afïliires de l'Italie ôcdu 
peudedefFenfe que pouvoienc faire les ha- 
bitans. 

LE GOLFE 

1 T LES 

DARDANELLES 

D E 

LEPANTHE. 

^E Golfe pris dans fa longueur du Sep- 
^^ tentrionjurqucs aux rivages deTAcha- 
ie ôc au midi à celles de la Morée fepare 
l'une de Tautre ces grandes parties de la 
Grèce. Il a eu plufieurs noms que les Au- 
teurs lui ont donnez lelon les differens tems 
6çles particulières occalions qu'ils en onc 
parlé. Les Anciens Tappelloient Cri^fus ^ 
Strabon M^r d^Alcion , Sophianus Golfe 

de 



12 8 Des VUces Maritimes 

de Tedras , quelques uns Corintiacus Sinus , 
à caufe de la Ville de Corinthe , les Mari- 
niers au rapport de ]:^\gtx les rivages de U 
Bofirie , éc aujourd'hui communément 
Lefanthe, Il comprend quatre Ecueils 
dans fon étendue , 6c reçoit fes eaux de la 
Merd'JonieparPentiéc qu'elles ont entre 
deux Promontoires avancez du continent 
dont l'un qui tient à laiMorée eft appelle 
par Strabon jinthirium Promomorium 6c 
6c communément le Cap o.-^ntirioy il a au 
deflus une Forterefle qu'ion appelle de la 
Morée ou de Patras; Tautre qui tient à 
l'Achaïeque Strabon appelle Rhium Pro- 
rjiontoritim 5c îe Vulgaire Cap de Rhio oh 
Rio qui efl aufîi pourveu d'un Fort qu'on 
appelle de Romelie. 

On appelle autrement ces àtux Châ- 
teaux les Dardanelles de Lepanthe. Ils 
font bâtis l'un 6c l'autre en figure quarrée, 
ceints de bonnes murailles 6c munis de bon- 
nes batteries à fleur d^'eau. On n'y remar- 
que aucun deftaut G ce n'eftqueleterrein 
étant fablonneux il rend l'approche facile 
àTennemi. On ne peut faire le débarque- 
ment de la Milice du côté de la Romelie 
qu'a la diftance de deux milles d'Italie de 
la Forterefle comme le marque la lettre 
A* Néanmoins on peut en approcher avec 

des 



Depuis Negrefom jufqti'a SahnichL 1 29 
àts petits batiaicns à quatre cens pas , com- 
raejerinlînueàlalettre B. LeTerreinou 
la pieinejufqu'à la Coline C, eil fort large, 
mais il eil toujours plus reil erré à meiure 
qu'on avance vers le Château. Au piéde 
la Montagne nnarquée parD. eil la Coli- 
ne d'où commence un grand Valofi où 
ceux qui auroient le delTein d'attaquer le 
Fore pourroient fe mettre à couvert en 
s'avançant. 

Toutes les Marchandiles qui fortentde 
ce Golfe comme les Cuirs, les Huiles, le 
Tabac, Ris & 0)-ge. Payent trois pour 
cent à l'Emin qui auffi e(t obligé de de- 
bourfer fix mille piallres par an dans les cof- 
fres du Grand Seigneur. 

Autrefois on depofoit là toutes les Mar- 
chandifesquivenoient d'Occident comme 
auffi celles au L^evant qui avoient pafl'é par 
le Golfe d'Engia; mais à prcfant l'entrée 
n'eil plus libre aux Navires étrangers qui à 
caufe de cela font obligez de s'arrêtera Fa- 
tras Se la pkn grande partie de ceux qui 
abordent ici font des Corfaires , auflî appel- 
le-t-on Lepanthe le petit Alger, La plu- 
part des habitansde cette plage font des 
Mores qni (ont des enfans noirs comme en 
Barbarie. 

L A 



130 DE LA MORE'E. 

LA VILLE 

D E 

LEPANTHE 

LA Fille de LEPANTHE eft ap- 
pel lée des Latins iV^?^/?^?^^^, du Vul- 
gaire £/7^^£'j-6c des Turcs Emehachti. El- 
le eft fituée dans le pais de Livadia furie ri- 
vage non guère loin de l'ouverture du Gol- 
fe de même nom environnée d'une Monta- 
gne de figure conique fur la croupe de la- 
quelle efl bâtie la Forterefle fermée de 
quatre rangs de grofîe muraille feparées 
par des petits valons entre deuxîoù les habi- 
tans ont leurs maifons.LePortn'*a pas plus 
de cinquante pies de circuit Sconpourroit 
le fermer â chaine étant allez étroit à fon 
ouverture ce qui empêche auiH qu'il ne 
peut s'y ranger qu'un petit nombre de vaif- 
feaux éc même il arrive quelquefois qu'ils 
ne peuvent pas en fortir faute d'eau : 6c fi 
le fameux Corlâire DurachBey s'y tenoic 
àTabri avec fes Galiotes, c'clt qu'il pre- 
noit un foin très particulier de le tenir net. 

Du- 



Depuis N'egre pont j Pif i^ti^ à Salonichi. 23 ï 

Durant le règne de ridolatneilyavoic 
â Lepanche quatre Temples confaciés à 
quatre Divinités un à Neptune, Pautre à 
Venus; l'autre à EfculapeSc le quatriè- 
me à Diane. Falifiiis avoit fait bâtir celui 
d'Efculape en acquit du vœu qu'il avoit 
fait durant qu'il étoit attaqué d'un gq^nd 
mal aux yeux. 

Sous la domination des Turcs elle eft: 
gouvernée par un Vaivode. 11 y a fept Mof- 
quées , deux Eglifes de Grecs qui font trait- 
tés dans le dernier mépris par les Turcs , £c 
trois Sinagoguesde Juifs. 

Si les habitans manquent au dedans de 
lieux agréables, ils ont dehors du coté du 
levant proche de la Mer une abondante 
fource d'eau qui après avoir fervi à des mou- 
lins à poudre Sc aux apprêts des Marro- 
quins en quoi confifte toute la richeife de 
ceux du pais , arroufe enfuitte une douzaine 
de Planes de la plus belle groîTeur ôc rend ce 
lieu très délicieux. 11 y a encore aux envi- 
rons de très beaux Jardins 6c des Campa- 
gnes toutes couvertes de Cèdres de Ci» 
tronniers 6c d'Orangers. Le Territoire 
porte du Vin qui paflé pour le meilleur de 
toute la Grèce. 

L'attaque de cette place étoit très diffi- 
cile avant Tufage du Canon» En Tannée 

1408 



Z^i Des Places maritimes 

1408. elle étoit foumife à TEmpereurde 
Conftantinople mais l'Empereur Emanuel 
trouvant trop de peine à la foutenir la céda | 
à la Republique de Venife. Sous cette"* 
nouvelle domination , elle prit une nou- 
velle forme 6c fut munie d'une manière à 
pouvoir refifter à une puillànte armée. En 
effet au Siège de 1475. il périt trente mille 
Turcs 6c leur armée fut contrainte à lever 
honteufement le fiege nprés l'avoir tenu 
plus de quatre mois. Les habitans ne pou- 
voientêtre plus contensde leur Souverain 
6c ils ne form oient pas des vœusplus ardens 
que d'y être maintenus 6c d'êtie prefervez :4* 
de la barbare Tyrannie des Turcs , lorfque ^ 
Bajazet fécond" vint les attaquer par Mer 
6c par Terre avec une armée de cent cin- 
quante mille combattans ÔC k:> reduifit à j 
un état qui ne pouuoit être plus déplorable. ^ 1 
Ony voit encore le S. Marcde Vcnifç, ce 
qui nous pût faire penfer que les droits de la 
Republique y font aufn bien fondez que 
fes armes y font ineffaçables 6c nous faire 
efperer que cette triomphante Republique 
ajoutera à tant de belles conquêtes qu'elle 
fait ces dernières années , celle de cette 
place qui lui fera (î glorieuîe. 

FIN. 



INDICE 

Des Deflèinsjdes Cartes & Plans 

inferez dans cet ouvrage, dans 

l'ordre qu'ils doivent 

être placez. 

/^ Arte G encrais Géographique de la Mi^ 

rée Pag. i 

Fatras 44 

CafielTornefâ 4^ 

Navarin 50 

Medon j% 

Plan de Coran 58 

Plan de Coron ave de s Campemens Ji 

Denxve'ùs de Coron 71 

JEtendard pris devant Coron ji- 

Les quelles prifes avec P Etendard 71 
Calamata Cr la bataille devant Calamata Si 

PlandeZarnata 8^ 

ZarnataenPorfil 85 

Hauteur de Zarnata ' g| 

PlandeChtelefa 8f 

Plan de Pajfava %^ 

'M/fjthra ou Sparte go 

^PUn de Ma%na mime 51 % 

j Ci^p de Matapan 9 % 



Veuè de Malvafia log. 

Deux veues de NafoH de RomAnie 1 1 1 

JpdeCorfù 128 

Tlan de Santa .MaHr4 \ , ^ , • ^j. _y ■ ^6 
'S4f7ta MuHrâ. Avec les féfftéi' Tftes votfu 

nef 148 

Veué de la faille de Ce f atome Cr la Carte de 

PJjle 149 

Forterefe d'u^fo 1 55^ 

JfledeZante cr F^rtcrefe de Z^mtc i6a 
Fort de Cer'tgo 1 79 

Ilan de Ceriga 179 

J^egare i po 

Ijt Port Lion . . 19J 

La Ville d'^Jlthenei 197 

JjaVtlle de Negrefont 20{ 

Flan de y oU , ..3.ï| 

Hauteur de V»U ' • , . y. -^-^ v.'.'?>tl 

Xf j Dardanelles de Lepantkff ^ li.r.-; ^^^7 
Lepamhe, ' ■ ■ 2}Q 



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